Chanel : N° 5

Nez Bavard s’attaque aujourd’hui à l’un des plus grands succès de tous les temps en parfumerie : le N° 5 de Chanel. Il me fallait en effet analyser ce parfum et décrire les impressions qu’il provoquait chez moi. Je pense avoir assez attendu et l’avoir essayé assez de fois pour m’être fait une opinion à la fois subjective et raisonnée sur ce parfum. Je dois confesser que je l’ai, pendant un moment, vraiment détesté. Enervant, c’est tout ce qu’il m’inspirait. Puis j’ai lu à son sujet, vu quelques visuels (mon préféré étant sans appel celui de Carole Bouquet), ai pu profiter du battage marketing prodigieusement lourd dont il fait l’objet actuellement, et puis je l’ai réessayé. 1 fois, 2 fois… Tout en continuant mes investigations.

Ce parfum a été créé en 1921 par Ernest Beaux sur la commande de Gabrielle (Coco) Chanel. L’oeuvre de Coco Chanel est caractérisée par sa volonté de libérer la femme des conventions romantiques du XIXe siècle. Plus de corsets, de cheveux longs… Chanel recherche la simplicité et l’élégance : des lignes épurées harmonieuses, des couleurs neutres (noir, blanc, beige, or), avec une touche de fantaisie : les accessoires. Le flacon du N°5 qu’elle a dessiné elle-même est un bon exemple : particulièrement épuré, il est en rupture totale avec les flacons très travaillés de l’époque. Coco Chanel désirait un parfum en accord avec sa mode, elle a eu l’audace de lancer un parfum sous son nom alors qu’à l’époque, la parfumerie et le monde des créateurs étaient deux univers distincts.

« Je veux un parfum artificiel, je dis bien artificiel, comme une robe, c’est à dire fabriqué. Je suis un artisan de la couture. Je ne veux pas de parfum à odeur de rose, de muguet, je veux qu’il soit composé. […] Un parfum de femme, à odeur de femme. Car une femme doit sentir la femme, et non la rose. » Coco Chanel

L’originalité du N°5, toujours d’actualité aujourd’hui, tient au fait que le bouquet floral qui le compose a été rendu abstrait par des molécules de synthèse appellées aldéhydes. Elles ont la propriété d’apporter volume, tenue et puissance au parfum. Leur odeur seule est très forte, verte et incisive. En 1921 leur utilisation était très peu répandue, il s’agissait donc d’un pari audacieux. Dans la composition du parfum elle apporte en plus de la tenue et de la puissance, des facettes nouvelles et mystérieuses aux composants. Le N°5 est composé comme suit : T : Aldéhydes/Bergamote/Citron/Néroli ; C : Jasmin/Rose/Muguet/Iris ; F : Vétiver/Santal/Vanille/Ambre.
Son succès est incontestable depuis sa création, il s’agit sûrement du parfum le plus vendu au monde. Il véhicule l’image d’une femme libérée, élégante et sensuelle. En 1954, lorsqu’un journaliste demanda à Marylin Monroe : « Que portez-vous pour dormir? », celle-ci répondit : « Quelques gouttes de N°5 » Cette réponse charmante et naïve a sans nul doute participé à la construction du mythe Chanel N°5. Par la suite les plus belles femmes du monde ont posé pour ce parfum : Catherine Deneuve, Carole Bouquet… Le nom du parfum serait dû au fait qu’Ernest Beaux aurait présenté à Gabrielle Chanel deux séries d’échantillons numérotés : de 1 à 5 et de 20 à 24. Celle-ci aurait préféré le 5e et comme elle lançait sa collection le 5 mai (cinquième mois de l’année) elle aurait souhaité lui laisser son numéro : « Ce numéro 5 lui portera chance. » Ce choix est sans nul doute un coup de maître car il attise la curiosité et ne suggère pas d’a priori.

