Archive pour la catégorie 'Un peu d'autobiographie'

Une note pour Poivre Bleu

Faut-il toujours avoir raison? Faut-il toujours faire rigoureusement attention à ce que l’on dit? Un peu de fraîcheur et de maladresse est-il si condamnable lorsque l’on parle de parfum? La question est posée. J’ai eu aujourd’hui le grand honneur et le plaisir de rencontrer Olivier Cresp, qui a participé à la confection du tout dernier Lancôme, prévu pour le mois de septembre. Nous reparlerons de la discussion que moi-même et Sixtine d’ Ambre Gris, avons eue avec lui.

Mais sa rencontre et ma lecture quotidienne des blogs ont soulevé chez moi des questions. Je manque de formation, je le sais. Et j’en souffre. Je voudrais faire mieux, faire plus juste, ne pas me tromper, ne jamais me tromper. Parce qu’il n’est rien de pire pour moi, que de répéter des bêtises. Et je suis, autant que faire se peut, attentive à ce que j’écris. Je tiens à cela, parce que je tiens à ce que mes avis soient construits et aient une valeur aux yeux de celles et ceux qui les lisent. J’ai peu d’outils entre mes mains, mais ils sont là. Chacun a les siens, ce qui fait que 2 opinions sur un même parfum seront toujours différentes, c’est cela qui rend la critique riche, intéressante et constructive. Certains détails techniques ne sont connus que des parfumeurs eux-mêmes, ou des professionnels de la parfumerie. Les blogs doivent-ils répondre à une exigence d’exactitude? Est-ce bien leur rôle?

Mon avis est que non. Bien que je nourrisse tous les jours le désir de progresser et d’affiner mes avis, je ne souhaite pas devenir une sorte d’examinateur au jugement arbitraire qui ne serait plus capable de voir au delà des apparences. Je ne veux pas juger les idées, les interprétations, les impressions d’autrui. Je veux pouvoir confronter les sensations, les avis, les critiques, puiser dans les connaissances de l’un, de l’autre, pour aboutir à un tout plus riche que les parties prises individuellement. N’est-ce pas cela aussi blogger?

Journée contradictoire que celle que je viens de passer. Je suis un peu déçue ce soir, de voir que parfois, la maturité n’est pas forcément là où on l’attend, et que l’âge et les connaissances n’y font malheureusement rien. Mais Monsieur Cresp m’a fait le plaisir de parler de lui, de son métier, de donner ses impressions sur la parfumerie, et m’a montré qu’on pouvait parler à plus petit et moins aguerri que soit avec plaisir et conviction.

Voilà une petite analyse de moi-même, du chemin parcouru, et du chemin qui reste à parcourir.

Photo : Greta Garbo

Il est question de parfums

Juste un petit mot pour vous dire que Nez Bavard à répondu à une interview pour le site Auparfum que nous connaissons bien. Pour en savoir plus, c’est ici.

Joyeux anniversaire Poivre Bleu!

Nous sommes aujourd’hui le 4 décembre 2007 et nous fêtons le premier anniversaire de Poivre Bleu! Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais cela fait un an maintenant que ce blog est ouvert, qu’il me suit et transmet l’odeur de ma passion à tous mes lecteurs.

Faisons un peu de statistiques…
Nous en sommes à ce jour à 69 101 visites en cumul, dont 594 pour aujourd’hui. Et une pointe à 1 046 visites le meilleur jour.
Les billets sont au nombre de 112, pour 255 commentaires de vous, chères lectrices et chers lecteurs.
Pour un suivi un peu plus pointu, notons que la fréquentation de Poivre Bleu s’est réellement amorcée en mars 2007, où l’on est passé de 617 visites en février, à 2 140 en mars, soit une progression de 217%. Mais ce n’est réellement qu’en juillet que la course vers les étoiles parfumées a décolé avec 4 584 visites.
En novembre, Poivre Bleu a cumulé 17 628 visites (on note une augmentation de +735% par rapport au mois de juin).

Le top des 3 billets les plus lus (à ce jour) est le suivant :
Chanel N°5 avec 1 970 lectures
Bois d’Argent de Christian Dior avec 1 653 lectures
Bois d’Arménie de Guerlain avec 1 392 lectures.

Je profite aussi de ce jour particulier pour remercier tous mes amis/es internautes qui je l’espère continueront à me suivre pour la nouvelle année qui s’annonce!

Rewind… Play…

(Stop) Parlons peu mais parlons bien. Je parlerai ici des moments importants de cette année qui ont joué un rôle dans mon évolution et des questions que je me suis posées au fil des mois.

