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Ralph Lauren : Notorious / Histoire d’un désamour

Retour sur un essai par jour de chaleur.

Notorious… Quelles associations faites-vous avec ce mot ? Pour Nez Bavard, ce fut immédiatement une ambiance américaine de grosses voitures, d’épaisses chaines en or, de basket Nike… Hip/Hop, R’n’B style en somme. Et oui, parce que pour moi, Notorious, c’est la chanson de Puff Daddy featuring Lil’Kim et de feu Notorious B.I.G. , ce rappeur américain assassiné en 1996. Chanson dans laquelle on entend « No-no-notorious » (et que j’ai retrouvée grâce aux indéniables talents de chercheur de mon frère…), qui a en partie bercé mes jeunes années… Cela m’étonnerait pas que les équipes de Ralph Lauren aient cherché à établir ce type de parallèle, puisque dans la communication visuelle, on se trouve plutôt dans une ambiance de films noirs des années 50, femmes fatales et volutes de cigares…

J’avais entendu parler de Notorious lors de sa sortie en 2008, et je m’étais amusée à me demander ce que pourrait bien sentir un parfum de rappeur/rappeuse. J’étais loin du compte lorsque j’ai senti ce jus il y a un peu plus de 2 semaines, chez Manor à Genève. Le premier essai me laissait dans un halo de muscs lumineux, ponctué par des pics épicés et boisés, mais bizarrement, je n’y trouvais pas mon compte. J’étais un peu interdite, parce que j’aurais aimé un peu plus de rondeur vanillée, de profondeur boisée et surtout de sillage ! Une célébrité se remarque, surtout un rappeur ! Elle ne reste pas dans l’ombre de l’intimité… On n’est pas star pour rien, non ? Une fois le visuel découvert, il me laissa encore plus perplexe : non seulement je ne retrouvais pas mes rappeurs et leurs bijoux clinquants mais en plus, je n’y trouvait pas la classe Lauren Bacall, Ingrid Bergman et autres belles empoisonneuses… Non pas que Notorious manque  de chic, mais il ne correspondait pas au visage qui lui avait été donné.

Cela dit, ce parfum m’intéressait, je ne lui trouvais rien de commun et au contraire, tout d’original. Je crois bien que j’avais envie de l’aimer. Je suis alors partie le réessayer pour comprendre ce qui m’intriguait tant dans cette fragrance aux associations incongrues. J’avais toujours dans la tête ma chanson, qui trottait sagement du matin au soir. Et lorsque j’ai trouvé ce qui le rendait spécial à mon nez, il me fut totalement impossible de m’en débarrasser : le curry. Un curry collant et presque écœurant qui s’accrochait solidement à ma peau et au travers duquel je ne voyais plus rien. Un curry blanc peut-être, en volutes, en tissu soyeux et lumineux, mais un curry tout de même. A ce stade, plus rien ne collait, ni mes rappeurs, ni la belle Laetitia Casta, ni le flacon. Je ne me sortais pas de ma cuisine indienne et de mes doigts poisseux… Je n’ai pas l’habitude d’être rebutée par les odeurs de cuisine dans les parfums ou par les notes détournées ou surdosées, mais je n’ai jamais rencontré une telle incompatibilité de genre. Sur mon T-shirt, le parfum restait acceptable, voire presque agréable, mais sur ma peau, c’était un désastre.

Pour ma part, ce jus que je trouve néanmoins vraiment beau (quoique importable), a pour moi été victime d’associations fatales et surtout d’un manque de cohérence entre l’odeur (l’essentiel et l’élément vital de ce qui fait un parfum) et le visuel. La magnifique publicité qui a été faite par Wong Kar Wai (pour qui l’on meurt d’amour et d’admiration il est vrai) détone trop cruellement avec un parfum original mais totalement décalé et inapproprié. Il manque des fleurs (venimeuses si possible), de l’alcool, des cigarettes et de la sensualité…

Un parfum à adopter ou à détester !

