Archive for the 'Poudré' Category

Kenzo : Eau Indigo

Fichtre ! Encore une flaque d’eau en flacon… ou pas. Alors que L’Eau par Kenzo nous transportait en 1996 dans un univers aquatique souple et fin, dans sa version femme autant que dans sa version homme, les deux nouveaux flankers de cette dernière ont bien du mal à nous transporter de la même manière. Ces eaux n’ont rien de rafraîchissant et sont un exemple assez criant d’une belle incohérance sur le concept.

eau indigo kenzoDepuis le succès incontestable de Flower By Kenzo sorti en 2000, la marque tente de se construire un univers et une image dans la lignée de ce parfum : cotonneux, enveloppant, rassurant, affectueux et hospitalier… Cela m’évoque une sorte de régression vers le sein maternel, un retour vers l’époque bénie ou nous ne vivions que de talc, de lait de toilette, de pyjama de coton et de peau douce de maman. Certes, cette analyse ne marche vraiment que pour la ligne femme de la maison. Car, à l’inverse, il me semble que les parfums homme de Kenzo même s’ils tournent, à peu de chose près, tous autour du gingembre et du vétiver, on du mal à se trouver une place parmi les concurrents et même au sein de la marque. Finalement, les créations pour femmes finissent toujours par prendre la même direction, un départ un peu lourd qui s’étire fatalement vers un fond poudré-crémeux. Quitte à perdre le patrimoine créé autour d’un parfum pré-Flower… C’est le cas ici avec L’eau Indigo qui plonge parfaitement dans ce cliché « cocooning » en tout cas pour la version femme.

L’eau Indigo pour Femme développe les notes de bergamote, mandarine, jasmin, fleur d’oranger, ylang-ylang, fève tonka et ambre. Le départ est très agréable, mais entre d’emblée dans une dimension cosmétique de crème pour bébé. La note poudrée et crémeuse ne cessera de s’intensifier au fur et à mesure de l’évolution. Le coeur poursuit la dimension cosmétique mais sur un terrain assez surprenant de savon et de mousse à raser, à tel point que le parfum finit par m’évoquer Le Mâle. Et puis brusquement, la chute survient, la mousse à raser se fait plus discrète et le fond laisse place à un fini poudré et propre de crème pour le corps. Au bout du compte, même si le parfum est agréable, on s’ennuie à mourir, on retrouve une énième fois des sensations déja explorées qui n’évoquent plus grand chose tellement elles ont été martelées. Il faut aussi préciser que je suis totalement partiale vis à vis des imitations cosmétiques qui n’ont rien à faire en parfumerie fine à mon goût, sauf quand elles sont maniées avec audace bien sûr. Malheureusement ici je n’ai pas d’autre sentiment qu’une impression de copier-coller bête et méchant qui transpire la facilité.

La version homme pourrait donner l’illusion d’une réussite, mais ça ne restera bien qu’une illusion. C’est surtout qu’à le sentir à côté de son pendant féminin, on a tout de même moins la sensation d’une arnaque caractérisée. Les notes développées sont (un peu comme prévu) : citron, gingembre, élémi, coriandre, vétiver, cèdre, ambre, ciste labdanum, et fève tonka. Que du beau monde ! Là encore, le départ est réussi, très citronné, pinçant, un peu piquant et pour le coup rafraîchissant grâce à un air lointain d’Eau de Cologne. On est déjà plus dans le registre de « l’eau ». L’entrée en matière est très agréable donc et redonne le sourire. Mais le sourire s’éteint très vite, car le coeur est anormalement sec et agressif comme une rafale de vent, sèche et pleine de poussière. Le gingembre pique et n’apporte plus de fraîcheur, l’ensemble se fait dissonnant. Les bois entrent en scène relativement tôt et l’évolution s’arrêtera là. Un poussée de départ trop rapide qui se clôt sur un boisé-propret.

Rien de bien folichon donc, pour ces flankers qui viennent alourdir les linéaires déjà surchargés. J’ai en outre trouvé que l’univers olfactif des deux parfums s’accordait assez mal avec la période de l’année, même s’ils sont présentés comme des parfums du soir.

