Les acteurs de l’industrie du parfum : schéma expliqué

Retrouver cet article ici : http://poivrebleu.com/2010/05/28/les-acteurs-de-lindustrie-du-parfum-schema-explique/

Cliquer sur l’image pour l’agrandir. Les corrections apportés à l’article par les commentaires sont entre parenthèses et les précisions apportées en vert.

Par la lecture des sites de mes confrères et par les commentaires laissés sur ce blog, j’ai pu remarquer que la plupart des lecteurs de blogs-parfums sont des amateurs déjà bien avertis, ayant une vision assez claire du fonctionnement de l’industrie du parfum.

Cela dit, j’ai aussi pu constater à plusieurs reprises lors des rencontres que j’ai pu faire, que les choses ne sont pas claires pour tout le monde et que beaucoup de flou subsiste sur la façon dont fonctionne tout ce petit monde. Voilà pourquoi je vous propose aujourd’hui une représentation schématique de l’agencement des différents acteurs de la parfumerie, ainsi qu’une explication de la manière dont ils interagissent les uns avec les autres.

Gardez en tête que ces explications et ce schéma ne prennent pas en compte toutes les parties prenantes mais qu’ils permettent d’éclairer un peu la situation. J’ai volontairement ignoré les éléments relatifs au flaconnage qui ne concerne le parfum que dans un 2e temps, et n’ai pas fait de recherches sur le sujet.

IFRA : International Fragrance Association. Il s’agit de l’organe de régulation de la parfumerie, reconnu partout dans le monde. Son rôle est de contrôler les matières premières entrant dans la composition des parfums. Il édite régulièrement des directives (amendements) servant à mettre à jour les standards d’utilisation des matériaux odorants. Les tests scientifiques permettant de publier ces amendements sont menés par une entité rattachée à l’IFRA, il s’agit du Research Institute for Fragrance Materials (RIFM). En fonction des résultats issus des recherches de cet organisme, l’utilisation de certaines matières peut être interdite, réduite ou faire l’objet d’une spécification.

Par exemple, l’extrait d’ylang ylang ne peut être utilisé à plus de 0,8% dans une formule de parfum. Comme l’ont précisé Uella et Jeanne dans les commentaires, il faut savoir que les activités de l’IFRA sont impulsées par les fournisseurs de matières premières qui cherchent à devancer les possibles interdictions.

Vous trouverez sur les blogs-parfums de nombreux débats ayant eu pour origine les directives de l’IFRA que les marques de parfum se sont engagées à respecter. Ici, , et là encore

Les fournisseurs : Il s’agit ici les fournisseurs de matières premières, les laboratoires qui fabriquent les essences naturelles et synthétiques qui entrent dans la composition des parfums. Ces laboratoires sont plus nombreux qu’il n’y paraît, cependant, comme dans toutes les industries, il existe de grandes structures mondiales. Les plus connues sont les suivantes : Givaudan, Firmenich, Symrise, IFF, Tagasako, Robertet

Ces entreprises ne se contentent pas de vendre aux marques les matières premières. En effet, contrairement à une idée assez répandue dans le grand public, la conception des formules de parfum n’est généralement pas du ressort des marques mais bien des laboratoires, au sein desquels travaillent les parfumeurs. A l’exception de quelques maisons de parfumerie qui emploient un parfumeur unique comme c’est le cas pour Chanel depuis de nombreuses années (Jacques Polge), pour Guerlain depuis peu (Thierry Wasser) et bien sûr pour Hermès (Jean-Claude Ellena), le nom derrière les parfums Givenchy ou encore Yves Saint-Laurent varie selon le jus. (Classique de Jean-Paul Gaultier a été composé par Jacques Cavallier travaillant chez Firmenich et Le Mâle par Francis Kurkdjian travaillant à l’époque pour Quest (Takasago)).

Les grandes maisons de parfums : Ce sont elles qui sont chargées en grande partie de concevoir l’offre globale du produit, ce que l’on appelle le marketing-mix dans le jargon, celui-ci désignant l’ensemble des décisions qui sont prises en terme de prix, de publicité, de distribution et de produit.

Prenons un exemple : Les parfums Gucci décident de lancer un nouveau parfum. Les équipes marketing de Gucci rédigent ce que l’on appelle un brief, contenant les informations principales sur la direction que doit prendre ce parfum : cible marketing, univers olfactif ou famille olfactive… Il peut prendre des formes très diverses, du format papier au format vidéo, sonore, tout est bon pour susciter l’inspiration. Il est ensuite envoyé aux laboratoires avec lesquels Gucci a l’habitude de travailler. Les équipes d’évaluation des laboratoires travaillent sur le projet et présentent à Gucci plusieurs essais. C’est ensuite au client de décider avec quel fournisseur il va travailler pour la suite de l’élaboration du produit (Ajout 29 mai : Il faut ici comprendre que si Gucci a contacté Givaudan et Firmenich pour travailler sur le nouveau féminin de la marque, Gucci choisira pour la suite du projet un seul fournisseur, celui qui aura le mieux répondu à ses attentes et qui lui aura fait les ou la meilleure proposition, ce qui arrive généralement en fin de projet). Les équipes de chaque côté se rencontrent régulièrement tout le long du processus et aussi longtemps que la marque le souhaitera puisque c’est elle qui décide de la deadline. Cela dépend évidemment de l’ampleur du lancement (une nouveauté importante, un flanker…) et du budget qui lui est alloué.

