Archive for the 'Thèmes' Category

Le rendez-vous des parfums culottés

Il a fait chaud ces derniers jours, et malgré le léger répit que semble nous accorder le ciel, il nous fallait un peu de légèreté. C’est l’été que diable ! Et puisque tout le monde raccourcit les pantalons et les chemises, l’idée m’est venue d’aller voir sous les jupes des filles (voir à quoi nos vies se résument…).

La petite culotte… Un accessoire sur lequel on pourrait converser longuement… Ce léger bout de tissu a repris du poil de la bête ces dernières années, malgré la concurrence dénudée du string, gonflée du shorty et cambrée du tanga.

Au moment de se vêtir, une femme ne sort pas tel ou tel modèle à n’importe quelle occasion, tant la petite culotte participe à la construction de l’humeur et à l’élaboration d’un jeu de séduction. Selon l’endroit, le moment, et la ou les personnes qui seront amenées à la voir, la belle ne choisira pas le même imprimé ou la même dentelle. Un nœud sur le côté, une matière fine, une surpiqûre… tant de raffinement doit être vu ! D’ailleurs la petite culotte est loin d’être un dessous ennuyeux ou grossier, elle sait mettre en valeur le derrière  parfois bien mieux qu’un autre sous-vêtement. En suggérant bien plus qu’elle ne dévoile, elle laisse entrevoir monts et merveilles, soulignant la chute de reins et flattant la rondeur de la fesse. Il serait dommage de s’en priver, son pouvoir mystérieux est hautement sensuel. C’est un accessoire qui parle de  l’humeur, du caractère, de l’état d’esprit. C’est le dernier vêtement que l’on enlève et souvent le premier que l’on remet, et avec lequel on se laissera observer, lascive et détendue. C’est un détail qui fera briller les yeux d’un amant et dont il se souviendra longtemps. De fait, une soirée en charmante compagnie ne saurait aller sans une petite culotte de choix et une fragrance justement accordée.

Nez Bavard se relance dans le plaisir des associations Parfums/Accessoires après un premier essai plutôt concluant ici. Dans le billet d’aujourd’hui, comme nous parlons de dessous et que ceux-ci sont rarement choisis par hasard, il me fallait trouver la correspondance juste entre le modèle, le moment et le parfum. Et voici le résultat…

Au théâtre : Invitée à la séance du soir puis à dîner, C. a décidé de passer une petite robe noire courte sur cette lingerie un brin rétro à l’allure polissonne. Les pois et le nœud trahissent son âge elle le sait, mais il faut de la douceur et de l’allure pour ce rendez-vous galant. S’accordant à ce lieu d’emphase qu’est le théâtre aussi bien qu’à la matière satinée de sa culotte, elle choisit Cologne du Soir de Maison Francis Kurkdjian pour sa douce rose poudrée et son empreinte légèrement datée d’encens et de benjoin. Un bouquet de volutes et de rondeurs s’échappe de son décolleté alors qu’elle claque la porte de chez elle. (Modèle : Agent Provocateur)

Sans lendemain : On ne sait pas trop qui est B. On sait juste que cette nuit elle a décidé d’envoyer au diable les interdits. Au bras de cet inconnu rencontré dans un bar branché avec des amis, elle se dirige vers le taxi qui les attend pour une destination inconnue. Sur la banquette arrière, dans la pénombre, les mains se cherchent, les regards se croisent et les bouches se rejoignent. Il y a 2 h, en se préparant, B. a choisit des dessous affriolants pour une soirée débridée et un parfum typé pour annoncer la couleur : Putain des Palaces d’Etat Libre d’Orange. Un parfum de luxure, tout en voluptés soyeuses et douceurs capiteuses. (Modèle : Agent Provocateur)