Chanel : N° 22

N° 22 de Chanel. De quoi s’agit-il exactement? Il fut lancé en 1922, un an après le numéro 5 et composé aussi par Ernest Beaux. Le N° 5 aura le succès que l’on sait. Nombreux sont ceux qui font le lien entre les deux parfums, si proches dans le temps, et qui ont vraisemblablement été conçus à la même époque, puisqu’Ernest Beaux présenta à Mademoiselle Chanel deux séries de flacons, numérotés de 1 à 5 puis de 20 à 24 pour le choix de son premier parfum. La proximité entre les numéros 5 et 22 est évidente puisque ces deux créations jouent sur le thème du bouquet floral abstrait et sont une parfaite illustration de l’utilisation réussie des aldéhydes. Ils sont certes liés par les matières premières qui sont presque les mêmes, mais ils n’ont, à mon sens, rien à voir l’un avec l’autre. Ils expriment deux situations, deux univers, deux types de sensations assez différentes.

La façon dont les matières se développent dans ce parfum est vraiment saisissante. La tête est (désormais) classique, bergamote et aldéhydes rapidement suivis par une rose cosmétique, poudrée, crémeuse, très ronde. La présence légèrement crissante et savonneuse des aldéhydes est un peu envahissante dans les premiers instants mais elle pose le décor et l’ambiance. Le coeur est foisonnant de généreuses fleurs blanches : ylang-ylang, jasmin, tubéreuse, muguet, lilas, fleur d’oranger, le tout sur un fond solide de vétiver, vanille, encens et peut-être même une pointe de cuir.

Pour moi, c’est sans hésiter, le plus beau des parfums Chanel qui m’ait été donné d’essayer à ce jour, série Exclusifs et grand public confondues, du moins c’est celui qui m’inspire le plus de respect et d’admiration. D’autres tels que Coromandel et le divin Cuir de Russie méritent une attention particulière, mais une fois le N° 22 senti, c’est celui-là désormais qui reste à l’esprit et qui vient lorsque l’on pense à Chanel. Plus encore que le N° 5, car, bien que ce dernier garde toutes les qualités d’un grand parfum, le N° 22 développe un éventail de facettes toutes plus riches les unes que les autres. Il ne cesse d’évoluer sur la peau, oscille entre les odeurs sourdes et lumineuses, et dégage incontestablement une présence hors du commun. Je ne vous cache pas qu’il est assez difficile de le décrire, parce qu’il n’a rien de monotone, de précis et d’attendu dans son évolution.

L’ impression très poudrée sur le départ, devient un peu plus huileuse avec la présence marquée de l’ylang et de la tubéreuse, encore après il y a l’aspect rond de la vanille, et alors la poudre revient… Et comme ça durant des heures. Tout le long les aldéhydes et l’encens (qui a une place particulière dans ce parfum) accompagnent le train et orientent la perception. Mais rien ne se distingue vraiment, les odeurs senties ne sont jamais évidentes (c’est le but, me direz-vous), comme si on voulait nous amener à percevoir un ensemble, une odeur. Les sensations autour du N° 22 sont, de fait, mélangées. Il développe quelque chose de séduisant, chatoyant, un soupçon aguicheur avec son côté cosmétique de femme apprêtée. Puis, d’une autre manière, il a un côté tendre, rond et souple, toujours dans un aspect très féminin, mais plus frais. Le tout est un brin rétro, et révèle une atmosphère suave et moelleuse.

La légende dit que le N° 22 était celui que portait Mademoiselle Chanel, laissant aux autres le N° 5. Légende ou pas, j’ai tendance à sentir le numéro 22 comme plus abouti, plus paisible et finalement plus beau que les autres. Son intemporalité est associée à une indifférence à l’âge, n’importe qui peut le porter. C’est en cela qu’il constitue pour moi une autre référence, plus intime, peut-être moins universelle qu’une autre, mais plus authentique, me semble-t-il.

Le N° 22 fait désormais partie de la collection Les Exclusifs de Chanel disponibles uniquement en boutique Chanel, dans un flacon de 200 ml pour 190€.

