Archive for the 'Visites' Category

Un dimanche à Chamerolles

Retrouvrer un instant son imagination d’enfant et se croire grand seigneur d’un temps lointain n’est pas si difficile qu’il y paraît. Dimanche dernier, je me suis rendue au château de Chamerolles, perdu dans une petite ville du Loiret, non loin de Pithiviers. Le lieu, propriété du Conseil Général du Loiret a été restauré en 1992 et est un petit bijou de finesse et d’authenticité. Ma tendance naturelle pour l’âge médiéval m’a fait aimer le bâtiment au premier coup d’oeil : douves, pont-levis, toits pointus turlututuNez Bavard a dû s’opposer à la pugnacité d’un brigand ivre et crasseux qui tentait de lui dérober sa fiole de potion, mais heureusement… Euh, non, non, pardon…

En réalité, il se tient actuellement au château une exposition dédiée aux parfums et aux secrets de beauté en Asie. La Chine, le Japon et l’Inde sont à l’honneur. Selon la région observée, plusieurs matières premières sont à disposition sur des mouillettes près des panneaux et permettent de recréer l’ambiance de chaque pays. Ainsi on débute le parcours par quelques effluves d’Osmanthus, doux et fondants. Au Japon vous succomberez pour un cèdre pur et un encens tranchant. Apprenez les recettes des Indiennes pour une peau de velours et des cheveux magnifiques, et enivrez-vous de rose, de jasmin et de frangipanier. L’exposition dans son ensemble est bien réalisée, les minuscules chaussures pour pieds mutilés des chinoises font froid dans le dos, et les flacons pittoresques ou raffinés qui sont présentés sauront vous faire parler. A voir donc. Mais attention, dernier jour d’exposition le 21 septembre !!

Prenez le temps ensuite de vous plonger dans l’exposition permanente du château, « La Promenade des parfums » dédiée à l’histoire de la parfumerie du XVIe au XXe siècle. Chaque siècle a une pièce qui lui est dédiée, avec une ambiance d’époque reconstituée pour le 16e, 17e et 18e. Le 19e et le 20e mettent ensuite en scène le développement et l’avènement de la parfumerie moderne. Les pièces du château sont absolument superbes, et il émane même de chacune une odeur unique, je retiendrai tout particulièrement la cuisine adjacente à la chambre du 16e qui dégageait un parfum d’herbe et d’huile essentielle vraiment incroyable. Je n’ai pas réussi à déterminer exactement de quoi il s’agissait, il vous faudra donc aller sur place pour savoir !

Plus de renseignements ici.

Photo par Poivre Bleu.

Nez Bavard découvre l’Osmothèque

Dimanche 18 novembre 2007, il s’est trouvé que l’anniversaire de mon plongeon dans le parfum coïncidait (hasard?) avec une conférence donnée par L’Osmothèque de Versailles à Juvisy-sur-Orge. Nez Bavard ne pouvait manquer un événement pareil! Il s’est donc couvert d’une douce écharpe de laine, a chaussé ses plus beaux souliers et a pris le chemin de la découverte olfactive encore une fois.

Car pour tous les inconditionnels du parfum, L’Osmothèque est une véritable mine d’or : cet organisme se conçoit comme une bibliothèque de parfums. A ce jour, on compte plus de 1700 créations conservées à l’Osmothèque dont plus de 300 totalements disparues de toute commercialisation. Il va sans dire que pour les amoureux de parfums rares et pour ceux qui souhaitent avoir une idée de la parfumerie de nos ancêtres, L’Osmothèque est le lieu où tout bon amateur (ou professionnel) se rend. Les parfums y sont classés (selon le codage de l’Osmothèque, ici), conservés dans des bouteilles en métal, à 11-12° dans une cave.
La conférence à laquelle j’ai assisté fut donnée par Monsieur Yves Tanguy, vice-président de L’Osmothèque. Il s’agissait d’une conférence de découverte, où nous avons évoqué les divers sujets classiques d’une introduction au monde du parfum : origine des matières premières, formes, utilisation… De l’ambre gris, du patchouli en feuilles ou encore de l’encens ont circulé dans l’assistance sous leur formes naturelles. M. Tanguy a ensuite parlé du métier de parfumeur en nous racontant brièvement sa propre expérience. Puis nous avons commencé à discuter parfum.
Savez-vous quel est l’âge du plus ancien parfum conservé à ce jour à l’Osmothèque (nous entendons ici l’âge de la formule)? Il s’agit du Parfum Royal, un parfum de 2 000 ans, particulièrement puissant dont la composition nous a été transmise par Pline L’Ancien, reconnaissable à sa forte odeur de cannelle. Cependant, la parfumerie moderne est assez jeune (150 ans), car jusqu’à un âge avancé, l’utilisation des parfums de manière profane était condamnée par l’Eglise.