Et juste pour l’amusement, voici Notorious version rap :

33° à l’ombre / Genève, CH

20h43. Une journée étouffante touche à sa fin, la brise s’est levée et l’odeur du lac rentre par les fenêtres que nous avons enfin ouvertes. Billie Holiday nous accompagne de sa voix nonchalante et nostalgique et Frank Sinatra me regarde du haut de ses 22 ans… (Diable, je deviens vieille…)

Notre ami Méchant Loup nous en a parlé il y a quelques jours, et j’avais envie de pousser le vice un peu loin aujourd’hui. J’ai donc vaporisé, au hasard des flacons : Notorious (Ralph Lauren), Muscs Koublai Khan (Serge Lutens) et Amber Absolute (Tom Ford) sur mes bras. Le résultat est assez… sauvage, mais ne manque pas de chic. Amber Absolute et son encens baumé sombre est celui qui parle le plus fort. Je me sens de façon assez amusante plongée dans uns atmosphère années 30, bien que le son de la télé me parvienne et que je m’apprête à déguster une délicieuse tarte aux courgettes. Je ne puis faire attendre mon hôte plus longtemps… Mais je reviendrai sur mes essais de la journée, la chaleur les ayant durement éprouvés, sûrement autant que moi…

En attendant, rafraîchissez-vous!!

Le rendez-vous des parfums culottés

Il a fait chaud ces derniers jours, et malgré le léger répit que semble nous accorder le ciel, il nous fallait un peu de légèreté. C’est l’été que diable ! Et puisque tout le monde raccourcit les pantalons et les chemises, l’idée m’est venue d’aller voir sous les jupes des filles (voir à quoi nos vies se résument…).

La petite culotte… Un accessoire sur lequel on pourrait converser longuement… Ce léger bout de tissu a repris du poil de la bête ces dernières années, malgré la concurrence dénudée du string, gonflée du shorty et cambrée du tanga.

Au moment de se vêtir, une femme ne sort pas tel ou tel modèle à n’importe quelle occasion, tant la petite culotte participe à la construction de l’humeur et à l’élaboration d’un jeu de séduction. Selon l’endroit, le moment, et la ou les personnes qui seront amenées à la voir, la belle ne choisira pas le même imprimé ou la même dentelle. Un nœud sur le côté, une matière fine, une surpiqûre… tant de raffinement doit être vu ! D’ailleurs la petite culotte est loin d’être un dessous ennuyeux ou grossier, elle sait mettre en valeur le derrière  parfois bien mieux qu’un autre sous-vêtement. En suggérant bien plus qu’elle ne dévoile, elle laisse entrevoir monts et merveilles, soulignant la chute de reins et flattant la rondeur de la fesse. Il serait dommage de s’en priver, son pouvoir mystérieux est hautement sensuel. C’est un accessoire qui parle de  l’humeur, du caractère, de l’état d’esprit. C’est le dernier vêtement que l’on enlève et souvent le premier que l’on remet, et avec lequel on se laissera observer, lascive et détendue. C’est un détail qui fera briller les yeux d’un amant et dont il se souviendra longtemps. De fait, une soirée en charmante compagnie ne saurait aller sans une petite culotte de choix et une fragrance justement accordée.

Nez Bavard se relance dans le plaisir des associations Parfums/Accessoires après un premier essai plutôt concluant ici. Dans le billet d’aujourd’hui, comme nous parlons de dessous et que ceux-ci sont rarement choisis par hasard, il me fallait trouver la correspondance juste entre le modèle, le moment et le parfum. Et voici le résultat…

Au théâtre : Invitée à la séance du soir puis à dîner, C. a décidé de passer une petite robe noire courte sur cette lingerie un brin rétro à l’allure polissonne. Les pois et le nœud trahissent son âge elle le sait, mais il faut de la douceur et de l’allure pour ce rendez-vous galant. S’accordant à ce lieu d’emphase qu’est le théâtre aussi bien qu’à la matière satinée de sa culotte, elle choisit Cologne du Soir de Maison Francis Kurkdjian pour sa douce rose poudrée et son empreinte légèrement datée d’encens et de benjoin. Un bouquet de volutes et de rondeurs s’échappe de son décolleté alors qu’elle claque la porte de chez elle. (Modèle : Agent Provocateur)

Sans lendemain : On ne sait pas trop qui est B. On sait juste que cette nuit elle a décidé d’envoyer au diable les interdits. Au bras de cet inconnu rencontré dans un bar branché avec des amis, elle se dirige vers le taxi qui les attend pour une destination inconnue. Sur la banquette arrière, dans la pénombre, les mains se cherchent, les regards se croisent et les bouches se rejoignent. Il y a 2 h, en se préparant, B. a choisit des dessous affriolants pour une soirée débridée et un parfum typé pour annoncer la couleur : Putain des Palaces d’Etat Libre d’Orange. Un parfum de luxure, tout en voluptés soyeuses et douceurs capiteuses. (Modèle : Agent Provocateur)