Sources : Basenotes, OsmoZ. Photos : Esther Williams

Guerlain : Après L’Ondée

Bien… après les émotions tom fordiennes, revenons-en à nos moutons. C’est d’ailleurs un bon moyen de résumer Après L’Ondée de Guerlain, un parfum bleu et blanc tout en douceur laineuse et en rondeurs douillettes. Créé par Jacques Guerlain tout comme L’Heure Bleue et Shalimar, on retrouve dans ce parfum la signature Guerlain, la fameuse guerlinade donc, même si selon certaines sources, elle n’aurait été créée qu’avec Shalimar. Je sens tout de même la présence d’une griffe dans ce parfum et je la trouve plus évidente à détecter dans celui-ci, même s’il est très léger, un peu sourd. Elle serait composée de baumes, d’iris et de vanille. L’iris domine fortement dans Après L’Ondée, ce qui donne au parfum un aspect limpide, transparent, tout en apportant sa belle note poudrée et en donnant une sensation de confort.

Sa composition : citron, bergamote, néroli, cassis, oeillet, violette, mimosa, santal, vanille, benjoin, iris, héliotrope. Les notes fraîches s’évaporent très vite, le coeur s’appuie sur une violette présente mais discrète (je n’aime pas beaucoup la violette), mais laisse assez vite place sur ma peau au fond laiteux, balsamique et poudré. Il me rappelle alors beaucoup L’Heure Bleue par le côté héliotrope et iris, deux composantes importantes de ces deux parfums. Mais je pousserai même la comparaison un peu plus loin, comme L’Heure Bleue, Après L’Ondée est un parfum-émotion, dans ces deux parfums Jacques Guerlain saisit un moment particulier à la manière des impressionnistes : on a la fraîcheur de l’air après la pluie, les odeurs mélangées du jardin mouillé qui s’évaporent par bouffées vaporeuses et humides. En ce sens, L’Heure Bleue en est une parfaite continuité, car il intensifie les sensations pour créer une autre émotion.

Après L’Ondée est un très joli parfum, mais je trouve qu’il a assez mal vieilli par rapport aux autres de la même époque. Il fait plus âgé, un peu figé, peut-être est-ce parce que son évolution est rapide et que l’on atteint le fond en très peu de temps. C’est un parfum que j’aime sentir pour le plaisir, juste pour le moment qu’il évoque, mais que je n’aimerai pas porter je pense. Ce parfum fut composé par Jacques Guerlain en 1906, celui qui créa L’Heure Bleue (1912), Mitsouko (1919), Shalimar (1925) et Vol de Nuit (1933). Trois de ces compositions font partie de mes favorites, il est celui qui a mon sens avait le sens créatif le plus inventif et le plus aiguisé, et puis quand on a créé Shalimar, on n’est pas n’importe qui. Ces fragrances ont celles qui ont le plus participé à la construction du mythe Guerlain, et méritent à mon sens une attention toute particulière : prenez le temps d’aller les redécouvrir, et de constater par vous même la façon dont elles se démarquent des autres Guerlain, tout en s’intégrant à l’ensemble pour créer cohésion et continuité.

Prochain et avant-dernier billet Guerlain pour Vol de Nuit à venir.

Sources : Wikipedia, guerlain.com, OsmoZ

EDITION SPECIALE EDITION SPECIALE EDITION SPECIALE

Chères Lectrices et Lecteurs de Poivre Bleu, j’ai la joie de vous annoncer la publication ci-dessus du 100e billet de Nez Bavard. J’espère que vous avez apprécié me suivre jusqu’ici et que vous me suivrez encore longtemps dans mes investigations parfumées.

Guerlain : L’Heure Bleue

On commence cette série de billets par un coup de coeur survenu lors de mes premiers pas dans le monde du parfum. L’Heure Bleue est le parfum qui m’a réellement introduite à la maison Guerlain, bien plus que Shalimar ; en effet, le mythe Guerlain s’est cristallisé pour moi autour de cette fragrance. Elle se démarque des autres à mon nez, sans que je sache exactement dire pourquoi et sans que cela m’empêche d’aimer les autres. Peut-être la clé de l’énigme se trouve-t-elle dans le nom du parfum?

