Archive pour mars 2007

Chanel : Chance

Aahahahahahahahahah!!

Ca, c’est l’effet Chance… Un éclat de rire permanent, voilà ce qui se produit lorsque l’on porte Chance de Chanel. Un parfum fait pour sourire, rire et s’esclaffer. C’est ce qui m’a plu en lui, et ce qui explique certainement les raisons de son succès. Il n’est pas particulièrement révolutionnaire, c’est un beau fleuri pétillant et féminin, très plaisant. C’est un clin d’oeil complice, un soleil au beau fixe, une note d’optimisme. Une recette un peu magique, même si elle est classique. Certains ne lui trouveront peut-être rien d’extraordinaire, moi je le trouve justement assez simple pour qu’on puisse inventer sa propre histoire avec. Il se porte si facilement… que ce serait bête de s’en priver! Chance de Chanel s’est présenté comme un parfum inattendu, à la composition nouvelle : l’accord inattendu. C’est en réalité une composition un peu différente de la traditionnelle pyramide, une composition en facette, en constellation, en diament, ou en spirale. Cette architecture donne au parfum une nouvelle perception et une évolution différente. Il “évolue” justement assez peu, la note reste globalement la même tout au long de la journée, mais les éléments brillent de façon différente chaque fois que l’on sent le parfum, tel instant on percevra le jasmin, tel autre la rose…

C’est une construction plutôt intéressante lorsque l’on recherche de la constance dans un parfum. Chance n’est pas le seul à être construit ainsi, il y a aussi Allure (l’un des premiers) et Insolence chez Guerlain. Pour Chance, le citron, les baies de roses, la jacinthe, l’iris, le jasmin, les muscs blancs, le vétiver, le patchouli et l’ambre alternent sur la peau. J’aime beaucoup Chance parce qu’il est riant, même s’il n’a pas l’exceptionnelle profondeur d’Eau Noire ou la classe de Cristalle, il est rafraîchissant, et tout à fait adapté à la saison printanière et au beau temps. Le porter c’est être rayonnante, comme un large sourire sur un visage épanoui.

La parfaite rondeur du flacon fait écho à cette impression de rire permanent, même si en réalité, c’est une sorte de réponse à la parfaite rectitude du flacon de N°5. Chance n’a pas le sillage et l’accord inoubliable du N°5, il tient bien, mais son souffle est léger, parfait donc pour le temps doux ou chaud.

Source :OsmoZ

Etat Libre d’Orange

Aujourd’hui en cette charmante première journée printanière, je me suis aventurée Rue des Archives à Paris, pour aller découvrir les parfums d’Etat Libre d’Orange. Le parfum est mort! Vive le parfum! Voici ce qui est proclamé sur les vitres d’une boutique à l’intérieur sombre, au mobilier noir, conçue comme une sorte de salon où se tiennent des réunions artistiques pour intellectuels dans le vent.

Avant de parler des parfums, je dois dépeindre un petit peu mon état d’esprit avant d’entrer dans la boutique. J’ai entendu parler d’Etat Libre d’Orange par internet notamment et dans un article d’un journal gratuit distribué dans le métro. Je me suis rendue sur leur site internet : cette société se déclare comme un territoire affranchi de tous tabous et contraintes marketing, pour laisser libre cours à l’invention : du libertinage olfactif. Continuer la lecture ‘Etat Libre d’Orange’

Christian Dior : Eau Noire

Flacon de Eau Noire, Christian DiorEau Noire de Christian Dior. Découverte en même temps que Bois d’Argent, j’ai dû attendre pratiquement un mois de plus avant de me décider à parler de la troisième et dernière Cologne de Christian Dior. Sortie en 2004 sous la direction de Hedi Slimane, Eau Noire a été créée avec Francis Kurkdjian, un parfumeur très demandé et qui connaît un grand succès.