(Play) Suite logique de L’Atelier du Parfum, j’ai investi les boutiques de L’Artisan Parfumeur comme ma maison. J’ai eu plus ou moins la sensation que c’était l’endroit où je pourrais tout apprendre. Si bien que pendant un temps, je n’ai pas été passionnée de parfum, mais passionnée de L’Artisan. Je me sentais dans la caverne d’Ali Baba quand je me rendais en boutique (la Grande surtout, l’ambiance y est plus particulière qu’ailleurs, notamment à cause du vieux parquet). Imaginez-vous : un petit nez tout frais, qui découvre la parfumerie de niche… Pour lui, L’Artisan, c’est du jamais-senti! J’avais sous mon nez des parfums qui sentaient d’abord avant de sentir bon, dans le sens où je découvrais réellement des accords nouveaux, que dis-je, des matières nouvelles dans les parfums. Cette étape fut très formatrice, parce que j’ai vraiment “ouvert” mon nez à des choses différentes de ce que j’avais connu. Je pense notamment à des parfums comme Voleur de Roses, Dzing! ou Dzongkha. L’Artisan Parfumeur avait encore un univers très particulier lorsque je m’y suis attachée, et je pouvais pénétrer en douceur le petit monde exclusif de la niche : une maison simple, ludique, distribuant des parfums chargés d’émotions et le revendiquant avec raison. C’est ce qui m’a plu et m’a fait rêver. Rétrospectivement, je crois que je n’aurais pas pu trouver mieux pour me familiariser avec l’univers de la niche.

(Forward) Rapidement, l’envie et le besoin d’aller plus loin et de mieux comprendre se sont fait sentir. Je voulais être formée, je ne voulais pas rester dans le flou et j’ai trouvé des premières réponses chez Cinquième Sens.

(Play) La formation Cinquième Sens m’a remplie. Bien plus poussée que L’Atelier du Parfum, j’ai senti plus de matières premières et j’ai pu débuter une sorte de défrichage olfactif : reconnaître des notes caractéristiques, comprendre la classification… A la suite de la Journée Découverte, j’étais sûre de vouloir aller plus loin. Mais comment? Et pourquoi? Il était assez clair pour moi que je ne souhaitais pas exercer des fonctions commerciales dans ce milieu, mais je me demandais surtout comment j’allais pouvoir accéder à des formations spécifiques sans avoir fait de chimie et étant engagée dans des études de gestion. Cinquième Sens est en effet une solution, et bien que la passion n’ait pas de prix, il faut avouer que les tarifs ne sont pas toujours encourageants pour un budget modeste. Sans trouver de solution pour le moment, j’ai vite compris que rester simple visiteuse et glaneuse d’odeurs ne suffirait pas, je voulais être actrice. Alors, naturellement, je me suis tournée vers L’Artisan Parfumeur. Et à ma plus grande joie, il m’a été offert mon premier travail en parfumerie.

(Pause) A ce moment là, cette maison correspondait à l’idéal que j’avais de la parfumerie : j’imaginais les nez créer des parfums pour eux, libres de toute contrainte, exprimant leurs émotions, laissant libre cours à leur génie, utilisant les senteurs telles des couleurs pour créer une oeuvre d’art. La vérité n’est peut-être pas si éloignée, mais sûrement en plus pragmatique et moins épique. Ce qui est sûr, c’est que jusqu’à récemment, cette maison travaillait par évocations, lançait un thème, une idée et laissait ensuite le parfumeur faire à son envie avec un budget pas trop restreint.

(Forward) J’ai passé 5 mois chez L’Artisan Parfumeur. J’ai fait des rencontres. J’ai appris beaucoup sur moi-même, sur mon envie de communiquer aux visiteurs une passion, un ressenti, une façon de vivre le parfum. Pourquoi il était important et pourquoi il était irremplaçable. Ce fut pendant ces mois aussi où je me suis intéressée à d’autres choses, comme Etat Libre d’Orange, Montale, Nez à Nez…

(Pause) J’ai rêvé, beaucoup, puis tout d’un coup je suis revenue assez durement à la réalité. Qu’en était-il vraiment du rêve et de l’amour de la beauté? La parfumerie que j’aimais et telle qu’on la désirait, existait-elle vraiment? Qui étaient les parfumeurs, des artistes comme je le croyais, ou des pantins qui exécutaient la commande du Dieu Tout-Puissant : Le Marketing, dont la seule religion était l’argent? On m’aurait donc menti? Tout ceci est alors devenu une vaste mascarade où la sensibilité et l’amour des parfums n’avaient pas leur place, j’ai presque voulu tout laisser tomber. Personne ne voudrait aider une jeune imbécile qui croyait encore que les parfums ça se créait avec le coeur! Même L’Artisan m’avait menti, à grand renfort d’objectifs chiffrés, je me rendais compte que cette marque que j’avais tant admirée en avait fini depuis longtemps avec son esprit ludique et sa défense des plaisirs simples.