Créé en 1912 par Jacques Guerlain, il se serait inspiré de ce moment particulier de la journée où le soleil disparaît à l’horizon et où la lumière imprègne l’atmosphère d’un voile bleuté et pénétrant. Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est que L’Heure Bleue transmet de l’émotion, n’est pas seulement un bel oriental poudré enveloppant… il a une profondeur pleine de mystère, il est doux, tendre et heureux. Pour moi il évoque surtout la façon dont on se sent à une seconde précise : c’est comme une photographie de la manière dont on perçoit les éléments autour de soi, la capture d’une ambiance. Cependant L’Heure Bleue est un parfum, il est émotion instantanée et éphémère par essence. La sensation de ne pouvoir fixer le sentiment et le moment a valu à L’Heure Bleue une réputation de parfum triste et mélancolique. Comme s’il rappellait trop durement des souvenirs perdus, des époques lointaines… C’est pour moi tout l’inverse que suggère ce parfum : réconfort, tendresse, calme ; il nous transporte dans ces épisodes de tranquillité sereine qui nous envahissent lorsque l’on regarde le ciel au crépuscule. Et où l’on sourit du coin des lèvres en repensant à tout un tas de choses plaisantes en écoutant une musique douce… Vous entendez ?? …

L’Heure Bleue est un long manteau, dont les pans veloutés frôlent vos jambes, carressent votre cou, effleurent vos bras… Son empreinte est exceptionnelle et évidemment unique, le sillage est souple et la tenue remarquable. J’adore son côté rétro (que l’on retrouve sur le flacon), qui rappellent l’époque des grands orientaux, ceux que l’on sait plus vraiment créer maintenant parce que devenus « trop » classiques. Sur le plan olfactif, L’Heure Bleue est un oriental-floral composé de : bergamote, anis, estragon, sauge, clou de girofle, rose, fleur d’oranger, oeillet, héliotrope, iris, vanille, musc. La première giclée est légèrement médicinale, car la présence des aromates et du clou de girofle est marquée en tête. Cet aspect me plaît mais devient rapidement amandé-poudré avec l’héliotrope, puis poivré-vanillé lorsque le clou de girofle revient et que l’oeillet apparaît. Ce parfum est plus balsamique que poudré pour moi, même si on ne peut pas manquer de relever sa douceur. Il s’étire ensuite sur un interminable fond où s’entremêlent vanille, héliotrope, clou de girofle et oeillet (à noter que la note oeillet est obtenue à partir de l’eugénol, un des composants principal du clou de girofle).

Il a été injustement oublié et l’est encore aujourd’hui, au profit de Mitsouko et de Shalimar. Ce n’est peut être pas plus mal, car il est vrai qu’on le sent très peu aujourd’hui, et qu’il garde ainsi un peu de son précieux mystère. C’est mon Guerlain préféré et il est en bonne position dans mon Top 10 tout genres confondus. Malgré ce que l’on a pu lire ou entendre à la sortie d’Insolence, L’Heure Bleue n’a strictement rien à voir avec ce dernier, ni dans l’odeur, ni dans l’évocation, et n’avait nul besoin d’une absurde modernisation.
Voir aussi le billet de Now Smell This sur ce parfum (en anglais).
Prenez le temps pour découvir où redécouvrir ce parfum, disponible à la Boutique des Champs-Elysées.
87€ les 75ml en EDP.

Dessin de Paul Poiret.

Christian Dior : Dior Homme

Un lourd flacon en verre épais, un jus d’une couleur mordorée dans lequel plonge un tube d’acier permettant de puiser une fine fragrance d’une surprenante modernité et d’un classicisme abouti. C’est Dior Homme de Christian Dior. Sorti en 2005 sous la direction artistique d’Hedi Slimane, on retrouve dans ce parfum la patte élégante que l’on avait déjà sentie dans les 3 Eaux de Cologne Dior sorties en 2004 (Cologne Blanche, Bois d’Argent, Eau Noire). Olivier Polge est le créateur de Dior Homme.