En ce qui concerne son odeur en elle-même, elle est justement assez difficile à définir. Cette impression est peut-être psychologique, mais il faut avouer que le N°5 ne rappelle pas de fleur ou de matière première en particulier. Il est entier et incisif. Pour ma part, je n’aime pas du tout sa tête. Tranchante, acide, incisive à cause des aldéhydes, elle m’énerve et je dois éviter de sentir mes poignets pendant les 20 premières minutes, sous peine de faire la grimace. Mais j’ai appris par la suite à vraiment aimer ce parfum. Il est intensément brillant et élancé, et découvre un coeur à la fois chaud, légèrement poudré, et aérien. Il m’étonne, car je le trouve audacieux, encore aujourd’hui. Il garde un côté saillant tout le long de son évolution, mais développe au fur et à mesure une densité crèmeuse et dorée réellement grisante. Ce parfum se projette en avant et a aussi un merveilleux sillage. Passé l’aspect un peu désagréable de la tête, il s’installe dans son rythme de croisière : ni trop entêtant, ni trop pâle. Son jus est d’un jaune ambré intense, le porter me donne la sensation d’être parée, brillante et de dégager une aura lumineuse. Je ne sais pas si je le porterai un jour. Il est de toute façon assez intemporel et peut être porté à tout âge, même par les jeunes filles.

Chanel N°5, l’éternel féminin…

Sources : Wikipedia, Chanel.fr

8 Responses to “Chanel : N° 5”


  1. 1 furoshiki 5 mars 2007 à 10:56

    [fr] Même si on l’a déjà lue ou si on en a entendu parler, on ne se lasse pas de cette histoire. Et il est très important d’avoir un avis de « lectrice de parfum », avec son relief et ses contrastes, et non pas un discours convenu de communication publicitaire.
    [en] Even if you heard or read it before, the story of « Chanel N° 5 » is really a treat ! Thank you for telling us once more. It is very important to have your own review about this world-known perfume, with its ups and downs, far from a ready made publicity.

  2. 2 Aline et Valcour 18 septembre 2007 à 11:29

    c ‘est vrai on ne se lassera jamais de l ‘histoire de ce parfum mythique. Coco Chanel etait visionnaire, elle savait ce qu ‘elle voulait et sans concessions. heureusement pour nous la femme d ‘aujourd ‘hui peut tout autant s ‘eclater avec un beau parfum a la rose que le No 5; Rose de Nuit, Rose d ‘Amour ou Liptick Rose on a enfin depasse le stade des eaux de rose desuettes pour vieilles filles.
    avec l ‘utilisation des aldehydes Ernest Beaux a modernise pour l ‘eternite les bouquets floraux classiques. Joy de Patou en extrait est surcharge et lourd alors qu ‘egalement construit autour de la rose et du meme jasmin de Grasse le No 5 est moins *litteral*, plus abstrait et radiant.
    a decouvrir les aldehydes de Yann Vasnier, l ‘Ame Soeur de Divine et Aldehyde 44 de Le labo, passione par le No 5 et le No 22 ses parfums fetiches, ce jeune parfumeur a modernise les parfums aldehydes en les epurant et depoussierant de leur cote retro-poudre.

  3. 3 Améthyste 28 avril 2008 à 7:17

    Grande fan du N°5, je suis étonnée de découvrir que l’Ylang-Ylang ou Cananga odorata n’entre pas dans la composition de cet extraordinaire parfum. Est-ce un oubli ? ou une erreur répandue ? Merci de répondre, je suis très curieuse en la matière …

  4. 4 Martine 19 novembre 2008 à 1:46

    Ylang-Ylang, entre dans la composition des parfums Guerlain ancienne génération, vol de nuit,etc… Shalimar! le mien… une vrai rencontre depuis longtemps, je n’ai jamais su m’en défaire comme si créé pour moi.

  5. 5 tambourine 30 avril 2009 à 8:26

    bonjour,

    pour répondre à aline et valcour,

    c’est vrai que je teste aujourd’hui chanel n°22, très beau..

    et je suis surprise car mon copain m’a offert l’âme soeur de divine, à noël, réalisé par Yann vasnier, et la filiation est troublante, surtout pour els notes de tête.
    L’âme soeur évolue plus vite, sur moi, sur des notes ambrées, là pour le n°22 j’attends de voir, mais c’est amusant en tout cas!