Rendez-vous dans les prés : Il est 17 h au pied du chêne. Le pré est recouvert de hautes herbes folles, déjà décolorées par le soleil. Elles plient sous les ondes de la brise, tandis que la jupe blanche de M. se soulève à chaque souffle. Alors qu’elle lit allongée sur le ventre, le vent (meilleur ami de l’homme) donne à voir  aux yeux de son ami les détails de sa lingerie fine, perturbant ainsi toute tentative de concentration. Et comme pour mieux l’achever, il lui porte au nez les notes vertes et coumarinées de son parfum : Fleur de Narcisse de l’Artisan Parfumeur. (Modèle : Aubade)

Entre deux réunions : J. et son collègue se sont enfermés à l’improviste et à double tour dans un bureau. Tout le monde est parti déjeuner mais une importante réunion est prévue à 14 h avec des clients. Pressés par le temps, les tourtereaux rient aux éclats de leur situation burlesque et trottinent pour retrouver leurs dessous éparpillés sur les meubles. Ils s’échangent des regards amusés, l’une replaçant sa jupe et l’autre resserrant sa cravate.  Avant de sortir, le complice pose sa tête sur les seins parfumés de la dame et inspire une bouffée duveteuse et lactée de Sensuous d’Estée Lauder, comme pour se donner du courage. (Modèle : Simone Pérèle)

Avant de sortir : Ce soir, F. et son mari sortent pour un dîner en ville. Au sortir de la douche, elle prend tout son temps pour se préparer, flânant en petite tenue, ne prêtant pas l’oreille aux protestations de son cher et tendre. Il affirme, en lorgnant sur les motifs délicats de sa lingerie, que tant de nonchalance avant un dîner sérieux n’est pas acceptable… La mignonne lui répond en vaporisant sur son cou de gazelle le N° 22 de Chanel, se plongeant avec délectation dans son nuage cosmétique et spirituel, avant de déposer du noir sur ses yeux. (Modèle : Aubade)

De 5 à 7 : S. est allongée nue sur le lit d’une chambre d’hôtel luxueuse. Son amant, qui s’est débrouillé pour la voir un peu plus tôt cette fois-ci, dépose un dernier baiser dans son cou, il va bientôt partir. Il profite un dernier instant des effluves érotiques de sa peau, avant de rentrer chez lui retrouver son épouse. En reboutonnant sa chemise, il la complimente sur ses dessous comme à chaque rencontre, et sur son parfum dont il ne se lasse pas, qu’elle porte si bien. Le Musc Ravageur par Maurice Roucel pour Les éditions de parfums Frédéric Malle distille son empreinte sensuelle de musc, d’ambre et de vanille dans l’esprit des deux amants qui se quittent, les yeux mouillés, jusqu’à la prochaine fois… (Modèle : Aubade)

Soirée costumée : Derrière les masques à plumes et les volants de couleurs, les convives observent le raffinement des costumes. I., dans son habit de comtesse en velours, s’amuse de savoir qu’elle porte des dessous baroques aussi rouges que les pans de sa robe. La soirée va bon train, et les parties de colin-maillard amusent l’assemblée. Attrapée dans les bras du damoiseau aux yeux bandés, il lui vole un baiser, avant de lui susurrer à l’oreille : « Vos lèvres sont aussi douces et gourmandes que votre parfum, Madame ». La jeune femme rougit et agite son éventail, disséminant un peu plus les fraises gorgées d’ambre, de vanille et de cuir d’Ambre à Sade de Nez à Nez. (Modèle : Chantelle)

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Bien chaussée, bien parfumée

Pour une femme, les souliers servent souvent à autre chose qu’à remplir une simple fonction de protection du pied (je ne cherche pas à faire du sectarisme non plus, beaucoup d’hommes accordent une grande importance au choix de leurs chaussures). Ils viennent généralement compléter la tenue ou l’agrémenter d’une touche qui viendra finaliser un style d’ensemble. Dans bien des cas, ils amènent de l’originalité, de l’élégance, de la sensualité et peuvent jouer un rôle important dans la séduction. On les choisit avec soin, pour leur style, leur forme, ce qu’ils semblent dégager et la manière dont on se sent lorsqu’on les porte.