Au milieu d’un ensemble assez confus et souvent décourageant, ce masculin montre qu’il est toujours possible de faire de très belles choses en parfumerie grand public : composé avec des matières très classiques, il est d’une cinglante intemporalité (et donc modernité). C’est du déjà-senti, mais pas comme d’habitude, sans l’arrière-goût ennuyeux qui suit la plupart du temps après 2 ou 3 sniffs.
Quand je dis déjà-senti, c’est surtout parce que l’on reconnait de suite l’aspect poudré-racine donné par l’iris, qui rappelle la poudre libre ou l’odeur d’anciens cosmétiques… L’iris est le fil rouge de la composition, il est translucide (comme s’il laissait passer la lumière) : c’est un effet polissant qui unit l’ensemble, apporte le détail de finition qui va parfaire l’oeuvre. J’ai vraiment cette sensation de sentir le parfum sur ma peau à travers cet iris, mais ce n’est pas un ajout ou un maquillage, c’est une autre façon de la percevoir. Dior Homme a ce pouvoir d’habiller une peau sans la farder ni l’alourdir, c’est l’illustration d’un élégance discrète et hors du commun. La réussite se trouve comme toujours au niveau de l’équilibrage des notes. J’ai senti ce parfum en 2 étages : un niveau voile qui représente ce que je décris comme l’impression de translucidité, et un niveau peau, l’iris qui s’exprime parfaitement aux 2 niveaux permet d’unifier le parfum. Pour le voile on a : l’iris, la sauge, la lavande, la bergamote puis la vanille et le cacao, à travers lesquels on va distinguer les notes plus corsées qui vont constituer l’effet-peau : iris, ambre, cuir, patchouli, vétiver, muscs. On ne sent pas les aromatiques très nettement au début, c’est plutôt l’iris qui domine, mais après 5 h d’évolution, une belle note de lavande-ambrée se fait sentir. Ma perception est vraiment personnelle, car je suis tributaire de ma peau et de la façon dont elle a permis à cette fragrance de s’exprimer. En effet, je ressens parfois une sorte d’animalité contenue (l’effet voile), arrondie et maîtrisée, là où d’autres peaux ferait sortir ce parfum de façon plus brutale, toujours aussi élégante mais moins douce.

Il va sans dire que ce parfum convient aussi bien à un homme qu’à une femme. En rapport avec ce que je disais dans le billet précédent, il prend sur ma peau sa voix féminine pour parler, sans discordance ou impression de décalage. Porter Dior Homme est alors uniquement une question de goût. Dior Homme a dans ses flacons tous les atouts d’un grand classique : une perception unique d’une note connue, une évolution sur la peau subtile, une utilisation fine et maîtrisée de belles matières, une excellente tenue : tenace sans être envahissante, un résultat qui se suffit à lui-même. Il aurait en effet à mon sens presque pu se passer de campagne publicitaire, tant il est clair que par simple bouche à oreille, il aurait eu le succès qu’on lui reconnait aujourd’hui. J’ai cela dit trouvé que les visuels réalisés ont été particulièrement réussis, bien en accord avec l’impression que m’a fait le parfum : simple, discret, chic. Ils me rappellent, dans le même esprit, la photo qui avait été faite pour le parfum de Narciso Rodriguez : For Her.

A visiter aussi la critique de Dior Homme sur Au Parfum!

Disponible chez tous les revendeurs agrées en 50 ml et 100 ml.

Source : OsmoZ, http://www.dior.com, Photos du flacon : Poivrebleu.

The Body Shop : White Musk

The Body Shop? White Musk? Nez Bavard se serait-il perdu dans l’adversité?
Alors que le billet précédent portait justement sur l’exaspération que je ressentais dernièrement en matière de marketing et de manipulation publicitaire, écrire sur White Musk de l’enseigne The Body Shop peut paraître un peu paradoxal. J’en conviens. La marque anglaise a (comme beaucoup de ses consoeurs) une communication bien rodée, et se prévaut à grand renfort de publicité et de rabâchage dans ses catalogues, de tout un tas de valeurs on ne peut plus honorables : le commerce équitable, la défense des animaux, l’estime de soi, les droits de l’homme, la planète… tout ça, tout ça. Même si on sait bien que ces arguments sont surtout là pour nous attendrir et nous encourager à acheter, je ne peux m’empêcher d’avoir un regard légèrement sympathique sur cette enseigne. Même si elle ne réalise que le quart de ce qu’elle dit réaliser, je me dis que c’est déjà un bon quart quand d’autres ne font absolument rien. En tout cas, les prix s’en ressentent!