Rendez-vous dans les prés : Il est 17 h au pied du chêne. Le pré est recouvert de hautes herbes folles, déjà décolorées par le soleil. Elles plient sous les ondes de la brise, tandis que la jupe blanche de M. se soulève à chaque souffle. Alors qu’elle lit allongée sur le ventre, le vent (meilleur ami de l’homme) donne à voir  aux yeux de son ami les détails de sa lingerie fine, perturbant ainsi toute tentative de concentration. Et comme pour mieux l’achever, il lui porte au nez les notes vertes et coumarinées de son parfum : Fleur de Narcisse de l’Artisan Parfumeur. (Modèle : Aubade)

Entre deux réunions : J. et son collègue se sont enfermés à l’improviste et à double tour dans un bureau. Tout le monde est parti déjeuner mais une importante réunion est prévue à 14 h avec des clients. Pressés par le temps, les tourtereaux rient aux éclats de leur situation burlesque et trottinent pour retrouver leurs dessous éparpillés sur les meubles. Ils s’échangent des regards amusés, l’une replaçant sa jupe et l’autre resserrant sa cravate.  Avant de sortir, le complice pose sa tête sur les seins parfumés de la dame et inspire une bouffée duveteuse et lactée de Sensuous d’Estée Lauder, comme pour se donner du courage. (Modèle : Simone Pérèle)

Avant de sortir : Ce soir, F. et son mari sortent pour un dîner en ville. Au sortir de la douche, elle prend tout son temps pour se préparer, flânant en petite tenue, ne prêtant pas l’oreille aux protestations de son cher et tendre. Il affirme, en lorgnant sur les motifs délicats de sa lingerie, que tant de nonchalance avant un dîner sérieux n’est pas acceptable… La mignonne lui répond en vaporisant sur son cou de gazelle le N° 22 de Chanel, se plongeant avec délectation dans son nuage cosmétique et spirituel, avant de déposer du noir sur ses yeux. (Modèle : Aubade)

De 5 à 7 : S. est allongée nue sur le lit d’une chambre d’hôtel luxueuse. Son amant, qui s’est débrouillé pour la voir un peu plus tôt cette fois-ci, dépose un dernier baiser dans son cou, il va bientôt partir. Il profite un dernier instant des effluves érotiques de sa peau, avant de rentrer chez lui retrouver son épouse. En reboutonnant sa chemise, il la complimente sur ses dessous comme à chaque rencontre, et sur son parfum dont il ne se lasse pas, qu’elle porte si bien. Le Musc Ravageur par Maurice Roucel pour Les éditions de parfums Frédéric Malle distille son empreinte sensuelle de musc, d’ambre et de vanille dans l’esprit des deux amants qui se quittent, les yeux mouillés, jusqu’à la prochaine fois… (Modèle : Aubade)

Soirée costumée : Derrière les masques à plumes et les volants de couleurs, les convives observent le raffinement des costumes. I., dans son habit de comtesse en velours, s’amuse de savoir qu’elle porte des dessous baroques aussi rouges que les pans de sa robe. La soirée va bon train, et les parties de colin-maillard amusent l’assemblée. Attrapée dans les bras du damoiseau aux yeux bandés, il lui vole un baiser, avant de lui susurrer à l’oreille : « Vos lèvres sont aussi douces et gourmandes que votre parfum, Madame ». La jeune femme rougit et agite son éventail, disséminant un peu plus les fraises gorgées d’ambre, de vanille et de cuir d’Ambre à Sade de Nez à Nez. (Modèle : Chantelle)

Les acteurs de l’industrie du parfum : schéma expliqué

Retrouver cet article ici : http://poivrebleu.com/2010/05/28/les-acteurs-de-lindustrie-du-parfum-schema-explique/

Cliquer sur l’image pour l’agrandir. Les corrections apportés à l’article par les commentaires sont entre parenthèses et les précisions apportées en vert.

Par la lecture des sites de mes confrères et par les commentaires laissés sur ce blog, j’ai pu remarquer que la plupart des lecteurs de blogs-parfums sont des amateurs déjà bien avertis, ayant une vision assez claire du fonctionnement de l’industrie du parfum.

