Archive pour juin 2007

The Body Shop : White Musk

The Body Shop? White Musk? Nez Bavard se serait-il perdu dans l’adversité?
Alors que le billet précédent portait justement sur l’exaspération que je ressentais dernièrement en matière de marketing et de manipulation publicitaire, écrire sur White Musk de l’enseigne The Body Shop peut paraître un peu paradoxal. J’en conviens. La marque anglaise a (comme beaucoup de ses consoeurs) une communication bien rodée, et se prévaut à grand renfort de publicité et de rabâchage dans ses catalogues, de tout un tas de valeurs on ne peut plus honorables : le commerce équitable, la défense des animaux, l’estime de soi, les droits de l’homme, la planète… tout ça, tout ça. Même si on sait bien que ces arguments sont surtout là pour nous attendrir et nous encourager à acheter, je ne peux m’empêcher d’avoir un regard légèrement sympathique sur cette enseigne. Même si elle ne réalise que le quart de ce qu’elle dit réaliser, je me dis que c’est déjà un bon quart quand d’autres ne font absolument rien. En tout cas, les prix s’en ressentent!

Bref, on pensera ce qu’on veut de l’enseigne, qui par ailleurs sort tout de même de bons produits, ce qui m’intéresse aujourd’hui est l’un des plus gros succès de la maison depuis sa création, la fragrance : White Musk. La toute récente campagne de publicité a attiré mon attention, alors je suis allée ressentir ce parfum, pour me remettre au goût du jour. La gamme complète a été revisitée. Il faut avouer que l’ensemble en jette pas mal. C’est comme quand vous regardez l’étagère consacrée au N°5 de Chanel, une des lignes les plus complètes existant en parfumerie, et il faut le dire, un vrai régal pour les adeptes. Et bien là, c’est pareil, pas moyen de sentir autre chose quand on a toute la gamme.

Parlons de la senteur elle-même. Et soyons franche, c’est un synthétique. Qui ne s’en cache pas d’ailleurs, puisqu’on parle de musc extrait sans cruauté, ce qui ne fait nul doute, puisqu’il est gentiment produit à l’échelle industrielle en laboratoire! Le débat sur les produits chimiques contenus dans les parfums se fera une autre fois.
Première observation évidente, c’est un parfum très chargé en musc (ça tombe bien!), tellement d’ailleurs qu’il neutralise un peu l’impression florale qu’il pourrait rendre, puisqu’il est visiblement composé d’un bouquet : lys, jasmin, rose, ylang. On trouve aussi : galbanum, basilic, patchouli, vanille, ambre, oakmoss et notes de pêche. Je dirais que le musc dans White Musk, c’est comme les aldéhydes dans le N°5, il apporte une dimension nouvelle et abstraite au parfum. Je pense d’ailleurs que leur origine chimique n’y est pas étrangère.
Ce parfum a été senti et ressenti, et il faut savoir que, de par sa composition chimique, son évolution diffèrera assez peu d’une peau à l’autre. Ce n’est pas pour me déranger, mais c’est peut-être parce que je ne m’identifie pas de façon excessive à son odeur. Cela dit, ça ne m’étonne pas du tout que certaines femmes ne puissent plus s’en passer. Pour plusieurs raisons. La campagne de publicité nous parle d’une sensualité à l’état pur… Un parfum, c’est sensuel quoiqu’on en dise, passons ce point. Moi je dirais surtout qu’il est très facile et très agréable à porter, et que l’on s’y attache parce que son odeur semble très personnelle, qu’elle est à la fois douce et présente et qu’il faut le dire, elle ne choque pas les narines. Les muscs blancs sont l’un des composants qui entrent quasi systématiquement dans la plupart de nos produits cosmétiques et aussi notamment dans nos lessives. Ils suggèrent une intense sensation de propre, et sont donc particulièrement appréciés dans les parfums, en plus de leur pouvoir fixateur. Leur odeur dans White Musk est sui generis, douce, subtile, délicate, proche de la peau, et propre. Il me semble que c’est aussi pour cela que la fragrance plait beaucoup à la gent masculine. Ces messieurs, qui bien souvent râlent quand le parfum de leur chérie sent trop fort, ne sont généralement pas agressés par celui-ci et s’y attachent. Ces muscs bien que synthétiques produisent leur petit effet animal malgré tout. Je le trouve pour ma part plutôt bien réussi, relativement bien construit, les notes se déclinent de façon assez subtile, on reconnaît légèrement une pointe d’ylang et un soupçon de vanille. On les perçoit l’une comme l’autre surtout par l’aspect dense du parfum sur la peau. Mais le tout est si bien enveloppé dans la rondeur cotonneuse et veloutée des muscs, que l’on ne s’obstine pas à rechercher la présence de l’un ou l’autre des composants.
White Musk s’apprécie tel quel, pour son odeur résolument moderne et tendance. Et je crois que l’on peut d’autant plus l’aimer en ne lui demandant pas plus qu’il ne peut donner. Ce n’est pas une composition ultra raffinée et d’une qualité somptueuse, mais c’est un vrai parfum de confort, commode, coquet et charmant.