Bref, on pensera ce qu’on veut de l’enseigne, qui par ailleurs sort tout de même de bons produits, ce qui m’intéresse aujourd’hui est l’un des plus gros succès de la maison depuis sa création, la fragrance : White Musk. La toute récente campagne de publicité a attiré mon attention, alors je suis allée ressentir ce parfum, pour me remettre au goût du jour. La gamme complète a été revisitée. Il faut avouer que l’ensemble en jette pas mal. C’est comme quand vous regardez l’étagère consacrée au N°5 de Chanel, une des lignes les plus complètes existant en parfumerie, et il faut le dire, un vrai régal pour les adeptes. Et bien là, c’est pareil, pas moyen de sentir autre chose quand on a toute la gamme.

Parlons de la senteur elle-même. Et soyons franche, c’est un synthétique. Qui ne s’en cache pas d’ailleurs, puisqu’on parle de musc extrait sans cruauté, ce qui ne fait nul doute, puisqu’il est gentiment produit à l’échelle industrielle en laboratoire! Le débat sur les produits chimiques contenus dans les parfums se fera une autre fois.
Première observation évidente, c’est un parfum très chargé en musc (ça tombe bien!), tellement d’ailleurs qu’il neutralise un peu l’impression florale qu’il pourrait rendre, puisqu’il est visiblement composé d’un bouquet : lys, jasmin, rose, ylang. On trouve aussi : galbanum, basilic, patchouli, vanille, ambre, oakmoss et notes de pêche. Je dirais que le musc dans White Musk, c’est comme les aldéhydes dans le N°5, il apporte une dimension nouvelle et abstraite au parfum. Je pense d’ailleurs que leur origine chimique n’y est pas étrangère.
Ce parfum a été senti et ressenti, et il faut savoir que, de par sa composition chimique, son évolution diffèrera assez peu d’une peau à l’autre. Ce n’est pas pour me déranger, mais c’est peut-être parce que je ne m’identifie pas de façon excessive à son odeur. Cela dit, ça ne m’étonne pas du tout que certaines femmes ne puissent plus s’en passer. Pour plusieurs raisons. La campagne de publicité nous parle d’une sensualité à l’état pur… Un parfum, c’est sensuel quoiqu’on en dise, passons ce point. Moi je dirais surtout qu’il est très facile et très agréable à porter, et que l’on s’y attache parce que son odeur semble très personnelle, qu’elle est à la fois douce et présente et qu’il faut le dire, elle ne choque pas les narines. Les muscs blancs sont l’un des composants qui entrent quasi systématiquement dans la plupart de nos produits cosmétiques et aussi notamment dans nos lessives. Ils suggèrent une intense sensation de propre, et sont donc particulièrement appréciés dans les parfums, en plus de leur pouvoir fixateur. Leur odeur dans White Musk est sui generis, douce, subtile, délicate, proche de la peau, et propre. Il me semble que c’est aussi pour cela que la fragrance plait beaucoup à la gent masculine. Ces messieurs, qui bien souvent râlent quand le parfum de leur chérie sent trop fort, ne sont généralement pas agressés par celui-ci et s’y attachent. Ces muscs bien que synthétiques produisent leur petit effet animal malgré tout. Je le trouve pour ma part plutôt bien réussi, relativement bien construit, les notes se déclinent de façon assez subtile, on reconnaît légèrement une pointe d’ylang et un soupçon de vanille. On les perçoit l’une comme l’autre surtout par l’aspect dense du parfum sur la peau. Mais le tout est si bien enveloppé dans la rondeur cotonneuse et veloutée des muscs, que l’on ne s’obstine pas à rechercher la présence de l’un ou l’autre des composants.
White Musk s’apprécie tel quel, pour son odeur résolument moderne et tendance. Et je crois que l’on peut d’autant plus l’aimer en ne lui demandant pas plus qu’il ne peut donner. Ce n’est pas une composition ultra raffinée et d’une qualité somptueuse, mais c’est un vrai parfum de confort, commode, coquet et charmant.