J’ai pour Bois d’Argent une affection sans limite, pour Eau Noire il s’agirait plus de passion. Sombre, intense, audacieuse, sa puissance aromatique me fait tourner la tête (dans le bon sens). Elle donne à la peau un aspect complètement différent, on a l’impression de l’avoir frictionnée avec des herbes fraîches, puis de l’avoir légèrement poudrée. Je la trouve incroyable. Elle ne se range nulle part, elle est chaude et fraîche, piquante et douce. C’est une fantaisie parfumée, et pour autant il se dégage de ce parfum une sorte de classe innée. Je ne la trouve pas citadine cependant, elle est du meilleur effet portée avec un costume ou un tailleur. Mais pour moi elle sent les vacances, les herbes folles, les parfums denses des promenades dans la nature. La couleur de son jus (vert émeraude) la rend presque mystérieuse. Je crois qu’elle sent une partie de soi-même lorsqu’on la porte, c’est finalement le cas avec tous les parfums, mais Eau Noire est magique, c’est un élixir qui fait ressortir de vous une essence et une présence un peu spirituelle.
Ce que j’aime le plus dans Eau Noire, c’est son accord aromatique. Le terme aromatique est donné aux plantes qui sont riches en huiles essentielles, on retrouve donc dans cette liste : lavande, thym, sauge, romarin, sariette, serpolet, pour les plus connues.
Dans les civilisations grecque et latine, qui forment aujourd’hui l’héritage de la civilisation européenne, il faut savoir que les aromates ont joué un rôle excessivement important surtout dans les rites religieux. Avant que le parfum ne se démocratise, l’usage des herbes aromatiques était exclusivement réservé aux rites religieux et toutes utilisations autres étaient sévèrement condamnées. Aujourd’hui la perception de ces plantes est très différente, mais elles véhiculent toujours avec elles une symbolique forte (et plus ou moins consciente) de pureté et de divinité (en Grèce Antique, la pureté des dieux venait du fait qu’ils se nourissaient des vapeurs aromatiques des herbes que les mortels faisaient brûler pour eux). Cette symbolique est peut-être l’une des raisons pour lesquelles j’aime tellement Eau Noire, mais j’ai aussi passé des vacances baignée dans cette atmosphère d’herbes odorantes, il y a donc aussi, et surtout, le rôle joué par l’évocation et la mémoire. En réalité, ces plantes sont aussi connues, en plus de leurs caractéristiques odorantes, pour leurs propriétés médicinales, ce qui joue aussi un rôle important dans l’attrait qu’elles représentent pour leurs utilisateurs.
Le thym (thymus vulgaris est l’espèce la plus connue et celle dont on tire l’huile essentielle) est une plante rampante de la famille des Lamiacées qui doit son nom au thymol, une substance bactéricide. C’est une plante très résistante qui pousse dans les terres arides et rocailleuses des régions méditerranéennes, et dont les fleurs sont blanches ou rose pâle. Il est connu en médecine pour ses propriétés antiseptiques, expectorantes, anti-spasmodiques et anti-virales.
La sauge (Salvia) est aussi une plante de la famille de Lamiacées, son nom vient du latin “salvare” : sauver. Elle possède en effet de nombreuses vertus médicinales (antiseptique, bactéricide, calmante, digestive, énergétique, fébrifuge…). Un dicton provencal dit : “Qui a de la sauge dans son jardin, n’a pas besoin de médecin.”
La lavande (lavendula) fait aussi partie de la famille de Lamiacées, pousse sous forme d’arbrisseau (buisson) et porte des fleurs en forme d’épi de blé, mauves ou violettes. Elle pousse dans des sols calcaires et ensoleillés. C’est une plante mellifère, très recherchée par les abeilles. Elle est connue depuis l’époque des Romains qui s’en servaient pour parfumer leur linge et leur bain. Elle connaît un usage très important en parfumerie depuis ses origines jusqu’à nos jours. Elle a aussi des propriétés médicinales, proches de celles du thym et de la sauge : antiseptique, bactéricide, désinfectante, calmante, anti-spasmodique, cicatrisante…
Toutes ces propriétés empiriques, qui se recoupent avec la symbolique religieuse (qui sont d’ailleurs en lien avec l’idée de pureté donc de divinité) et qui s’ajoutent à un vécu, expliquent mon attirance, et celle de bien d’autres personnes, pour ces plantes et par ce biais, pour toute préparation odorante qui les contient.

Car c’est précisément cet accord aromatique qui me rend totalement folle, et qui me donne envie de m’asperger littéralement avec Eau Noire. Ce serait cependant une très mauvaise idée, car bien qu’elle soit merveilleuse, elle est saisissante et prend vraiment au nez. Elle tient de plus excessivement bien, deux ou trois pulvérisations suffisent.
Composée d’absolu de thym blanc et de sauge, de bois de cèdre et de violette, elle développe aussi des notes de lavande que l’on sent très longtemps, de vanille et d’une petite touche chocolatée. Point de sucre, mais de la douceur en effet, et une épaisseur sombre, comme celle du chocolat noir. Je ne serai pas surprise que le romarin entre aussi dans sa composition.
C’est un parfum qui me suggère la réflexion et le calme, j’ai envie de la porter chez moi, ou avec des proches. Elle est exceptionnelle, on a envie de la sentir chaque fois qu’on la met, pour ne pas s’y habituer et ne pas l’oublier. Eau Noire est bien plus qu’une eau de Cologne, ce n’est pas précisément un parfum, car son accord n’est pas terriblement complexe, mais je pense que c’est cette caractéristique qui la rend si intéressante et si marquante. Elle se vaporise à large jet sur tout le corps et sur votre mouchoir, pour avoir cette odeur enchanteresque disponible à chaque instant.