(Play) Mais alors j’ai fait d’autres rencontres, parfois sur internet (ici), j’ai discuté et j’ai compris que je n’étais pas seule et qu’il ne tenais qu’à moi de faire vivre ou revivre la parfumerie que j’aimais. Parce que, au final, je n’ai pas arrêté d’aimer me parfumer, ou de sentir.

(Stop) Les choses ont beaucoup changé en un an. Ma perception, mes écrits, mon nez aussi. Mon premier amour, L’Artisan est parti, bien qu’on me dira qu’il a simplement évolué. Mais j’ai vu disparaître beaucoup de petits produits “insignifiants” pour certains, mais qui pour les amoureux du parfums faisaient partie d’un mode de vie : les porte-clés parfumés, les sachets pour le linge, les coussinets à pendre aux portes ou dans des penderies… La simplicité souriante est maintenant troquée contre un luxe qui sonne finalement faux : flacons aux formes agressives, bouchons lourds et dorés, verre noir et produits qui deviennent trop chers. La maison continue de cultiver son image un peu décalée, mais pour moi l’essentiel est perdu. L’équilibre entre sincérité dans les créations et réussite financière a disparu, on pense avec les dollars de Cradle Holdings maintenant. J’admire toujours beaucoup leurs parfums, et je sais ce que je dois à cette marque qui ne se prenait pas trop au sérieux à ses débuts. A un autre niveau on pourrait la comparer à Guerlain qui restera toujours un mythe de la parfumerie à juste titre, mais qui ne met plus vraiment du rêve dans ses flacons.
Enfin, il faut tout de même que je rende à César ce qui appartient à César. Pour celles et ceux qui seraient curieux de connaitre l’origine du nom : Poivre Bleu, et bien voici l’histoire : le “Poivre” c’est parce que le premier parfum que j’ai acheté chez L’Artisan était le Poivre Piquant (et oui, pas le Passage d’Enfer paradoxalement!), et “Bleu” parce que c’est ma couleur préférée…

(Play)

NB : Je m’excuse pour le retard dans les billets promis, mais le calendrier n’est pas toujours avec nous!

L’Artisan Parfumeur : Passage d’Enfer

Il était temps! Je l’aurai attendu ce jour où, enfin, je me suis décidée à prendre la plume pour parler de l’une de mes plus grandes révélations : Passage d’Enfer. Un parfum découvert en une occasion particulière, à un moment particulier et qui fut lourd de conséquences par la suite (mais en bien). Alors avec un nom pareil, on ne peut plus croire au hasard. Même si ça fait bien longtemps que je n’y crois plus.
Pour la petite histoire, Le Passage d’Enfer est une voie du 14e arrondissement à Paris (qui doit son nom à l’ancienne dénomination du boulevard Raspail : le boulevard d’Enfer), où se situait l’ancien siège social de L’Artisan Parfumeur. Le parfum fut créé à la fin de l’année 1999 pour célébrer le passage à l’an 2000. Le nom a naturellement inspiré le choix du thème de ce parfum : l’encens. Olivia Giacobetti, qui a beaucoup travaillé avec L’Artisan Parfumeur, en a fait un parfum mystique, sacré et religieux dans l’odeur et dans les faits (pour moi). Rose, encens, bois d’aloès, cèdre, lys, santal, benjoin, muscs.

Le mot encens fut emprunté au latin ecclésiastique : incensum, désignant une matière brûlée en sacrifice. Chez les Romains ont l’appellait thymiama, à rapprocher de deux racines grecques, thuos qui évoque l’idée de parfum et d’offrande, et thuien qui se rattache à la notion de sacrifice. L’origine du mot nous montre bien à quel point l’utilisation de l’encens est liée aux pratiques religieuses. Il est utilisé depuis la plus haute antiquité dans les cérémonies pour ses fumées dont les dieux, dit-on, étaient friands. De même son usage fut longtemps réservé à ces pratiques, car il était considéré comme sacré. Un passage de L’Exode (XXX : 34-37) est intéressant à noter. L’Eternel dit à Moïse

” Le parfum que tu fais là, vous n’en ferez pas pour vous-même de même composition. Il sera saint pour toi, réservé à Yahvé.
Quiconque fera le même pour en humer l’odeur sera retranché de son peuple.”

L’encens est une résine obtenue à partir d’incisions pratiquées sur l’écorce d’un arbre appellé Boswellia, originaire d’Oman. Il est aujourd’hui cultivé au Yémen, en Somalie et en Inde.