Je m’accommode très bien de l’eau de toilette qui semble tenir plutôt bien sur ma peau puisque je la sens encore 9 h après la vaporisation. Lorsque je veux une présence plus marquée, j’utilise la crème corporelle, et en touche l’huile qui affine la senteur et parfait le fini peau.

Disponible dans tout les magasins The Body Shop. EDT 60ml : 27,50 €, EDP 30 ml : 27,50€

Photos : thebodyshop.com

L’Artisan Parfumeur : Bois Farine

L’Artisan Parfumeur nous étonne régulièrement avec des créations atypiques et dépaysantes. Dans cet esprit, Jean-Claude Ellena a initié en 2003 le premier volet de la série « Odeur volée par un parfumeur en voyage » avec Bois Farine. Pour ma part c’est l’un des jus les plus surprenants que j’ai eu l’occasion de sentir dans la même veine que le 71 de Comme des Garçons. C’est un parfum qui ne se réveille que sur la peau et à qui il faut laisser le temps d’ouvrir ses fenêtres. Il ne s’adopte pas toujours dès la première inspiration, car son odeur semble un peu cuisinée. Du fait que sa note soit vraiment inconnue (en tout cas dans un parfum), c’est l’un des jus qui suscite le plus de commentaires divergents… Ce que je sens dans les premiers instants, c’est surtout la cacahuète ou le beurre de cacahuète. Difficile de s’imaginer sentir la cacahuète! Au bout de quelques minutes seulement, apparaît une odeur parfaitement indescriptible. Certains diront qu’on sent la farine, la pâte, le gâteau, le biscuit… Tout ça, c’est une peu trop cuisine pour moi.

Je ne peux pas renier la sensation « farine » du parfum, par farine j’entends : poudré, sec, dense et très fin ; un peu comme du talc. C’est vrai qu’on y retrouve ces odeurs familières, mais je préfère garder l’illusion de porter une odeur inconnue, infiniment douce et personnelle, comme si elle sortait de ma peau. Cette impression est notamment due au fait que Bois Farine n’est pas un parfum à sillage, il n’est ni opulent, ni élancé. Ce qui ne l’empêche pas d’être infiniment rond, de déposer sur la peau un voile de poudre que l’on pourrait presque sentir et enfin de donner une substance, une trame à la peau. Bois Farine est par excellence le parfum de confort, de réconfort, le parfum qui s’enfile et s’oublie. Il est comme un filtre adoucissant, un rideau blanc qui estompe la lumière dure du soleil.

Pour parler des matières premières, Bois Farine est donc avant tout le résultat d’un voyage effectué par Jean-Claude Ellena à l’île de la Réunion. Sur cette île pousse un arbre appellé le Bois de Senteur Blanc, dont les fleurs roses sentent la farine. C’est une espèce endémique de la Réunion, c’est à dire qu’elle ne s’est développée que sur cette île. Son nom scientifique est Ruizia Cordata dont les feuilles argentées sont particulièrement velues. On dit de cet arbre qu’il aurait un pouvoir magique et qu’il chasserait les mauvais esprits. C’est lui qui a principalement inspiré la création de Bois Farine dans lequel on trouve aussi des graines de fenouil, de l’iris, du bois de santal, du bois de gaïac, du bois de cèdre et des muscs. Même si l’apprivoisement peut être un peu long, une fois qu’on le connait, on résiste rarement longtemps à l’envie de se draper dans la douceur et le confort qu’il apporte. La signature de Bois Farine est différente sur chaque peau, c’est ce qui donne tellement l’impression que le parfum nous appartient, il se porte quand rien d’autre ne se présente, quand on a juste envie d’être soi, simple, d’humeur tranquille.

Sources : Basenotes, Wikipedia (photo B.Navez), http://www.flore-reunion.com, flickr(Photo des rideaux par tataAnne)


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