La façon dont on choisit ses souliers finalement, est un peu la même lorsqu’on choisit un parfum : il faut qu’ils nous ressemblent, que l’on ait plaisir à les porter et il faut qu’ils transmettent une partie de notre personnalité aux personnes qui nous entourent. Une personne qui porte des baskets n’aura sûrement pas le même parfum que celle qui porte des talons aiguilles. Nez Bavard a donc pensé à ce petit guide de l’association juste : Bon soulier / bon parfum, pour votre plus grand plaisir.

Commençons avec la bottine que voici. L’allure moderne, la découpe géométrique et les talons démontrent une volonté d’être séduisante sans en faire trop. On pourrait très bien les voir sur une jeune femme citadine, bien habillée dans un style faussement décontractée en Zadig & Voltaire… Généralement, ces chaussures là aiment les odeurs modernes, innovantes, assez fraîches avec un côté propre présent. Un parfum féminin, mais pas sucré : Essence de Narciso Rodriguez, Chloé de Chloé.

Ici, on trouve un esprit ludique, un peu enfantin et rigolo avec les zébrures et la pointe framboise. Les pieds qui chaussent ces ballerines ont le sens de l’humour, et sans se prendre au sérieux, ils font attention à leur apparence. On recherche le confort, mais en étant bien habillée. Le parfum associé pourra être un peu sucré, avec des fruits dominants, un léger côté bonbon (et un beau flacon) : Délices de Cartier, Encens et Bubblegum d’Etat Libre d’Orange


Ici : Une pantouflarde riche et sexy. Sophistiquée voire un poil vulgaire, elle habite une grande maison avec du marbre dedans et passe beaucoup de temps à se maquiller et à se coiffer. Elle flâne en robe de chambre de satin, accordée bien sûr à ses mules d’un design raffiné et vaporeux. Ces mules se portent avec un parfum présent, à fort sillage, un peu ostentatoire et étalant la richesse. Dior Addict de Dior.


Les bottes violettes c’est quand même vraiment la grande classe… : le flashy décalé totalement assumé. Donc on n’hésite pas à en remettre une couche avec la marque la plus barge côté parfum : Comme des garçons. #3, Odeur 71 ou Guerilla 2 sont de bonnes options.

Aaaah l’élégance de la bride… Un bon classique, passe-partout et intemporel. Une marque de bon goût, une attention portée au « sans faute » et à l’allure toujours soignée. A porter avec un beau classique donc. Pour un classique moderne : on trouvera Iris Poudre par Pierre Bourdon pour Frédéric Malle tout à fait approprié ; et côté plus ancien : pourquoi ne pas opter pour le N°5 de Chanel ?

Alors, les Converses… Il fallait bien en parler ! Le souci avec ces chaussures, c’est que tout ou presque est permis, plus qu’avec les autres modèles. On reste, certes,  dans le décontracté, et les mettre avec un Joy ou un L’Heure Bleue serait peut-être un peu gâché. Selon la manière dont on les porte, à peu près toutes les options sont possibles : J’adore de Dior,Mûre et Musc de L’Artisan , Angel de Thierry Mugler,  Jean-Paul Gaultier Classique…


Voici celles que l’on n’oublie pas une fois qu’on les a vues… Et celle qui les porte n’est pas de celle que l’on oublie non plus. La séduction, l’érotisme et le fétichisme sont poussés à un très haut niveau (12 cm au moins) avec ces escarpins signés Christian Louboutin. Qui aime séduire armée de ces machines de guerre, jouera la vamp jusqu’au bout, et arborera un parfum de vamp digne de ce nom : Fracas de Robert Piguet, ou Black Orchid de Tom Ford.


J’aime bien ces chaussures… Une paire pour la ville, confortables, jolies dans un beau cuir marron-blond… Pour aller travailler, se promener, aller au cinéma. Du tous les jours basique et plaisant : un jean, une chemise et le tour est joué. A mettre donc avec un parfum de tous les jours « easy-to-wear » : Coco Mademoiselle de Chanel, Very Irresistible de Givenchy, Un Jardin en Méditerranée d’Hermès.