  6. 6 JulienFromDijon 30 janvier 2010 à 9:48

    Je lis souvent des aficionados dire que le n°5 était mieux avant.
    Je trouve pour ma part que l’actuel, à condition de sentir l’extrait, est magnifique. Je le préfère aux vintage.

    Au travers mon quotidien de collectionneur, je n’ai trouvé que 2 exceptions à la règle qui veut que les parfums vieillissent bien : n°5 et Joy.
    Leurs versions actuelles et disponibles présentent un feu d’artifice de jasmin et de rose, que je ne retrouve pas chez les vintage, les notes de tête ont été tronquées par le temps. Il ne reste plus que la texture de la rose naturelle (le côté granuleux, frais, qui rappelle l’eau d’un vase).
    Ce qui laisse plus de place pour, certes, admirer le magnifique bois de santal, et les notes animales plus présentes et authentiques.

    L’actuel, je l’apprécie donc pour ce splendide accord d’ouverture « rose de mai + jasmin + trace de néroli ambré (+ aldéhyde blanc savonneux) », transcendant de naturel, 5mn d’éternité.
    Contrairement à l’inconscient collectif, le jasmin et la rose sont des notes de cœur, pas de tête, et il est très rare en parfumerie de conférer à ces dames un puissant 1er rôle. (même si l’accord est très galvaudé)
    N°5 offre en ouverture, non pas un sillage, mais une apparition, dorée solaire et rougissante.

    J’aime ensuite le fond de l’actuel, qui met bien en lumière un autre aldéhyde, celui qui est chaud rond et rappelle la peau, le cuir. A cette concentration, quand il est soudé ingénieusement dans une composition, il ne se contente pas d’offrir de l’abstraction.
    Il cesse de paraitre synthétique.
    Il rappelle votre propre odeur, chaleur, douceur, intimité,
    mais son odeur lisse et colossal conjure aussi une présence, comme quelqu’un de plus grand qui poserait ses 2 mains sur vos épaules. (Une impression à rapprocher à cette impression d’être regardé. Comme si notre peau était capable de sentir les regards posés sur nous.)
    On ne sait plus s’il masque ou révèle votre propre odeur, s’il expose ou protège vos sentiments, au milieu de cette confusion il n’y a que la certitude de cette masse nimbée cette abstraction, comme un bouclier, une frontière invisible entre l’extérieur et l’intérieur. Similairement le cuir est une seconde peau qui protège la votre.
    Certes le vintage aussi présentait cet aldéhyde à cette façon, mais la mode d’alors faisait des parfums trop habillés, -je l’ai réalisé en sentant un extrait de Femme de Rochas d’alors-, l’odeur animale enveloppante d’une fourrure, le cuir d’un manteau, (+ le crissant de la mousse de chêne rappelant les bas résilles dans femme), autant de couche qui nuisent parfois au message. Aussi ça ne me gène pas que le n°5 fussent ramené à plus de concision de ce côté.

    Je n’ai pas réessayé assez les autres concentration du n°5 pour en parler. Je m’y retrouve moins, pour sûr.
    Si vous passez par les grand magazin, vaporisé l’extrait sur votre T-shirt au niveau du nombril, le tissu maintient plus longtemps les notes de tête volatiles, et l’équilibre de la composition dans le temps.

  7. 7 poivrebleu 8 février 2010 à 4:47

    Bonjour Julien,

    je réponds un peu tard, mais j’apprécie beaucoup, chaque fois, le regard que vous portez sur les créations que vous sentez et que vous aimez. Je n’ai pas assez senti le n°5 en vintage pour en savoir vraiment plus là dessus. Mais j’aime comme vous la version actuelle, même si je ne serai pas déçue de le revoir travaillé avec les éléments d’autrefois, mais avec l’écriture d’aujourd’hui. Vous parlez très justement de la place du jasmin et de la rose, même si pour ma part je les ai toujours considérées comme des notes de coeur et non pas des notes de tête. J’espère pour vous que vous avez fait votre réserve d’extrait avant que les nouvelles formulations n’arrivent sur le marché.


  1. 1 Joyeux anniversaire Poivre Bleu! « Poivre Bleu Rétrolien sur 4 décembre 2007 à 11:20

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