A la suite de mon article sur la campagne de publicité sur Tom Ford For Men, j’ai souhaité, dans un souci d’impartialité sentir ce parfum, et donner mon avis dessus indépendamment du reste. Alors je suis allée sur le stand des Galeries Lafayette, j’ai reçu un pschitt sur la main, ai dit merci et suis repartie.
Tom Ford décrit lui-même son parfum comme “légèrement sale, sensuel et sexy”. (Voir à ce sujet l’article de Now Smell This). Ce n’est donc pas un parfum propret. Mais à quoi s’attendre avec une telle description? A l’énumération des notes, je m’attendais à un vert-cuiré : citron, bergamote, mandarine, basilic, feuilles de violette, gingembre, fleur d’oranger, poivre noir, feuille de tabac, ambre, cèdre, vétiver, patchouli, mousse de chêne, cuir. J’étais assez curieuse de sentir ce parfum, car j’aime beaucoup les cuirés, et puis je voulais voir ce que pouvait bien sentir un parfum dont la campagne de pub était aussi sulfureuse. Mais parlons du parfum en lui-même.
Ce qui est sûr, c’est que ce parfum n’a rien à voir avec ce qu’a fait Tom Ford jusqu’à présent en parfumerie. Le départ est très frais, agrumes avec une note basilic sympathique. C’est le côté vert qui entre le premier en scène mais plus herbal que moussu. Jusque là, rien de très exceptionnel ou de très mauvais. J’ai attendu un peu, et puis sont enfin venus la feuille de violette et la feuille de tabac qui ont fait apparaître l’aspect cuiré-sec (nubuck). C’est le stade du parfum que j’ai préféré, mais je n’ai pas trouvé qu’il ait été vraiment présent, c’était assez discret, un peu en sourdine. Sur la fin, cet aspect a disparu, laissant place à un fond assez classique boisé. Je n’ai pas vraiment ressenti de côté sale, à part peut-être une petite impression de rusticité. Au final je me suis sentie un peu dépitée. C’est un parfum qui sent bon, dont certaines phases sont intéressantes mais qui au bout du compte est drôlement sage… Un masculin un peu basique, sans un vrai parti pris olfactif. Quelque chose d’assez passe-partout, qui devrait plaire à un public assez large.
Je reprendrais alors et à juste titre il me semble, l’expression que j’ai utilisée pour le précédent billet sur Tom Ford : Gros Klaxon, Petit Moteur… La campagne est une grooooosse machine rutilante et bruyante, le parfum est un carburant bien médiocre.
On pourrait écrire des heures, des jours, des semaines, des mois sur Guerlain! La saga est inépuisable!
Aaaaah Vol de Nuit…! Je m’excuse d’avance pour le cliché qui va suivre, mais ce parfum me fait irremédiablement penser à la scène de vol (de nuit) dans The Aviator de Martin Scorcese… Ce n’est pas très original, certes, et en plus j’aurais mieux fait de parler d’Antoine de Saint Exupéry, mais non! C’est bien à Cate Blanchett et sa flamboyante chevelure rousse que me fait penser ce parfum. Chronologiquement il aurait pu parfaitement convenir à Katherine Hepburn, qui cultivait parfois un petit côté garçon manqué qui sied très bien à Vol de Nuit et son aspect vert : Orange, citron, madarine, fleur d’oranger, jonquille, galbanum, jasmin, santal, iris, vanille, mousse de chêne.
Nuit soit un oriental. Dans une interview exclusive que Vol de Nuit à bien voulu accorder à Poivre Bleu, il a déclaré : “Oh Shalimar et moi sommes des amis de loooongue date! Mais faut pas délirer non plus, nous n’avons pas les mêmes valeurs!”
Cette année, Vol de Nuit aura droit à son flanker rien que pour lui : Vol de nuit Evasion. (Lire un article intéressant sur les flankers
présence d’une griffe dans ce parfum et je la trouve plus évidente à détecter dans celui-ci, même s’il est très léger, un peu sourd. Elle serait composée de baumes, d’iris et de vanille. L’iris domine fortement dans Après L’Ondée, ce qui donne au parfum un aspect limpide, transparent, tout en apportant sa belle note poudrée et en donnant une sensation de confort.
J’ai découvert cette campagne grâce au blog
Analyser Jicky à la suite de Shalimar a rendu celui-ci plus intéressant. Etant considéré comme l’origine de Shalimar, on ne peut s’empêcher de retrouver des similitudes entre ces deux parfums. Selon les sources Jicky est considéré comme un oriental-vanillé ou un aromatique-fougère… Deux familles qui n’ont à peu près rien à voir entre elles. Je trancherai pour les orientaux. La tête aromatique prononcée de Jicky (qui rappelle grandement celle du Mouchoir de Monsieur), se prolonge sur le coeur et lui apporte une certaine fraîcheur, mais ce qui m’a décidée a été la note animale de Jicky. Celle qui caractérise pour moi les vrais orientaux, et qui est dans ce parfum bellement assumée et portée en avant. Elle l’est plus que dans Shalimar, qui a été grandement arrondi et féminisé avec la vanille. Jicky est plus androgyne, plus nu et moins sophistiqué. Bien qu’il ait été composé à l’origine pour les femmes, beaucoup d’hommes l’ont porté et le portent encore aujourd’hui. En effet, Jicky peut être considéré comme l’un des premiers grands parfums modernes : il fut l’un des premiers à utiliser des produits synthétiques dans sa composition, notamment la coumarine qui donne ici une odeur de foin et renforce les notes aromatiques ; mais il a surpris les femmes à son époque, car c’est l’un des premiers féminins à avoir utilisé les notes animales de la civette dans sa composition. Ce parti pris lui a d’abord valu d’être délaissé par les femmes qui n’étaient habituées qu’à des larges bouquets floraux. Il fut alors porté par les dandys anglais, jusqu’à ce que la presse féminine le redécouvre en 1912.
impression légèrement poisseuse de poussière et de sébum qui est donc la note animale apportée entre autres par la civette. Sensation qu’il a bien entendu fallu reconstruire synthétiquement aujourd’hui. J’aime chez Jicky son côté garçon manqué, sa note sauvage (aromates et coumarine) qui fond et s’étire sur la peau jusqu’à en faire partie ; le fait qu’il symbolise une époque et qu’il la transporte littéralement avec lui dans son accord et son sillage vraiment unique. Il est apprécié des connaisseurs, mais méconnu du grand public, car vivant dans l’ombre de Shalimar dont il est pourtant l’inspiration directe. Jicky est un oriental selon Guerlain, il représente tout comme Shalimar un Orient idéalisé, synthétisé et finalement occidentalisé par cette grande maison de parfumerie. Elle s’est appropriée ses matières premières et a recréé un univers de contes et légendes dans ses parfums pour donner la sensation à ses clientes de porter du mythe en parfum. Il y a encore peu de temps, Guerlain était avec Caron la seule maison qui avait su matérialiser un véritable trait d’union Orient-Occident dans ses parfums en utilisant un savoir-faire à la française. Caron reste à part, la globalisation a eu raison de l’esprit Guerlain.
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