Je m’accommode très bien de l’eau de toilette qui semble tenir plutôt bien sur ma peau puisque je la sens encore 9 h après la vaporisation. Lorsque je veux une présence plus marquée, j’utilise la crème corporelle, et en touche l’huile qui affine la senteur et parfait le fini peau.

Disponible dans tout les magasins The Body Shop. EDT 60ml : 27,50 €, EDP 30 ml : 27,50€

Photos : thebodyshop.com

Le temps de la réflexion

Nez Bavard se sent un peu morose en ce moment. Je crois que l’élan et l’enthousiasme qui étaient les miens lorsque j’ai commencé Poivre Bleu se sont quelque peu émoussés. J’aime toujours le parfum, de même que j’aime toujours autant écrire sur Poivre Bleu. Mais je dois aujourd’hui réfléchir à la place qu’occupe réellement l’olfaction dans ma vie. Je sais qu’elle est importante, mais je sais aussi qu’en aucun cas je ne veux soumettre ma perception (odorante) à un formatage d’aucune sorte.

La parfumerie de masse me désespère, même si on y trouve encore (parfois) quelques exceptions. La parfumerie de niche est un ensemble assez flou, et je me demande parfois si l’interêt et le but est bien différent de celui des grandes marques. “Mais bien sûr!” me dira-t-on. Certes, la clientèle ciblée n’est pas la même, certes les matières premières utilisées sont différentes, certes le service est de meilleure qualité, certes… Mais le tout est encadré par un seul et même but : faire du chiffre. C’est la dure loi du commerce, et c’est ainsi que fonctionne le monde aujourd’hui. Mon sentiment est certainement dû au fait que je suis actuellement immergée dans cette machine commerciale pour mon travail, et que je suis moins libre qu’avant d’ignorer cette réalité écrasante du profit. Sans profit, pas de travail, pas d’entreprise viable. Ma critique ici porte essentiellement sur le formatage que subit toute entreprise lorsqu’elle se développe. C’est le sentiment désagréable que le moteur réel de l’entreprise, c’est-à -dire le projet, l’idée, le concept, l’invention, est totalement annihilé par le besoin de vendre encore et toujours plus. Heureusement toutes les entreprises ne suivent pas le même schéma, et parfois le profit a du bon. Mais le délicat petit monde du parfum et de l’olfaction est trop fragile pour subir l’exploitation outrancière dont il est l’objet aujourd’hui.

La parfumerie n’est malheureusement pas le secteur dans lequel se lancer lorsque l’on a une idée et l’envie de transcender toute cette machinerie avec son idéologie naïve prête à surmonter tous les obstacles. Soyez certain que quelqu’un d’autre aura essayé avant vous et se sera cassé le nez sur ses convictions. J’ai sincèrement cru pouvoir faire ma vie dans le parfum en gardant ma sensibilité, ma naïveté, ma perception très biologique et très animale de l’olfaction. Force est de constater que je n’y arriverai pas par la voie traditionnelle. Le marché (comme disent les analystes en marketing et leurs chefs d’entreprise) est saturé : une quantité innombrable de nouveautés tous les mois, une difficulté évidente à se renouveler, d’où un formatage de la clientèle par la publicité et les opérations marketing.

Le secret, et la solution pour ma part, sera peut-être de rester en dehors de tout ça, et de continuer à sentir pour mon propre plaisir, et à me réjouir pour un rien : une odeur de ville un soir d’été, une senteur d’oreiller ou le parfum de la peau des gens aimés.