Sources : OsmoZ, Wikipedia

Annick Goutal : Songes

Surprenantes surprises pour le premier Annick Goutal analysé par Nez Bavard. Dans le petit monde des parfumeries de niches Annick Goutal est une référence en la matière avec L’Artisan Parfumeur. Ces deux maisons jouent sur le même créneau du parfum associé à l’émotion, au plaisir et au souvenir. Chez Annick Goutal, réside une ambiance très féminine du soin apporté à chaque détail : la beauté des flacons, le rafinement des boutiques, le soin des mots employés… Tout ceci crée une ambiance très romantique, très boudoir qui sont la signature de la marque. Bien que j’apprécie les belles choses et le plaisir d’un produit bien présenté et agréable à regarder, je ne suis pas très sensible aux éléments que je considère comme superflus. Le soin apporté au détail doit se faire de façon mesurée et surtout discrète, c’est ce qui pour moi sera la véritable preuve de la qualité et de la finesse du produit : le plus important reste le contenu du flacon.

Publicité pour Songes, Annick GoutalJ’ai souhaité commencer mon exploration des parfums d’Annick Goutal par Songes, tout d’abord parce qu’il est assez récent, et ensuite parce que son titre est terriblement évocateur. Ce parfum m’a surprise. Un tel titre se rapportant pour moi à l’univers de la nuit et des rêves se devait d’être flottant, aérien, cotonneux… Il est opulent, vanillé et charnu. Mais il évoque finalement assez bien les chaudes nuits d’été. Il est assez exotique et rassemble le tourbillon des senteurs du soir dans un jardin sur une île. Sa composition s’adapte bien à cette impression : Frangipanier, Tiaré, Jasmin Sambac / Encens, Vanille Bourbon, Baume Copahu, Ylang ylang / Vétiver, Santal, Ambre, Styrax. Il faut y rajouter une pointe de tubéreuse. L’ensemble est très charnu, enveloppant et chaud. Une fois que la surprise de la première inhalation est passée, on se rend compte que ce parfum est très agréable, très tendre, ce qui vient à l’esprit sont des instants intimes, le soir, assis dans un hamac en train de regarder les étoiles tout en discutant avec un proche. Pendant un moment ce parfum m’a vraiment fait rêver… Mais à ma grande déception (et surprise) il a tourné. La douceur carnée et enveloppante du parfum des fleurs à la tombée de la nuit, qui nous entouraient de leur beauté s’est effacée pour laisser place à une lourde sensation de vanille ambrée et sucrée. Mes sensations qui l’instant d’avant étaient si confortables et familières sont devenues pesantes et dérangeantes. La nuance était pourtant très fine, mais elle a tout changé et s’est intensifiée, pour finalement me laisser penaude, une porte ouverte mais désormais infranchissable.
C’est finalement l’impression d’un parfum un peu vulgaire qui m’est resté dans le nez. Il est certes bien moins désagréable que d’autres, mais la façon dont il se conclut alors qu’il avait si bien démarré déçoit, car le fond n’a plus rien de commun avec la finesse du coeur. Je serais tentée de dire qu’avec ce parfum, Annick Goutal a voulu donner une réponse à une clientèle demandeuse de senteurs sucrées et gourmandes, mais je ne le dirai pas, je vous laisse le soin d’en juger par vous même.

Creed : Royal English Leather

Creed est une maison de parfumerie fondée en 1790 par Henry James Creed, qui s’est d’abord établi à Londres. En 1854, sous l’impulsion de l’Impératrice Eugénie, l’entreprise se déplace à Paris. Elle est aujourd’hui dirigée par Oliver Henry Creed, le descendant direct d’Henry James, qui est aussi le nez de la maison. Creed est une maison qui a souhaité garder l’esprit traditionnel de la parfumerie d’antan. Les dirigeants sont extrêmement attentifs à conserver des modes de fabrications anciens, à se fournir en matières premières les meilleures, ainsi qu’à utiliser le moins possible les composés synthétiques dans leur parfums. On se demande toujours si ces discours reflètent bien la réalité, ou s’il s’agit d’un tissu de belles paroles. Dans le cas de Creed, je serais tentée de croire qu’il s’agit bien de la vérité. En effet, pour avoir senti plusieurs de leurs créations, j’ai retrouvé le petit plus et la chaleur que seules les matières premières naturelles peuvent apporter dans une composition.