Cela dit, j’ai aussi pu constater à plusieurs reprises lors des rencontres que j’ai pu faire, que les choses ne sont pas claires pour tout le monde et que beaucoup de flou subsiste sur la façon dont fonctionne tout ce petit monde. Voilà pourquoi je vous propose aujourd’hui une représentation schématique de l’agencement des différents acteurs de la parfumerie, ainsi qu’une explication de la manière dont ils interagissent les uns avec les autres.

Gardez en tête que ces explications et ce schéma ne prennent pas en compte toutes les parties prenantes mais qu’ils permettent d’éclairer un peu la situation. J’ai volontairement ignoré les éléments relatifs au flaconnage qui ne concerne le parfum que dans un 2e temps, et n’ai pas fait de recherches sur le sujet.

IFRA : International Fragrance Association. Il s’agit de l’organe de régulation de la parfumerie, reconnu partout dans le monde. Son rôle est de contrôler les matières premières entrant dans la composition des parfums. Il édite régulièrement des directives (amendements) servant à mettre à jour les standards d’utilisation des matériaux odorants. Les tests scientifiques permettant de publier ces amendements sont menés par une entité rattachée à l’IFRA, il s’agit du Research Institute for Fragrance Materials (RIFM). En fonction des résultats issus des recherches de cet organisme, l’utilisation de certaines matières peut être interdite, réduite ou faire l’objet d’une spécification.

Par exemple, l’extrait d’ylang ylang ne peut être utilisé à plus de 0,8% dans une formule de parfum. Comme l’ont précisé Uella et Jeanne dans les commentaires, il faut savoir que les activités de l’IFRA sont impulsées par les fournisseurs de matières premières qui cherchent à devancer les possibles interdictions.

Vous trouverez sur les blogs-parfums de nombreux débats ayant eu pour origine les directives de l’IFRA que les marques de parfum se sont engagées à respecter. Ici, , et là encore

Les fournisseurs : Il s’agit ici les fournisseurs de matières premières, les laboratoires qui fabriquent les essences naturelles et synthétiques qui entrent dans la composition des parfums. Ces laboratoires sont plus nombreux qu’il n’y paraît, cependant, comme dans toutes les industries, il existe de grandes structures mondiales. Les plus connues sont les suivantes : Givaudan, Firmenich, Symrise, IFF, Tagasako, Robertet

Ces entreprises ne se contentent pas de vendre aux marques les matières premières. En effet, contrairement à une idée assez répandue dans le grand public, la conception des formules de parfum n’est généralement pas du ressort des marques mais bien des laboratoires, au sein desquels travaillent les parfumeurs. A l’exception de quelques maisons de parfumerie qui emploient un parfumeur unique comme c’est le cas pour Chanel depuis de nombreuses années (Jacques Polge), pour Guerlain depuis peu (Thierry Wasser) et bien sûr pour Hermès (Jean-Claude Ellena), le nom derrière les parfums Givenchy ou encore Yves Saint-Laurent varie selon le jus. (Classique de Jean-Paul Gaultier a été composé par Jacques Cavallier travaillant chez Firmenich et Le Mâle par Francis Kurkdjian travaillant à l’époque pour Quest (Takasago)).

Les grandes maisons de parfums : Ce sont elles qui sont chargées en grande partie de concevoir l’offre globale du produit, ce que l’on appelle le marketing-mix dans le jargon, celui-ci désignant l’ensemble des décisions qui sont prises en terme de prix, de publicité, de distribution et de produit.

Prenons un exemple : Les parfums Gucci décident de lancer un nouveau parfum. Les équipes marketing de Gucci rédigent ce que l’on appelle un brief, contenant les informations principales sur la direction que doit prendre ce parfum : cible marketing, univers olfactif ou famille olfactive… Il peut prendre des formes très diverses, du format papier au format vidéo, sonore, tout est bon pour susciter l’inspiration. Il est ensuite envoyé aux laboratoires avec lesquels Gucci a l’habitude de travailler. Les équipes d’évaluation des laboratoires travaillent sur le projet et présentent à Gucci plusieurs essais. C’est ensuite au client de décider avec quel fournisseur il va travailler pour la suite de l’élaboration du produit (Ajout 29 mai : Il faut ici comprendre que si Gucci a contacté Givaudan et Firmenich pour travailler sur le nouveau féminin de la marque, Gucci choisira pour la suite du projet un seul fournisseur, celui qui aura le mieux répondu à ses attentes et qui lui aura fait les ou la meilleure proposition, ce qui arrive généralement en fin de projet). Les équipes de chaque côté se rencontrent régulièrement tout le long du processus et aussi longtemps que la marque le souhaitera puisque c’est elle qui décide de la deadline. Cela dépend évidemment de l’ampleur du lancement (une nouveauté importante, un flanker…) et du budget qui lui est alloué.