Pour ma petite histoire à moi, j’ai découvert ce parfum à l’occasion de L’Atelier du Parfum, chez L’Artisan Parfumeur, auquel j’ai participé le 18 novembre 2006. Un atelier qui s’est déroulé dans le plus pur esprit de la maison, ludique, simple et agréable. Esprit qui semble prendre un tournant dangereux dont je parlerai une autre fois. Cette matinée a été le point de départ d’une série d’événements marquants dont la création de Poivre Bleu fait partie.
Ce matin-là à 10h, j’étais une jeune fille candide, qui n’avait guère senti d’autres choses que du Dior, du Lancôme ou du Yves Saint Laurent. A 10h30, je sentais des matières brutes à l’aveugle et me rendais compte (avec plus ou moins de surprise) que les parfums n’étaient pas faits que d’agrumes, de fleurs et d’herbes, mais aussi des odeurs bizarres de poivre, de patchouli, de civette (pouah!), d’encens ou encore de mousse de chêne (quelle drôle d’idée!). A 11h on faisait une pause autour d’un thé, et je contenais mon émerveillement de peur de paraître naïve. Mais déjà mon nez devenait fou de tout ce qu’il sentait, que de changement en une heure! Nous avons ensuite repris sniffage et discussions pendant encore une heure et demie. A 12h30, nous redescendions dans la boutique pour flâner autour des créations de L’Artisan. C’est là que le tournant s’est effectué. J’ai senti avec intérêt et curiosité des parfums que j’aurais, deux jours plus tôt, qualifiés de “puants” : Dzongkha, Voleur de Roses, Poivre Piquant et … Passage d’Enfer. En m’approchant de celui-là, la formatrice me dit (hasard ou pas) : “Tiens! Celui-ci vous irait bien!” Et alors, elle a parfumé mon pull, ma veste et le dos de mes mains avec. Un autre aurait tout aussi bien pu faire l’affaire, mais non, c’est Passage d’Enfer qui s’est chargé de graver dans ma mémoire cette matinée avec son ambiance magique et ses émotions grisantes, et je ne peux m’empêcher de me dire que le nom du parfum et son odeur de sacré ont quelque chose à voir avec la transition qui s’est opérée à ce moment là.

A 13h, je suis sortie bouleversée, excitée, je marchais trop vite, les yeux ouverts trop grands, rue de l’Amiral Coligny, par cette journée magnifique et froide. J’avais l’impression qu’un pas de plus et je m’envolais, je pensais à 10 000 choses en même temps. Vite! Il fallait rentrer, ressentir à nouveau, repartir, redécouvrir, surtout ne plus jamais s’arrêter. Et sur le chemin du retour, entre Louvre-Rivoli et La Porte d’Orléans, j’étais entourée dans le voile gris, translucide et clair de Passage d’Enfer. Je sentais frénétiquement le dos de ma main en pensant : “C’est terrible… Terrible!”
Depuis, sentir et mettre ce parfum me replongent chaque fois dans cette ambiance et ces émotions si particulières où j’ai la sensation que tout est possible. C’est devenu mon petit rituel sacré à moi, chargée de son odeur lumineuse et pénétrante d’encens posée sur ses coussins de muscs.
Outre le fait que pour moi, ce parfum est chargé d’une symbolique très particulière, c’est l’une des plus belles créations de l’Artisan Parfumeur, qui exprime à la fois l’audace, la simplicité et la charge émotionnelle de cette maison.

Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur, 100ml/85€ 50ml/60€

Sources : Wikipedia, artisanparfumeur.com, OsmoZ, FlickR

18 novembre, (premier) anniversaire

Le 18 novembre ne sera plus une journée comme les autres désormais pour Poivre Bleu.

Il y a un an aujourd’hui que j’ai connu mon premier grand “choc” olfactif, à l’occasion de mon stage “L’atelier du Parfum” chez l’Artisan Parfumeur ; au cours duquel j’ai notamment senti Passage d’Enfer qui a donné une odeur à cette journée et qui symbolise désormais un tournant marquant (je l’espère) de ma vie.

En guise de cadeau, j’ai eu le grand plaisir d’assister aujourd’hui à une conférence de l’Osmothèque à Juvisy s/ Orge, tenue par Monsieur Yves Tanguy, où nous avons pu découvrir une sélection de grands parfums (disparus) qui ont fortement marqué la parfumerie.

Depuis 1 an, pas mal de choses se sont passées, et à cette occasion je pense qu’une petite rétrospective et une analyse s’imposent. Suivront dans la semaine qui vient, la critique de Passage d’Enfer, un billet spécial sur L’Artisan Parfumeur, et le compte rendu de la conférence de L’Osmothèque.

Bonne semaine à tous!

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