Pour finir, parlons bottes. Une belle paire de de bottes en cuir noir, au look cowboy se remarque plus que les bottines mais moins que les escarpins. Découvertes ou cachées, les bottes donnent de la prestance et du charisme et se marient donc mieux avec une fragrance qui peut les suivre, donc qui en jette un peu : Alien de Thierry Mugler, Beyond Love de By Kilian ou encore Rousse de Serge Lutens

Il y aurait évidemment encore beaucoup d’exemples à donner, et plein d’autres associations à faire. L’exercice, bien qu’un peu simplificateur, est amusant et retranscrit, je pense, assez bien une certaine réalité. C’est d’autant plus vrai bien sûr pour celles qui ont plusieurs parfums et qui font ce petit jeu peut-être même sans s’en rendre compte. Si le billet vous a plu, je pourrais recommencer sur le même thème ou sur une variation. Qu’en dites-vous ?

Rentrée des classes chez Poivre Bleu

Cette année, la rentrée est chargée au lycée Poivre Bleu. Plein de petits nouveaux viennent d’arriver et le proviseur Nez Bavard aura beaucoup de dossiers à examiner durant les 12 mois à venir, pour savoir qui aura le potentiel suffisant pour passer en classe supérieure. Mais chaque chose en son temps. Passons en revue les nouveaux arrivants.

Dans la classe cette année, nous avons :

Les frères ennemis, Play Edt et Play Edt Intense chez Givenchy, une version blanche et une version noire pour les Justins Timberlakes les plus branchés du moment qui ne quittent plus leurs flacons en forme de MP3. A quand la version lecteur MP3 combiné au flacon ? Un boisé frais agréable mais sans grande originalité. Il en va de même pour son acolyte malheureusement. Pour faire face apparaît : Un beau gosse, qui vaut 1 million, rendez-vous compte! Chez Paco Rabanne, on n’aime pas les clichés : Brun, regard pénétrant, parfum envoûtant, que demander de plus… Le deuxième boisé frais de la liste, mais plus dans le type Very Irresistible pour Homme, pâtisserie à la menthe, donc bien plus sucré. Menthe, cannelle, sucres et épices. Beau gosse dont La femme fatale ne perd pas une miette. Elle est Magnifiiiiiiiique!!! C’est Lancôme, c’est nouveau, c’est rouge, c’est sexy. Un boisé cuiré qui aurait pu être intéressant, mais qui ne prend pas de réel parti et qui, j’en ai peur, ne tiendra pas ses promesses de renouveau. Mais la promotion ne serait pas au complet sans Beau gosse 2 : Le petit frère de Dior Homme mais en beaucoup moins bien, Dior Homme Sport n’a absolument rien de l’original, ni la classe, ni l’originalité, ni la finesse. Il ne s’entend pas des masses avec Beau gosse 1 vu qu’ils n’ont pas du tout le même style. Un hespéridé aromatique très décevant qui vient ternir un tableau jusqu’a présent assez bien mené entre une version Intense et une Cologne réussis.

Assise à côté de lui, Une pouf, maquillée comme une voiture volée, Secret Obsession de Calvin Klein nous en met plein les mirettes avec son lot de mauvais goût et son attirail clinquant. Une tubéreuse venimeuse et sucrée mais un peu ratée car tirant sur des accents de poire sans goût. Au troisième rang, Une jeune adolescente en crise, un peu banale, sucrée-fruitée qui suce encore son pouce le soir. Cette année elle compte faire sa révolution sexuelle alors elle s’appelle Amor Amor Tentation. Beau gosse 2 l’a repérée dès le premier jour et il ne fait nul doute qu’ils vont sortir ensemble ! A côté d’elle, La meilleure copine, B de Boucheron, mignonne mais pas vraiment plus intéressante que la première avec ses relents de gel douche. Un floral-boisé il est dit… sûrement, mais moi je vois pas.

