Guerlain : Jicky

Analyser Jicky à la suite de Shalimar a rendu celui-ci plus intéressant. Etant considéré comme l’origine de Shalimar, on ne peut s’empêcher de retrouver des similitudes entre ces deux parfums. Selon les sources Jicky est considéré comme un oriental-vanillé ou un aromatique-fougère… Deux familles qui n’ont à peu près rien à voir entre elles. Je trancherai pour les orientaux. La tête aromatique prononcée de Jicky (qui rappelle grandement celle du Mouchoir de Monsieur), se prolonge sur le coeur et lui apporte une certaine fraîcheur, mais ce qui m’a décidée a été la note animale de Jicky. Celle qui caractérise pour moi les vrais orientaux, et qui est dans ce parfum bellement assumée et portée en avant. Elle l’est plus que dans Shalimar, qui a été grandement arrondi et féminisé avec la vanille. Jicky est plus androgyne, plus nu et moins sophistiqué. Bien qu’il ait été composé à l’origine pour les femmes, beaucoup d’hommes l’ont porté et le portent encore aujourd’hui. En effet, Jicky peut être considéré comme l’un des premiers grands parfums modernes : il fut l’un des premiers à utiliser des produits synthétiques dans sa composition, notamment la coumarine qui donne ici une odeur de foin et renforce les notes aromatiques ; mais il a surpris les femmes à son époque, car c’est l’un des premiers féminins à avoir utilisé les notes animales de la civette dans sa composition. Ce parti pris lui a d’abord valu d’être délaissé par les femmes qui n’étaient habituées qu’à des larges bouquets floraux. Il fut alors porté par les dandys anglais, jusqu’à ce que la presse féminine le redécouvre en 1912.

Bien qu’assez ancien, j’ai la sensation que ce parfum a été fait pour les jeunes femmes, et que c’est à elles qu’il va le mieux. Dans le même temps, il me transporte de façon assez significative au début du XXe siècle (peut-être à cause de la publicité), sans pour autant paraître vieillot et poussiéreux. Le fait que je le voie porté par des femmes ne lui enlève rien de son androgynité et c’est entre autres ce qui m’a plu chez lui. Je serais curieuse de le sentir sur un homme, car il correspond assez bien aux critères masculins de notre époque. C’est donc (pour moi) un oriental, mais dont la note aromatique a été poussée : citron, bergamote, lavande, romarin, jasmin, patchouli, rose, vétiver, coumarine (foin), cuir, ambre, civette, fève tonka, benjoin, vanille, encens. L’accord fougère arrondi par la vanille et le benjoin me fait penser à Body Kouros pour son aspect un peu rustique entouré de chaleur.

De la personne qui porte Jicky émane assurance et élégance. Mais en second plan, le sillage transporte avec lui une impression légèrement poisseuse de poussière et de sébum qui est donc la note animale apportée entre autres par la civette. Sensation qu’il a bien entendu fallu reconstruire synthétiquement aujourd’hui. J’aime chez Jicky son côté garçon manqué, sa note sauvage (aromates et coumarine) qui fond et s’étire sur la peau jusqu’à en faire partie ; le fait qu’il symbolise une époque et qu’il la transporte littéralement avec lui dans son accord et son sillage vraiment unique. Il est apprécié des connaisseurs, mais méconnu du grand public, car vivant dans l’ombre de Shalimar dont il est pourtant l’inspiration directe. Jicky est un oriental selon Guerlain, il représente tout comme Shalimar un Orient idéalisé, synthétisé et finalement occidentalisé par cette grande maison de parfumerie. Elle s’est appropriée ses matières premières et a recréé un univers de contes et légendes dans ses parfums pour donner la sensation à ses clientes de porter du mythe en parfum. Il y a encore peu de temps, Guerlain était avec Caron la seule maison qui avait su matérialiser un véritable trait d’union Orient-Occident dans ses parfums en utilisant un savoir-faire à la française. Caron reste à part, la globalisation a eu raison de l’esprit Guerlain.

Sources : Guerlain, Wikipedia, escentual.co.uk (photo du flacon)

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3 Responses to “Guerlain : Jicky”


  1. 1 friedrich 17 septembre 2007 à 9:58

    J’ai en très grande partie exactement le même ressenti que vous par rapport à ce parfum, et je fais partie de ces hommmes qui portent Jicky! On le décrit souvent simplement comme un parfum frais, dégageant une impression de dynamisme, ce qui est vrai, mais ce qui me plaît et en fait un de mes parfums préférés, c’est la sensualité trouble qu’il dégage à mon nez, qui provient sans doute de son androgynie, et de ce contraste entre notes aromatiques et fond plus animalisé, avec quelque chose d’un peu métallique aussi…

  2. 2 Marianne 14 mars 2009 à 8:32

    Mon Jicky, je l’aime. Je l’ai découvert dans le cou d’un homme que j’ai adoré il y a quarante ans. Jicky me chavire toujours. Je n’ai qu’une peur le voir disparaître des rayons.

  3. 3 velasquez 2 mai 2009 à 7:39

    Jicky m’envoute toujours depuis 1970 et il reste pour moi le must des parfums


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