Aujourd’hui était la journée parfaite du parfum T-shirt. Une belle journée à peine voilée, une légère brise qui file sur vos j
ambes, une paire de sandales et votre T-shirt blanc. Le tout parfumé avec Coco Mademoiselle. Conçu en 2001 par Jaques Polge, il a marqué le début d’un nouveau type de construction olfactive : les nouveaux chypre. En effet, contraints par la règlementation européenne de restreindre, voire d’annuler l’utilisation de mousse de chêne dans les compositions de chyprés, les parfumeurs ont dû s’adapter pour retrouver la sensation de matière fraîche et fusante puis dense et terreuse du parfum chypré. Je suppose qu’un substitut synthétique a pu être trouvé, ou bien plus simplement, que l’accord bergamote-rose-vétiver-patchouli a pris le pas sur le classique bergamote-rose-mousse de chêne-patchouli. Ce nouveau type de construction a été repris par la suite, notamment chez Narciso Rodriguez for Her, Agent Provocateur, Liaisons Dangeureuses de By Kilian, mais aussi chez Chanel avec Chance qui suivra 2 ans plus tard. Chance est d’ailleurs à mon goût plus abouti que son aîné, dont les accents sont plus doux et moins anguleux.
L’abandon de la mousse de chêne (nous en sommes tous désolés) donne un peu moins de profondeur aux créations chyprées. Cependant, cette contrainte a aussi permis d’alléger la composition et de la rendre plus lumineuse comme c’est le cas ici. Combiné à une puissante dose de musc blanc, le parfum est présent mais dans un aspect suave et arrondi. Coco Mademoiselle est l’illustration parfaite du parfum que l’on aime mettre après la douche, celui qui vous donne la sensation de rester propre tout en vous habillant. La publicité récente avec Keira Knightley illustre assez mal ce que je ressens lorsque je le mets. En effet, comme beaucoup de créations Chanel, Coco Mademoiselle n’est pas là pour être effacé et faire son timide, mais je lui trouve une simplicité et une fraîcheur douce qui ne s’accordent pas avec les attributs de soirée. Toujours est-il que l’on s’y sent bien dans ce parfum, comme dans son T-shirt.
Peut-être faut-il lui reprocher d’être un peu trop porté par les jeunes filles de bonne famille, des beaux quartiers, qui portent au bout de leur bras des sacs trop chers pour le commun des mortels et qui se parfument (s’il vous plaît) avec un Chanel, tout ce qu’il y a de plus respectable en somme. Mais le confort est à ce prix… Son succès est, quoiqu’il en soit, incontestable. Je ne sais pas s’il n’avait vocation au départ qu’a être un flanker de Coco, si tel est le cas, c’est certainement le flanker le plus rentable qui ait été lancé ces dernières années tant la gamme de produits dérivés s’est étendue. C’est un parfum dont la modernité a du bon, et qui me fait espérer encore de belles choses pour la parfumerie grand public.
recette du “On prend les même et on recommence“. En 2007, Francis Kurkdjian refait une interprétation autour du musc égyptien cher au créateur.
N° 22 de Chanel. De quoi s’agit-il exactement? Il fut lancé en 1922, un an après le
que le N° 5, car, bien que ce dernier garde toutes les qualités d’un grand parfum, le N° 22 développe un éventail de facettes toutes plus riches les unes que les autres. Il ne cesse d’évoluer sur la peau, oscille entre les odeurs sourdes et lumineuses, et dégage incontestablement une présence hors du commun. Je ne vous cache pas qu’il est assez difficile de le décrire, parce qu’il n’a rien de monotone, de précis et d’attendu dans son évolution.
Etro est une maison de couture italienne que l’on pourrait comparer à Hermès en France. Leurs parfums sont parmi les plus raffinés et les plus abordables en parfumerie de niche. Les “soliflores” sont particulièrement réussis et aboutis je trouve, autant dans le choix exigeant des matières que dans la construction et l’interprétation. Dont leur patchouli bien sûr. Un patchouli complet du début à fin qui reste étonnamment frais jusqu’au bout, pour mon plus grand plaisir puisque c’est justement le côté humide et frais qui me plaît le plus dans le patchouli.
Antaeus de Chanel. Tout un programme ! Un vrai masculin puissant et viril des années 80 (1981 précisément) avec sa belle charrette d’aromates et de photos d’hommes musclés. Bon, je vous épargnerai la légende grecque qui nous dit qu’Antaeus est le fils de Gaïa (La Terre) et de Poséïdon, que c’est donc un dieu avec tous ses attributs. Un peu comme notre parfum en fait : myrte, lavande, sauge sclarée, thym… Tous des aromates que les Grecs faisaient brûler et dont les émanations parfumées nourrissaient les dieux de l’Olympe. Mais cet Antaeus a plus d’un tour dans son flacon, c’est aussi un vrai cuiré-boisé, qui doit super bien s’entendre avec Kouros d’Yves Saint Laurent (les 2 contiennent du patchouli d’ailleurs). Sortis la même année, ces 2 parfums sont typiques de l’ambiance olfactive masculine de l’époque, mais je trouve qu’Antaeus a mieux vieilli.
Habituée à une senteur “tapis de feuilles mortes”, j’ai ici l’impression de sentir l’odeur de l’argile qui se mouille quand la pluie commence à tomber, du chemin blanc surchauffé qui exhale aux premières gouttes d’eau une odeur magnifique de poussière humide… La feuille est dans un élément et une interprétation peu courants, mais on reconnait très bien la note et on la distingue du reste, ce qui n’était pas le cas avec l’essai d’hier. J’admire beaucoup ici le travail de qualité sur la matière, à la fois audacieux et juste. On retrouve une petite histoire de la parfumerie patchoulitée dans cet opus : une identité hippie en sourdine avec un aspect encens - fumée dense ; un stade gourmand avec un accord rond et une petite touche chocolat noir ; et enfin une image moderne du patchouli qui se fait poussiéreux (presque poudré), grisonnant, s’alliant avec une sensation plus aérienne et transparente (les muscs sûrement).
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