Lorsque le parfum est finalisé, le fournisseur vend à son client (la formule et) le parfum en concentré sous les diverses formes commandées (extrait, eau de parfum, eau de toilette). Les usines de la marque se chargent ensuite de la dilution et de l’embouteillage.

Les petites maisons de parfum : Le cas des petites maisons est un peu différent puisqu’elles se fournissent aussi chez les laboratoires comme les marques mainstream, en revanche il est beaucoup plus fréquent de voir ces maisons travailler avec des parfumeurs indépendants, ou dans un rapport plus étroit. La collaboration est moins normée. La question du brief est moins présente, et bien que le client puisse formuler des attentes, le travail du parfumeur est généralement plus libre. C’est le cas chez Frédéric Malle qui travaille avec des grands noms de la parfumerie mais en leur laissant une liberté totale. Les parfums By Kilian sont presque tous élaborés par Calice Becker, L’Artisan Parfumeur emploie aujourd’hui son parfumeur-maison en la personne de Bertrand Duchaufour. En tout cas, la conception du parfum est interne à l’entreprise du client, qui fait appel aux services du parfumeur : il fait presque partie de l’entreprise pour un temps.

Les consommateurs : Et tout cela arrive ensuite sur les étagères des parfumeries et des boutiques de chaque marque pour vous et moi.

Voilà ! J’espère que les choses sont un peu plus claires désormais, il y a pas mal de détails sur lesquels je ne me suis pas attardée pour ne pas compliquer la présentation. N’hésitez pas à poser des questions !

Reproduction de tout ou partie de cet article interdite sans demande préalable (Texte et image)

Thierry Mugler : Womanity – La facette sucrée

Le 5 mai dernier, Thierry d’Olfactorum, Sophie de My Blue Hour et moi-même avons pu découvrir Womanity et sa curieuse construction autour de la figue, du caviar et du bois de figuier. Pour vous offrir nos 3 visions tout en partageant à chaque fois quelque chose de différent avec vous, chacun de nos blogs vous présentera une facette du parfum. Le caviar (facette salée) ici, le bois (facette boisée) ici et la figue (facette sucrée) ici-même.

La maison Thierry Mugler est de ces maisons dont on attend avec une réelle impatience les lancements parfums. Elle est jeune, dynamique, inventive : de l’univers futuriste de son créateur, ses parfums ont retiré une dimension résolument moderne et ancrée dans la technologie. D’ailleurs, avant même de savoir si Womanity me plaisait, j’avais déjà une petite idée des qualités qu’il devrait présenter pour me convaincre :

  • Une empreinte d’avant-garde dans l’habile utilisation de nouveaux matériaux « à effet », qui eux aussi peuvent être sublimés (On a vu l’exemple dans Alien avec le cashmeran, un bois de synthèse très velouté)
  • Une sensation de qualité (texture, corps, rémanence).
  • Un réel sentiment de nouveauté (A-t-on déjà senti cet assemblage autre part ?).
  • Et une cohérence d’ensemble. Ce nouveau lancement devait apporter une nouvelle lumière à l’image de la maison, mais toujours en accord avec les lignes existantes.

A l’arrivée, je ne fus pas déçue. Ce jus est résolument dans la continuité des premiers lancements. Les matières qui ont été travaillées l’ont été jusqu’au bout : on le sent aux effets que le parfum développe sur chaque peau, parfois plus sucré, parfois plus boisé, mais aussi salé. Womanity reprend les codes importants de la marque (aspect sucré, boisé, moderne), mais apporte à l’image des parfums Thierry Mugler une nouvelle dimension, et ouvre à mon avis une nouvelle porte pour l’avenir des créations.