Royal English Leather est un classique de la marque, et c’est le premier parfum de Creed que j’ai senti. Je l’ai découvert àSelle de cheval l’époque où je me suis rendue compte à quel point j’aimais le cuir dans les parfums. Et j’ai été ravie de sa composition. Intense, simple mais travaillé, il a ce délicieux côté anglais raffiné qui me fait fondre. Il me fait penser à une selle de cheval luisante aux finitions irréprochables.
Il se compose de : Mandarine, Bergamote / Jasmin, Clou de Girofle / Cuir. C’est un parfum classé dans les masculins, mais il peut aisément être porté par une femme. J’ai surtout apprécié le côté travaillé de la matière, tout en restant d’une simplicité divine. Royal English Leather développe un côté naturel à travers la belle sophistication du cuir et du clou de girofle, ce qui lui donne de l’élégance et du corps. Il a un bon sillage, mais n’est pas particulièrement enveloppant, il est plutôt sec, et se portera facilement tout le jour l’automne et le printemps surtout. J’ai beaucoup apprécié ce parfum parce qu’il développe une note chaude et charnue, mais qu’il ne contient pas une seule once de sucre, de vanille ou une quelconque autre touche enveloppante ou opulente. Je commence à être un peu fatiguée de toujours trouver dans les parfums chauds “pour femme” de la vanille encore et toujours. Ici on a une fragrance tout simplement parfaite pour une femme qui a du goût et qui aime les beaux parfums : il n’a pas besoin de plus de douceur ou de féminité. Je l’ai préféré à Cuir de Russie, toujours chez Creed, que j’ai trouvé trop transparent et beaucoup moins corpulent. Néanmoins très agréable, Cuir de Russie de Creed est très doux mais la note cuir n’apporte pas la force que j’aurais attendue.
Royal English Leather est un parfum que j’aime porter pour aller faire du shopping, il me donne l’impression d’être séduisante sans en avoir l’air et il a je ne sais quoi de confortable et de terriblement seyant sur ma peau…

Yves Saint Laurent : Rive Gauche

Nez Bavard visite les classiques en ce moment. En effet, dans un souci d’éducation olfactive et de mise à jour de ma base de données, je m’applique depuis quelques temps à sentir et à découvrir (ou redécouvrir) des grands classiques de la parfumerie. Ce qui fait beaucoup de travail et d’évaluations à faire! Le N°5 et Cristalle de Chanel ont déjà été critiqués, aujourd’hui j’ai choisi Rive Gauche d’ Yves Saint Laurent. Rive Gauche, créé en 1971, m’a immédiatement fait penser, lorsque je l’ai senti, à une belle femme à la peau blanche, au rouge à lèvres rouge carmin et chapeau en feutre noir. Cela fait un peu penser à Blanche-Neige mais ce n’est pas exactement là où je veux en venir… Rive Gauche dégage l’élégance avec une parfaite maîtrise. C’est la touche Yves Saint Laurent, celle devant laquelle on ne peut que s’incliner. Son odeur est classique mais vraiment séduisante. C’est l’un des parfums sur lequel j’ai le plus d’images “clichés” en tête : c’est, pour moi, un parfum parisien, pour une femme de 30 à 35 ans, le genre femme d’affaires indépendante et terriblement chic. Je n’était pourtant pas née lorsque ce parfum est sorti, je n’ai donc pas connu son lancement et n’ai quasiment jamais vu ses visuels. Mais en cherchant, c’est effectivement à ce type de clientèle que ce parfum était destiné : une femme citadine habillée d’un beau rouge et de collants noirs.
Mais j’ai connu l’empreinte Rive Gauche par le biais de ma maman, et bien que je n’ai aucun souvenir qu’elle l’ai porté un jour, je me souviens très nettement qu’elle avait dans ses produits de maquillage un petit tube bleu dur de la ligne Rive Gauche d’ Yves Saint Laurent. Le rouge était d’une couleur sublime et sentait d’ailleurs fichtrement bon… Je pense que c’est pour cela que j’ai du mal à me défaire de cette impression d’un parfum urbain pour une femme affirmée. Quand je recherche d’autres évocations j’en reviens toujours plus ou moins à cette notion d’élégance : comme vêtement ce serait un superbe manteau en fourrure, comme accessoire ce serait une paire de lunettes de soleil noires.
Son odeur est assez abstraite, comme le N°5, c’est un fleuri aldéhydé. Les fleurs sont pour mon nez assez difficilement détectables, il forme pour moi un tout, un ensemble harmonieux et travaillé. Il se compose de : Aldéhydes, citron, bergamote, feuilles vertes / Rose, jasmin, gardénia, chèvrefeuille / Vétiver, fève tonka, santal, mousse de chêne.

Ce parfum est avec Paris, le deuxième parfum d’ Yves Saint Laurent qui soit inspiré par la ville de Paris. Il y a derrière ces créations une symbolique toute particulière qui me touche et que je comprends bien, pour moi qui aime cette ville de manière inconsidérée.

Sources : OsmoZ, Images de Parfums

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