Ah voilà qu’elle en remet une couche !!
Oui, Nez Bavard en remet une couche, c’est vrai. Mais il me semble important de ne pas laisser ce sujet s’éteindre avec le temps, même si on en a déjà beaucoup débattu sur la blogosphère. Et puis j’ai promis à Thierry de répondre précisément à un commentaire qu’il avait laissé sur un précédent billet.
Depuis 2 mois, beaucoup de propos ont circulé et grâce à quelques blogs, notamment Grain de Musc qui se donne beaucoup de mal pour que l’information parvienne à tous, on en sait un peu plus sur les enjeux au coeur de cette industrie. Je vous encourage vivement à aller consulter la réponse qu’a donnée Stephen Weller (directeur de la communication de L’IFRA) à Denyse Beaulieu sur Grain de Musc ici et ici, mais aussi à lire la lettre adressée au magasine Perfumer and Flavorist. Pour finir : quelques éléments intéressants sur 1000 Fragrances ici et là. Beaucoup d’entre vous auront peut-être déjà lu ces interventions, mais pour ceux qui nous rejoignent, il est important d’en prendre connaissance avant de se faire un avis.
J’ai commencé par réagir de façon assez épidermique à la nouvelle, parce que j’avais peur pour la parfumerie et avec un sentiment d’injustice face à tout ce qui se tramait dans l’industrie. Quel poids les amateurs de parfums ont-ils ? Et doivent-ils se résoudre à n’en avoir aucun ? D’après les différents éclairages, il semblerait que la piste du complot des sociétés de matières premières soit à écarter du débat. Non, ce qui se démarque dans la lettre de Stephen Weller, c’est bien la pression politique des organes de régulation (Direction Générale “Santé et Protection des Consommateurs” et Comité Scientifique sur la Sécurité des Consommateurs), et la volonté de l’IFRA de trouver des solutions pour permettre aux matériaux de subsister dans la palette des parfumeurs (même si les quantités autorisées dans un produit fini s’en trouvent réduites). Certes, mais le problème reste entier. Le souci de préservation d’un patrimoine n’a pas germé une seule seconde dans la tête des décideurs et je suis persuadée que la pression des lobbys anti-parfums entre aussi en jeu. La psychose de l’environnement sécurisé, exempt de tout danger (et donc de tout risque de danger) continue de faire son chemin dans nos sociétés occidentales, presque à notre insu.
Aujourd’hui, je dirai que bien que je sois mieux informée, la situation me soulève encore le coeur, et je reste profondément déçue du manque de réactivité de l’industrie et des marques. Oui, la palette des parfumeurs s’enrichit avec la découverte de nouvelles molécules, mais non, je ne crois pas que faire disparaître la mousse de chêne et le jasmin de l’éventail de création soit une réussite pour la parfumerie moderne. J’aime les parfums, je suis portée par mon admiration et mon amour pour eux, comme d’autres sont portés par leurs convictions et leurs idéologies. Je n’ai pas envie de voir mourir à mes pieds des chefs d’oeuvre que l’on ne pourra pas recréer à l’avenir, même avec la meilleure volonté du monde. Je dis un grand OUI à la qualité, à la nouveauté, à l’envie des parfumeurs de continuer à créer. Mais je refuse de rester coite et d’approuver bêtement les choses parce qu’a priori je ne peux avoir aucune influence.
Nous ne sommes pas uniquement des êtres de chair et de sang, et les arts ont une importance capitale pour le bien-être de l’esprit et donc du corps. La beauté fait partie des choses dont nous ne pouvons nous passer, quelles que soient les formes qu’elle puisse prendre. Les parfums dégagent eux aussi leur beauté, je ne surprendrai personne en affirmant cela. Oui, mais à quel titre cette beauté est-elle reconnue ? Quelques événements prennent place dans le monde, comme les FiFi Awards aux Etats-Unis (prix décernés aux meilleures créations chaque année) ou le Prix Jasmin ici en France, mais leur portée reste limitée et il m’arrive de penser qu’il existe un décalage entre la réalité objective de la parfumerie aujourd’hui et ce qu’elle véhicule réellement. Même si je comprends qu’il faille subir les choses pour le moment, je ne désespère en aucun cas pas de voir les choses évoluer dans le bon sens pour la Parfumerie, c’est à dire de la voir clairement être reconnue comme un Art.
Je crois en effet qu’il faut rester positif, s’informer et continuer de faire la promotion d’une parfumerie de qualité avec les moyens qui sont à notre disposition. Je ne propose pas de solution miracle, et je ne peux pas à moi seule, renverser la vapeur. Mais c’est bien pour cela que je désire continuer à parler, à discuter et à susciter l’intêret et le questionnement. Toutes vos remarques et vos éclairages sur la situation seront les bienvenus.
Après la lecture de 2 articles très intéressants publiés sur deux blogs que je fréquente régulièrement :
Récemment, j’ai redécouvert un ouvrage sur Alfons Maria Mucha (1860-1939), un peintre tchèque qui a joué un grand rôle dans la diffusion et l’essor du style Art Nouveau. Il est célèbre pour avoir dessiné et peint un grand nombre d’affiches théâtrales (Sarah Bernhardt) et publicitaires (Lefèvre-Utile, Job,…) et une série de personnifications (Les Muses, Les Saisons, Les Étoiles…). Même si aujourd’hui son style fait très rétro et dépassé, j’aime passionnément ses travaux, et ne me lasse pas de les regarder, et de construire des histoires avec. Une des publicités qu’il a dessinée m’a particulièrement inspirée. Il s’agit d’une affiche pour Moët et Chandon de 1899, que je trouve très belle. Je me suis demandée ce qu’une belle femme comme celle de l’affiche pouvait mettre comme parfum.
” Mainte fleur épanche à regret
Il existe des oeuvres d’art qui suscitent chez l’observateur toute une série de pensées, en rapport avec ce qu’elles dégagent, ce qui les rend particulières. C’est le cas par exemple d’un tableau d’Eugène Delacroix : Femmes d’Alger dans leur appartement (Musée du Louvre, Paris). J’ai découvert cette oeuvre assez jeune, et elle a toujours provoqué chez moi de l’admiration et des sensations d’évasion. Le chatoiement des couleurs, la précision du décor, la beauté des étoffes, l’élégance des visages… Tous ces petits détails titillent mon esprit, et je m’amuse souvent à deviner de quoi ces femmes peuvent bien parler, mais aussi et surtout quels arômes se diffusent dans la pièce, de quels onguents parfumés ces belles créatures se sont enduites, quelles odeurs délicieuses émanent des tissus et des rideaux… Peut-être un mélange voluptueux d’épices, de roses, de miel, et de fumée vaporeuse? Ou bien alors une effluve de vanille entremêlée à celle d’une huile fine à l’odeur musquée, le tout accompagné de cette merveilleuse senteur fraîche et apaisante d’eau de fleurs d’oranger?… Qui sait?
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