Je suis particulièrement intéressée par vos réactions sur ce billet, ce que vous en pensez, votre propre perception du monde de la parfumerie, vos sentiments en tant que passionnés (ou non).

Nez Bavard dans un tourbillon de papier

Nez Bavard est en ce moment largement plongé dans ses bouquins… Et les expériences parfumées de ces derniers temps sont très, comment dire : livresques. Ce qui me donne une occasion de vous parler de ma perception de l’odeur du papier.

On pourrait croire que le papier ça sent… le papier! Certes, mais pas seulement, selon l’époque, la composition, la conservation, le papier prend une odeur particulière, comme une sorte de signature qui fait ensuite partie intégrante du plaisir de la lecture. L’odeur de certains livres que j’ai lus m’a tellement marquée que lorsque j’ouvre le livre à nouveau, je suis transportée 3, 4, voire 8 ans en arrière.

Je serais tentée de dire, qu’un livre, c’est comme un bon vin : ça s’améliore en prenant de l’âge. J’entends par là deux aspects différents. Prenez un livre que vous avez lu à une époque A. Le livre, à cette époque A, ne vous a pas secoué, voire même ne vous a pas plu. Reprenez le même livre à une époque B postérieure, et relisez-le. Vous serez peut-être surpris de l’impression qu’il vous laissera lorsque vous aurez tourné la dernière page… Ceci est valable selon le “cru” du livre, je doute qu’un Barbara Cartland et ses effluves de guimauve puisse provoquer de tels retournements… Encore qu’avec l’âge, la dimension burlesque et comique peut prendre une ampleur non négligeable. Et de toute façon, tous les goûts sont dans la nature, évitons les jugements de valeurs… Pour ma part, je vous parlerai plutôt de La Petite Fadette de George Sand que j’ai parfaitement détesté quand je l’ai lu la première fois, puis que j’ai adoré la seconde et encore plus la troisième, sans parler de la quatrième (je reconnais que c’est un cas particulier, je n’ai pas l’habitude de relire un livre 4 fois).
La deuxième raison pour laquelle je compare un livre à un bon vin, c’est pour son odeur. Il me semble en effet, qu’en prenant de l’âge, l’odeur d’un livre se bonifie et prend du caractère. L’avantage ici, est qu’ouvrir un livre n’est pas très onéreux et relativement aisé à refaire, alors qu’ouvrir une bouteille de Château Lafite de 1928 risque d’être à la fois fatal à vos finances mais aussi à la bouteille en question. Toujours est-il que, de mon point de vue, et selon ma propre expérience, j’ai avec plaisir retrouvé des livres que je n’avais pas ouverts depuis longtemps, qui s’étaient imprégnés de l’odeur d’une maison, d’une pièce, et qui me rappellaient un endroit ou une époque. Je reconnais que la diversité des odeurs de livres est loin d’égaler la diversité des arômes des vins. Mais il y a tout un tas d’émotions associées à l’odeur des livres, notamment parce qu’elles sont liées au plaisir de la lecture et à l’histoire ou au thème du volume.
On a les odeurs euphorisantes de papier neuf, celle du roman encore jamais ouvert, encore jamais lu, qui promet un tas d’aventures. Il y a l’odeur acide caractéristique des livres au papier fait de pâte de bois du XIXe siècle qui me laissent une impression de sérieux (ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien) ; il y a l’odeur un peu plastique (papier glacé) et rébarbative du livre de maths de terminale qui vous fait suer ; il y a l’odeur humide et renfermée du livre errant, celui laissé à l’abandon depuis des années dans des cartons à la cave ; il y a aussi l’odeur poussiéreuse, piquante et légèrement ambrée des livres anciens, qui vous donne la sensation de tenir un trésor dans les mains. L’odeur du livre imprime avec le dernier mot, la dernière impression : elle vous réjouit, vous fâche ou vous laisse dubitatif.

Sur ce, il se fait tard, il est l’heure pour moi d’aller me glisser sous ma couette, et de lire quelques lignes et buvant ma tisane à la verveine verte fluo.


 

juin 2007
L Ma Me J V S D
« mai   juil »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930  

Blog Stats

  • 197,900 hits

Catégories

Archives


Découvrez Daft Punk!