Le printemps est déjà là, et j’avais envie de prendre un peu d’avance sur les odeurs estivales. Alors pour donner suite aux études comparatives déjà menées sur les parfums à la vanille et les parfums à la tubéreuse, j’ai choisi aujourd’hui de faire l’analyse comparée de Gris Clair de Serge Lutens et de Pour Un Homme de Caron. Ce sont deux parfums construits autour de la lavande, une odeur familière, apaisante et rafraîchissante pour beaucoup d’entre nous. En effet, l’odeur de la lavande est souvent associée aux odeurs de linge propre, souvent grâce aux eaux pour le linge ou aux petits sachets parfumés à glisser dans les tiroirs et les armoires… C’est pour moi une odeur de détente et de tranquillité, et les parfums qui en contiennent me suggèrent souvent cette atmosphère fraîche et reposante.
Parfum en demi-ton, présent et discret, Gris Clair de Serge Lutens est une eau aromatique qui glisse sur la peau. Construit autour de la fleur de lavande, ce parfum l’explore par le côté sec, la fleur du flacon sèche sur la peau et nous offre des grains de lavande secs et gris pâle. Son évolution est aride, on ne sait plus tout à fait si le parfum est toujours là, car son ton est presque minéral. Il sent comme ces roches grises surchaufées par le soleil où pas une pointe d’humidité ne subsiste, tout est bu et asséché. Il en résulte une étrange sensation de sérénité. Un état brut, silencieux, comme la nature par journée de canicule… Rien ne bouge, seuls les insectes trouvent encore la force de voler. Malgré cette sensation intense d’un soleil de plomb, Gris Clair me semble aussi bien adapté à la saison hivernale qu’à l’été, car c’est un parfum au souffle léger. Il se décompose ainsi : Pollens, Racines / Lavande, Notes sèches / Notes orientales. Les notes orientales ici se résument pour moi à des notes musquées, car Gris Clair n’a rien d’opulent, ni de balsamique, ni de fondant.
A l’inverse, Pour Un Homme se révèle beaucoup plus miellé par des notes plus rondes et plus généreuses. Pour autant, Pour Un Homme ne fait pas du tout lourd ou sucré, mais il a effectivement une présence plus affirmée. Créé en 1934, ce parfum est un grand classique mais que je trouve toujours d’actualité. Sa note est simple, intensément aromatique avec la lavande en particulier, mais aussi le romarin et la sauge. Voilà pour l’élégance. Viennent ensuite le bois de cèdre, le bois de rose et la mousse de chêne en fond pour la noblesse. S’ajoutent au précieux mélange la rose, la vanille, la fève tonka et le musc pour la douceur, la rondeur et la finesse. C’est vraiment le côté miel lavandé qui ressort sur ma peau, l’ensemble donne un fini légèrement carné où j’irai presque jusqu’a sentir une pointe de cuir. Délicieux. Bien que ce soit l’un des masculins les plus célèbres de l’histoire de la parfumerie, je trouve ce parfum parfaitement unisexe, plaisant à porter en toute situation, hormis l’été, car la note carnée s’intensifie avec la chaleur.
La note lavande pure se poursuit plus longtemps avec Gris Clair, là où Pour Un Homme se tourne vers un aspect plus sophistiqué où l’on distingue toujours la lavande mais entourée et enveloppée par les notes sèches du bois de cèdre, et le moelleux de la vanille.
Gris Clair est un parfum à porter avec une chemise blanche, un solitaire autour du cou. Pour Un Homme se porte lui aussi très simplement avec de gants en cuir.
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