Sur l’estrade celle qui danse c’est La Tecktonicienne pur jus, plus originale et excentrique que les autres mais on ne sait pas encore trop où elle veut en venir à faire ses grands gestes dans tous les sens là… Ma Dame de Jean-Paul Gaultier : L’odeur est poudrée et fruitée mais me laisse une sensation d’inachevé, ce qui est dommage parce qu’elle n’est pas banale. Un Bel-Ami se tient fièrement sur sa chaise. Infusion d’Homme de Prada, c’est un personnage distingué, très séduisant mais discret, qui sait faire dans la finesse, pas comme beau-gosse 1 mais après tout, chacun son style. Un iris très bien exécuté que je préfère à la première version, car moins cosmétique. Un peu plus loin, La belle brune habillée en noir, l’air de rien comme ça avec sa paire de lunettes sur le nez, mais qui a de jolis tours dans son sac. Jasmin Noir de Bulgari, une bien agréable surprise dans ce lot de banalités. Le floral boisé sera visiblement la règle pour commencer l’année scolaire, mais sur tous ceux sentis c’est le premier qui me fait l’effet d’un bois présent et délicat. Bien entendu il y a aussi Une fashion victim, plus girly girl tu meurs… My name is Guess and I’m pretty. Guess Woman se définit elle-même comme « hot, cool and sexy ». A-t-on vraiment besoin de savoir comment elle sent ? Pour protéger cette beauté ultime, il y a Robocop, niché dans son flacon chromé ultra moderne, version Kenzo Power 2.0 le tout ayant une odeur proprement… propre. Ah oui, et j’oubliais, il y a avec nous cette année Un homme aussi, mais un Homme de Guerlain, un bel homme viril et poilu avec son odeur fraîche qui finit par être vraiment lassante à la fin (un ex-beau gosse). On se demande bien ce qu’il fait là, mais c’est normal, ça fait 4 fois qu’il rate son bac, cette année c’est peut-être la bonne. En tout cas on le lui souhaite…

Cette promotion est nombreuse, beaucoup de promesses mais l’impression générale est assez décevante. Encore une classe très agitée qui va faire beaucoup de bruit, embêter ses professeurs et empêcher les bons éléments de travailler. Mais les bonnes surprises comme Infusion d’Homme et Jasmin Noir ont tout de même de quoi nous ravir pendant une année qui s’annonce chargée.

Bonne rentrée à toutes et à tous!

Investigations en terres masculines V

Jean-Paul Gaultier : Le Mâle

Pourquoi parler d’un parfum si largement connu et plébiscité par la gent masculine, me direz-vous ? Et bien, parce que je l’ai redécouvert sur moi et que j’ai apprécié la sensation de nouveauté qui s’en dégageait. Oh rien de vraiment renversant, mais assez pour me convaincre que les femmes devraient l’essayer aussi (bien qu’elles le fassent déjà).

Créé en 1995 par Francis Kurkdjian, Le Mâle a été très rapidement un immense succès et figure désormais tous les ans dans les 10 meilleures ventes de parfums (masculins) en Europe. Après quelques années de totale-Mâle-attitude, on le sent un peut moins dans la rue désormais. Avant de réellement l’essayer, j’en avais une idée assez vague, je me souvenais seulement d’un parfum suave avec un côté frais rappellant la mousse à raser. De ce côté, le contrat a été bien rempli, puisque Jean-Paul Gaultier souhaitait un parfum qui évoque les échopes des barbiers. Je le trouvais dérangeant les premiers temps, parce que dans ce parfum se confrontent deux univers qui a priori n’ont pas grand chose en commun. D’un côté, on retrouve les classiques fougères des années 80, avec leur overdose de virilité poilue et musclée ; de l’autre côté, une avalanche de vanille, de fève tonka (héliotropine), se distingue très tôt, peu de temps après la giclée de menthe poivrée en tête.