Nous écoutons avec amusement l’histoire rocambolesque de François Coty, qui inventa le marketing avant l’heure, et apparaît sans conteste comme l’un des plus grands génies de la parfumerie moderne. Et le Chypre fut créé en 1917. Ce parfum était l’un de ceux que je voulais absolument sentir, pour enfin me rendre compte de quoi il s’agissait lorsque l’on parlait du Chypre de Coty. Celui-ci sent le coup de maître, car l’on retrouve exactement ce qui a tant été copié dans les autres créations par la suite. Un équilibre savant, vert, frais, boisé et résineux (labdanum). J’ai été emballée par ce parfum, et d’une manière générale par la majeure partie des compositions qui furent présentées. Il se dégage de ces parfums une forte impression d’entier, de cohérence dans la senteur. Nul n’est d’une complexité incroyable, pas de senteur abstraite, et même si l’on reconnait parfois quelques composants, on sent surtout qu’il s’agit d’un agencement harmonieux et construit des matières entre elles. De ces créations émanent une vraie beauté, une vraie passion qui n’existent que très ponctuellement dans les fragrances d’aujourd’hui. Enfin de vrais parfums! Des odeurs qui vous parlent, vous émeuvent ou vous rebutent. J’ai vraiment eu la sensation de sentir de la légende liquide, et j’ai compris pourquoi au fond de moi. Une évidence qui s’impose, une parfumerie créée et faite par envie, par des passionnés, la parfumerie des mythes tels que Shalimar de Guerlain, Fougère Royale de Houbigant, Iris Gris de Jacques Fath (un véritable iris d’une radiance exceptionnelle bien au dessus de toutes les créations à la mode de cette année)…

Tous les parfums sentis m’ont beaucoup plu, le plus agréable, je crois, a été de ne sentir aucune nouveauté « à la mode » et de pouvoir visualiser une époque avec des parfums. Ceux qui m’ont le plus marquée ont été : Cuir de Russie de Chanel, 1927 ; Crêpe de Chine de Millot un chypré fleuri, 1925 ; Diorling de Dior, somptueux chypre cuir, 1963 ; et bien sûr le Chypre de François Coty, 1917. J’avoue ne pas faire dans l’originalité, je savais que les cuirs et les chyprés me plaisaient depuis longtemps, c’est confirmé et signé! Je retiens aussi Ambre Antique de Coty qui m’a donné la sensation d’un ambre translucide avec un surprenant accord Earl Grey…
Après presque 3h de conférence, il a fallu sortir de la salle à reculons, car personne n’aurait dit non à une heure de plus. Le temps a passé très vite et nous avons pu sentir tout notre saoul tous les petits papiers imbibés qui nous ont été donnés. Je ne saurais trop vous recommander de vous inscrire à L’Osmothèque de Versailles, tant le plaisir pour l’odorat est intense et entier. Cette organisation est une réelle chance pour la mémoire olfactive mondiale, que tous les passionnés aimeront soutenir, car seule l’Osmothèque se charge de conserver pour la postérité des fragrances totalement disparues des circuits de distribution.
Le soir, de retour chez lui, Nez Bavard a senti et ressenti à nouveau, s’est trouvé comblé et est parti se coucher sur des chemins parfumés.


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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