Lorsque le parfum est finalisé, le fournisseur vend à son client (la formule et) le parfum en concentré sous les diverses formes commandées (extrait, eau de parfum, eau de toilette). Les usines de la marque se chargent ensuite de la dilution et de l’embouteillage.

Les petites maisons de parfum : Le cas des petites maisons est un peu différent puisqu’elles se fournissent aussi chez les laboratoires comme les marques mainstream, en revanche il est beaucoup plus fréquent de voir ces maisons travailler avec des parfumeurs indépendants, ou dans un rapport plus étroit. La collaboration est moins normée. La question du brief est moins présente, et bien que le client puisse formuler des attentes, le travail du parfumeur est généralement plus libre. C’est le cas chez Frédéric Malle qui travaille avec des grands noms de la parfumerie mais en leur laissant une liberté totale. Les parfums By Kilian sont presque tous élaborés par Calice Becker, L’Artisan Parfumeur emploie aujourd’hui son parfumeur-maison en la personne de Bertrand Duchaufour. En tout cas, la conception du parfum est interne à l’entreprise du client, qui fait appel aux services du parfumeur : il fait presque partie de l’entreprise pour un temps.

Les consommateurs : Et tout cela arrive ensuite sur les étagères des parfumeries et des boutiques de chaque marque pour vous et moi.

Voilà ! J’espère que les choses sont un peu plus claires désormais, il y a pas mal de détails sur lesquels je ne me suis pas attardée pour ne pas compliquer la présentation. N’hésitez pas à poser des questions !

Reproduction de tout ou partie de cet article interdite sans demande préalable (Texte et image)

10 Responses to “Les acteurs de l’industrie du parfum : schéma expliqué”


  1. 1 Uella 29 mai 2010 à 4:55

    Poivre Bleu, n’oubliez pas que l’IFRA est sous le controle des societes de parfums comme Givaudan, IFF et Firmenich, c’est l’industrie qui s’autoreglemente (self-regulated industry) autour de l’IFRA en protegeant ses molecules synthetiques brevetees certes anti-allergenes mais dont les divers effets toxiques potentiels a long terme sur la sante ne sont pas absolument pas pris en compte (carcinogenes, degenerescences neurologiques, dereglements hormonaux etc.) . Jean Pierre Houri, president de l’IFRA, nous fait croire avec son discours bidon que la securite en parfumerie c’est un parfum 100% chimique qui ne provoque pas d’allergies de la peau! Ca me fait penser a ce qu’une ex voisine sale m’avait dit un jour « moi je fais le menage que la ou ca se voit, je passe jamais le balais derriere les meubles! ».
    Rejouissons-nous des restrictions concernant le Ylang-Ylang naturel en parfumerie et vive les substitus synthetiques!…ces gens prennent vraiment le consommateur pour un debile.

  2. 2 Méchant Loup 29 mai 2010 à 7:54

    Uella, merci pour ces précisions mais l’article n’a pas pour but de relancer ce débat sur l’IFRA mais plutôt d’informer sur qui fait quoi me semble t il. Il a le mérite d’être très clair et facile à lire. Parler parfum, c’est aussi cela, clarifier, expliquer, sans forcement polémiquer. Merci Poivrebleu.

  3. 3 poivrebleu 29 mai 2010 à 12:06

    Bonjour Uella,
    Vous avez sûrement raison, mais pour ma part, je n’ai pas assez d’informations pour affirmer cette supposition, et je pense que les choses sont malheureusement plus complexes que cela. Le discours du tout synthétique est juste parfaitement stupide, je suis bien d’accord avec vous. Et nous sommes en droit de nous poser des questions sur le long terme en effet ! Cela dit, comme le dit Méchant Loup, je n’ai pas fait cet article pour polémiquer, je voulais vraiment exprimer des choses assez simplement pour que tout le monde puisse visualiser le fonctionnement de l’industrie de façon à peu près claire. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai mis des liens vers les articles où les débats ont eu lieu. Mais merci d’avoir apporté votre grain de sel ! Ce schéma est un schéma, il pourrait y avoir plein d’autres choses !

  4. 4 poivrebleu 29 mai 2010 à 12:06

    Et bien de rien Méchant Loup !! Contente qu’il t’ait plu !