Ce parfum me fait penser à un produit bi-phase (comme certains démaquillants) qu’il faut secouer fort pour obtenir une préparation étrangement trouble et dense. Lavande, menthe, cèdre et bergamote forment un bloc ; fleur d’oranger, cannelle, fève tonka et vanille viennent s’y frotter. La fragrance pourrait avoir un léger côté criard, mais le résultat est tout de même bien orchestré et finira par vous laisser perplexe. On a alors un aspect masculin-féminin du même acabit, deux forces contraires qui s’affrontent mais, qui, lorsqu’on les pousse un peu, s’accommodent très bien l’une de l’autre. Peut-être ce parfum a-t-il été une habile façon de réconcilier ces deux côtés présents chez les hommes, et maintenant chez les femmes… ?

Voilà qui clot la série de billets sur les parfums masculins portés par les femmes. La liste est encore loin d’être finie et il y aura sûrement des reéditions. Nez Bavard tentera l’exercice inverse le plus tôt possible, mais cela va forcément dépendre des cobayes et des témoignages recueillis dans ses prochaines missions.

Investigations en terres masculines IV

Annick Goutal : Duel

Un parfum d’été souffle entre vos doigts et décoiffe vos cheveux. Vous marchez sur un chemin de terre, vos pieds sont gris de poussière et toutes les touffes de plantes autour de vous sont sèches et blondes. Vous voilà maintenant allongé dans les herbes hautes, à regarder les nuages passer. Non, vous ne rêvez pas, vous portez Duel.

Duel est une surprise inattendue. N’affectionnant pas particulièrement les créations chez Annick Goutal, je ne pressentais rien de folichon à la découverte de ce parfum. Et bien j’avais tort ! (Comme souvent, mais pas trop quand même). Duel semble très classique au premier abord, un départ hespéridé puissant, quelques pointes de néroli qui font rapidement penser à une Cologne. Mais c’était compter sans le concours du petitgrain, du maté, du foin (et de son amie la coumarine), et des muscs relevés par un léger accord cuir. En effet, lorsque le parfum est devenu intéressant, j’ai d’abord senti un accord de thé, qui me faisait penser à du Earl Grey. Mais quelque chose me dérangeait. Le thé s’est révelé être l’accord de maté, une boisson traditionnelle d’Amérique du Sud préparée avec le Yerba Maté ayant des vertus excitantes comme le café. L’odeur est légèrement amère et rappelle celle du thé et du foin. Rarement utilisé en parfumerie (ou peu évident), je l’avais déjà rencontré dans Comme des Garçons 2, emmitouflé dans des volutes d’encens. Ici, le côté thé fraîchement infusé de la plante est beaucoup plus en avant et il entretient la sensation fraîche du départ, faisant durer la bergamote.

Mais, comme souvent, c’est le fond qui achève de vous conquérir. L’accord foin sort de sa grange et vous donne l’impression de grimper sur les ballots de foin empilés dans les champs. On se dévergonde un instant avec une bonne dose de musc et l’animalité du cuir, mais tout en restant très distingué grâce à la présence de l’iris qui apporte sa beauté brute. Duel porte en lui la dualité annoncé par le titre, un homme, une femme, peu importe finalement…

Disponible dans toutes les boutiques Annick Goutal et grands magasins, 100ml 72€

Investigations en terres masculines III

Les parfums de Rosine : Rose d’Homme

Voici la preuve flagrante que les fleurs aussi vont très bien aux hommes, ce qui fait que les femmes auront encore moins de scrupules à s’approprier Rose d’Homme. Car aussi surprenant que cela puisse paraître (pour un masculin), on ne peut pas passer à côté de la rose présente dans ce parfum parce que c’est elle qui charpente toute la construction.

Opulente, épaisse et parfumée, elle est apparente dès le départ dans un bain citronné. Fraîche dans les premiers temps car accompagnée des effluves humides du patchouli, elle deviendra au fur et à mesure de l’évolution de plus en plus sèche avec quelques sursauts de rondeur. C’est la lavande qui entame la marche, et qui lui donne un air classique. Mais entre ses pétales denses, je devine une présence poivrée et épicée, une pointe de cannelle et peut-être une trace de clou de girofle. Mais voici le coeur, un coeur qui hésite entre les aspects fusants du vétiver et la force enivrante de la rose et du jasmin qui apparaît maintenant, mais pour trop peu de temps malheureusement. Le cuir enveloppe le tout, un beau cuir « pleine fleur » (c’est le cas de le dire) souple et distingué. Le sillage est puissant et très présent sur la peau.