La figue sert de base à la construction de la note sucrée : à l’ouverture elle est juteuse, verte, un peu acide. Le temps avance et elle mûrit sur la peau, sa dimension sucrée se révèle et elle se fait plus confite : un peu collante, plus parfumée, plus chargée. Ici, la note de la figue a été obtenue par un nouveau procédé d’extraction au gaz, développé par Mane, ayant permis de reproduire de façon fidèle l’odeur d’une belle figue mûre, fraîchement coupée. Et à ce beau fruit réaliste se rajoute une note lactée onctueuse, à l’ouverture du cœur, donnant au parfum un aspect très gourmand, comme un sirop épais. Si bien que je décrirais cette note comme celle d’une belle figue mûre, plongée dans un bol de lait. Et cette évocation a, comme dans Angel, un côté ludique. Pour moi, elle est associée à l’été, aux fruits que l’on cueille sur l’arbre pour en faire des confitures et dont une grande partie aboutit dans notre bouche par pure gourmandise et impatience.

Comme dans tous les parfums Mugler, la dimension sensuelle est bien présente dans ce parfum. Dans les premiers temps, elle pourrait paraître plus discrète ou en tout cas moins affirmée que dans les précédents opus. En même temps, il est vrai que la bombe de sensualité restera toujours Alien pour moi, avec son cashmeran cotonneux et son puissant jasmin charmeur. Mais Womanity présente les choses sous un autre angle, plutôt intéressant. Sa sophistication est plus naturelle, plus nude et plus près de la peau (bien que le sillage soit présent). Cette sensualité est celle d’un large sourire offert par une bouche pulpeuse posée sur un visage au regard taquin. Elle s’appuie sur le vent iodé de la luxueuse note caviar et la base texturante de la note boisée.

Je dirais que ce lancement a comblé mes attentes : je suis heureuse de la prise de risque que la marque a osé prendre avec cette création, prise de risque que nous ne rencontrons plus beaucoup en ce moment en parfumerie… Et je ne suis pourtant pas une grande amatrice des notes fruitées. J’ai cependant été surprise de lui trouver ici un réel intérêt : grâce à la reconstitution réaliste de la figue, l’évocation du fruit est saisissante et donne alors au parfum une vraie saveur. Ce travail est intéressant dans un parfum, puisque les « saveurs » sont habituellement réservées au domaine du goût, et Thierry Mugler est une des maisons qui cherche d’ailleurs à innover dans ce domaine, ce dernier lancement en est un exemple. Comment évoquer une saveur (acide, amer, sucré, salé) dans un parfum ? Si le sucré est une saveur devenue assez galvaudée, le salé, lui n’avait jamais été exploré en tant que réelle évocation, mais vous en saurez plus en allant lire Olfactorum !

Womanity est le deuxième opus dans lequel Thierry Mugler excelle dans le domaine du gustatif…

A découvrir à partir du mois de juin sur internet, puis au mois d’août en diffusion mondiale.

Penhaligon’s : Amaranthine par Bertrand Duchaufour

Amaranthine est un parfum que j’ai aimé dès les toutes premières secondes. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi, car aucune image particulière ne me venait à l’esprit comme cela m’arrive souvent avec bon nombre de ses confrères. Mais là, rien de tout cela.

J’ai alors pris le parti de construire ces images moi-même et me servir de cette non-association visuelle pour marquer dans ma mémoire les lieux, les ambiances et les moments que je vis actuellement : un peu à la manière d’Andy Warhol. Il faut savoir qu’en ce moment, je vis à Barcelone et que depuis mon arrivée ici, je n’avais pas de parfum « attitré ». J’ai trouvé très intéressante l’idée d’associer des moments particuliers et épisodiques de la vie à un parfum particulier. La puissance évocatrice de l’odorat étant en effet ma meilleure alliée pour être sûre de ne pas perdre une miette de mon passage dans cette ville.