  5. 5 Uella 29 mai 2010 à 7:15

    PoivreBleu, a mon sens ce genre d’explications en surface n’explique rien du tout. C’est comme quand on apprend la democratie americaine et ses institutions dans les livres sans ne jamais evoquer le role ultra-puissant des lobbyistes a Washington, les gens s’imaginent une democratie du peuple alors que la realite est une pseudo-democratie dont le gouvernement est aux mains des industries et des corporations.
    Votre schema nous montre l’IFRA comme un organe completement independant pourtant il ne l’est pas, il emane des societes de parfums citees plus haut (IFF, Givaudan, Firmenich…) et ca change tout!

  6. 6 Jeanne 30 mai 2010 à 9:43

    Bonjour Poivre Bleu,
    Je crois que ce genre d’article, même s’il est en effet assez général, constitue une très bonne entrée en matière pour les novices qui -ils sont nombreux- n’ont aucune idée de la manière dont se fabrique un parfum (certain imaginent encore le parfumeur dans son labo plein de tubes à essais, à Grasse…)

    Me permettez-vous cependant d’apporter quelques précisions :
    effectivement, ce sont les grandes maisons de parfums qui constituent le board de l’IFRA, ce sont donc elles qui s’autorégulent avec comme principe d’anticiper les interdictions qui émanerons de simples recommandations. Difficle à admettre, mais c’est la réalité.

    En ce qui concerne la formule, elle n’est jamais « vendue » à la marque, eventuellement partagée, en partie ou totalement,si la marque a un parfumeur interne par exemple (comme François Demachy chez Dior) mais ce qui est vendu, c’est uniquement le concentré, c’est à dire le mélange de matières premières, sans aucune dilution dans l’alcool. Donc le fait que ce soit EDT, EDP, etc… n’intervient pas ici, c’est la marque qui décide de la dilution lors de la mise en flacon.

    Enfin, petite correction, Francis Kurkdjian étit encore chez Quest (aujourd’hui Givaudan) lorsqu’il a créé Le Mâle !

    J’espère que vous en m’en voudrez pas de ces quelques corrections, mais comme cela, votre article n’en sera que plus complet, je l’espère !

  7. 7 poivrebleu 30 mai 2010 à 6:12

    Jeanne, aucun souci, c’est bien normal et j’ai fait cet article pour que l’on y apporte des précisions. Je savais que les fournisseurs vendaient un concentré, en revanche, comme les formules d’extrait, d’eau de parfum et de toilette ne sont pas toujours les mêmes, j’entendais ici que le fournisseur vendait un concentré destiné à devenir cet EDT ou EDP (3 concentrés différents donc, si besoin), c’est pour ça que je dis que c’est ensuite la marque qui se charge de la dilution. Là encore si je me trompe, dites-moi. S’il le faut j’apporterai une correction dans l’article.

    J’ai en effet fait cet article pour éclaircir les choses, mais certainement pas pour apporter une vérité absolue, je n’ai pas assez de connaissances pour cela. Merci pour vos précisions !

  8. 8 Uella 30 mai 2010 à 7:29

    On lit souvent que les differentes concentrations d’un meme parfum ne sont pas qu’un probleme de dilution, les parfumeurs ont recours a des formules differentes, un peu comme si chaque concentration etait un parfum dont la formule lui etait propre. Par exemple, YSL NU (retire de la vente), sa version eau de parfum n’a pas grand chose a voir avec l’eau de toilette (differents flacons et packagings, differentes formules).

  9. 9 Jeanne 30 mai 2010 à 7:55

    Oui, tout à fait, nous sommes d’accord, les versions EDP/EDT ont souvent des formules différentes afin de faire ressortir certains aspects du parfum, et n’ont même parfois presque rien à voir entre elles !

    Mais d’autres marques ne se compliquent pas la vie, car cela revient toujours moins cher d’acheter le même concentré en grosse quantité, et de changer juste la concentration, sachant qu’à des dosages différents, certaines notes sortent très différemment, et on pourrait croire qu’il s’agit de deux formules différentes !

    Donc les deux existent, mais je voulais juste le préciser car la phrase dans l’article pouvait peut-être porter à confusion pour quelqu’un qui ne le savait pas… mais votre réponse est là pour rétablir la vérité !

  10. 10 Uella 31 mai 2010 à 4:40

    Justement plus personne se complique la vie au point de deriver le meme parfum en plusieurs concentrations, issu ou non de la meme formule. Les parfumeurs aujourd’hui ne sortent qu’une seule concentration, le plus souvent l’eau de parfum, sinon l’eau de toilette.
    L’eau de cologne a disparu au debut des annees 80, a la meme epoque l’eau de parfum est devenue la plus populaire des concentrations, tandis que l’extrait de parfum est en voie de disparition.
    Les extraits de Guerlain disparaissent du catalogue les uns apres les autres et leur dernier parfum, Idylle, n’existe qu’en eau de parfum, c’est la premiere fois qu’une nouveaute Guerlain ne beneficie pas d’un lancement extrait de parfum (L’Instant et Insolence etaient sortis en extrait de parfum), manifestement c’est une page qui se tourne dans l’histoire de la parfumerie.


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