Le fond est une sorte de pain d’épice à la confiture de rose, l’avalanche de sucre en moins. Et puis, d’un seul coup, le cuir se fait plus rêche, le sec et le crémeux du vétiver, du patchouli et de la vanille se mêlent, donnant à la rose, si puissante quelques instants plus tôt, un air plus discret et réservé. Le fond oscille maintenant entre la vanille, les épices, le cuir et bien sûr les bois.

L’originalité de ce parfum réside dans la surdose de rose, qui le rend très agréable à sentir sur peau d’homme, et peu commun en ce sens. Pour autant, il n’a rien d’ennuyeux sur peau de femme car à ce moment, c’est la présence affirmée du cuir et des bois qui apporte la surprise et lui donne une autre dimension.

Disponible dans la boutique du Palais Royal, 105 Galerie de Valois, 75001 Paris. 50ml et 100ml, 70 et 90€

Investigations en terre masculines II

L’Artisan Parfumeur : Fou d’Absinthe (encore L’Artisan!?? Oui, oui… encore)

Fou d’Absinthe créé en 2006 par Olivia Giacobetti (fidèle à la maison) marqua l’arrivée chez l’Artisan de la première Eau de Parfum pour un « masculin » présenté comme tel. A la description des notes, on s’attend à des notes assez fraîches et aromatiques, un charmant cocktail pour les séducteurs. Résultat, nombreuses sont les femmes qui portent et achètent pour elles-mêmes le Fou d’Absinthe.

Ce parfum porte bien son nom, car comme le breuvage, ses accents de départ sont presque saoulants, comme peut l’être une eau-de-vie. Cela vous réchauffe tel un verre de liqueur et vous désaltère comme un verre de pastis. « Fou d’Absinthe pour vous servir Madame! »

Les premières gorgées sont comme une accélération brutale et puis l’instant d’après, lorsque l’on reprend ses esprits, arrivent les senteurs fraîches des plantes : absinthe (et son amertume), laurier, anis, menthe. Ces plantes bien que très rafraîchissantes, semblent s’enflammer sur la peau et diffuser une odeur sourde de fumée qui s’échappe d’un feu (pour aller nourrir les dieux). Pendant que se consume le feu, les parfums des bois de patchouli et de cèdre fusent eux aussi. Mais plus que tout, c’est la douceur de la sève de pin, le piquant, le sec de ses aiguilles et la blancheur de son bois qui vous transportent dans une forêt où chacun de vos pas réveille une odeur merveilleuse. L’aspect mentholé et anisé du parfum est légèrement sucré, comme un sucre parfumé d’une goutte d’eau de mélisse, mais seulement pendant une petite heure. Le contraste chaud-froid ne disparait jamais, et pour peu que la brise se lève, en fermant les yeux, on se croirait à la campagne dans les Landes. Enfin, pour que le fond soit des plus fins, les épices (poivre, muscade, clou de girofle) sortent et apportent la touche finale à ce breuvage.

Fou d’Absinthe s’apprécie effectivement comme un alcool fin, parfumé et délicat, et bien que son évolution soit plus lente sur la peau qu’en bouche, il a réellement cet aspect puissant et dense du spiritueux. J’en profite tout de même pour vous rappeller que l’abus d’alcool est dangeureux pour la santé. La pose moralisatrice étant passée, je peux vous dire que par les temps d’été, si vous n’avez pas la chance de partir, porter ce parfum sera un puissant outil évocateur pour vous permettre un peu d’évasion en moins de 30 secondes.

Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur et grands magasins, 50 et 100ml, 70 et 100€


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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