Les jours passent et l’histoire d’Amaranthine et la mienne se gravent de concert dans ma mémoire : les soirs de balade à la fraîche ; les après-midi enivrants de beau temps, la tête à l’ombre et un livre de Murakami sous les yeux ; la brise à l’odeur de mer au parc de la Ciutatdella… Ronde, chaude, souriante comme le soleil, Amaranthine m’appartient enfin. Si j’avais par moi-même pu reconnaître une partie des notes, j’ai attendu un long moment avant d’aller consulter une liste plus complète, de peur de faire disparaître le plaisir que j’avais à me glisser le matin dans mon « gant de beauté ». J’étais séduite. Lorsque j’ai pris connaissance des notes, j’ai compris que mes craintes étaient fondées : la magie n’opérait plus, ou mal, comme une recette de cuisine pas vraiment ratée, mais pas vraiment bonne. J’ai alors décidé de les ranger au fond d’un placard, pour continuer de vivre mon aventure avec cette fleur blanche à la taille souple, à la peau douce et au regard piquant. Chaque instant devient une petite éternité que je range dans les tiroirs appropriés de ma grande bibliothèque mémorielle, tous liés par le même fil conducteur.

Cette expérience m’a fait comprendre une chose : l’émotion n’a pas besoin d’être traduite. Que ce soit en musique, en peinture, ou en parfum, il faut parfois ne pas chercher à disséquer une œuvre, à lui chercher une quelconque armature ou à en connaître les secrets. Amaranthine est une réussite car il offre une perception globale, un ressenti puissant et une sensation nouvelle qui fait terriblement plaisir (et beaucoup de bien).

Un grand bravo à Bertrand Duchaufour pour ce parfum d’auteur touchant et un grand merci à Thierry pour m’avoir aidé à retrouver l’inspiration!

Et puisque M. Duchaufour en parlera mieux que moi, je vous encourage à regarder la vidéo que voici.

Les résultats du Grand Prix du Parfum sont tombés… Des réactions ?

Et voilà ! (cliquez pour consulter la page officielle des résultats)

Le Grand Prix du Parfum 2010 a couronné :
• meilleur parfum féminin : Ricci Ricci (Nina Ricci)
• meilleur parfum masculin : Jamais le dimanche (Ego Facto)
• meilleur parfum en distribution sous enseigne propre : So Elixir (Yves Rocher)
• meilleur flacon féminin : Ricci Ricci (Nina Ricci)
• meilleur flacon masculin : Only The Brave (Diesel)
• meilleure communication : Miss Dior Chérie L’Eau (Dior)
• Prix Marie Claire : Eau de gentiane blanche (Hermès)
• Prix des parfumeurs : La XIIIe Heure (Cartier)
• Prix des spécialistes : La XIIIe Heure (Cartier)
• Coup de foudre lectrices Marie Claire : Idylle (Guerlain)

Après quelques 3 865 votes sur le site de la Fragrance Foundation France et celui de Marie-Claire, le grand public a décerné les 7 prix qui étaient ouverts aux votes. En face, 4 autres prix ont été décernés par 4 jurys de professionnels et amateurs avertis.

Nez Bavard, qui, avec ses confrères d’Olfactorum, de Grain de Musc et d’Ambre Gris, a du tenir sa langue jusqu’à hier soir est ravi de vous apprendre que La Treizième Heure de Cartier a remporté le Prix des Spécialistes. Il est intéressant de voir que le Prix des Parfumeurs a lui aussi été décerné à La Treizième Heure… Julien évoquait, dans un commentaire précédent, le besoin d’un prix de connaisseurs, qui pourrait par le vote aiguiller vers une création nouvelle et originale, méritant d’être découverte. Je pense que c’est désormais chose faite !

Loin de moi l’envie de minimiser l’importance et le poids des 7 prix décernés par le grand public, mais je ne peux m’empêcher de relever le décalage très sensible qui existe entre les parfums que les professionnels ont récompensés (à noter que le jury des spécialistes était composé de bloggeurs, d’évaluatrices et de journalistes spécialisées) et ceux récompensés par le grand public. Souvent dans mes discussions, j’évoque la confiance que j’ai en la parfumerie grand public, la certitude que j’ai dans l’idée que cette parfumerie a encore et aura toujours de belles choses à nous offrir… Mais les résultats se font attendre, et malgré une lueur d’originalité dans l’élection de Jamais le Dimanche d’Ego Facto, je ne vois pas grand chose d’autre.

Je respecte, encore une fois, le travail des parfumeurs qui ont vu leurs créations récompensées par le grand public, mais je ne peux partager entièrement l’enthousiasme qui régnait hier soir à la soirée de remise des prix. J’ai l’impression que l’on tâtonne, que les regards sont voilés, que tout le monde a peur.

Peut-être suis-je trop négative ? Et vous, que pensez-vous des résultats ?


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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