Posts Tagged 'artisan parfumeur'

Investigations en terre masculines II

L’Artisan Parfumeur : Fou d’Absinthe (encore L’Artisan!?? Oui, oui… encore)

Fou d’Absinthe créé en 2006 par Olivia Giacobetti (fidèle à la maison) marqua l’arrivée chez l’Artisan de la première Eau de Parfum pour un « masculin » présenté comme tel. A la description des notes, on s’attend à des notes assez fraîches et aromatiques, un charmant cocktail pour les séducteurs. Résultat, nombreuses sont les femmes qui portent et achètent pour elles-mêmes le Fou d’Absinthe.

Ce parfum porte bien son nom, car comme le breuvage, ses accents de départ sont presque saoulants, comme peut l’être une eau-de-vie. Cela vous réchauffe tel un verre de liqueur et vous désaltère comme un verre de pastis. « Fou d’Absinthe pour vous servir Madame! »

Les premières gorgées sont comme une accélération brutale et puis l’instant d’après, lorsque l’on reprend ses esprits, arrivent les senteurs fraîches des plantes : absinthe (et son amertume), laurier, anis, menthe. Ces plantes bien que très rafraîchissantes, semblent s’enflammer sur la peau et diffuser une odeur sourde de fumée qui s’échappe d’un feu (pour aller nourrir les dieux). Pendant que se consume le feu, les parfums des bois de patchouli et de cèdre fusent eux aussi. Mais plus que tout, c’est la douceur de la sève de pin, le piquant, le sec de ses aiguilles et la blancheur de son bois qui vous transportent dans une forêt où chacun de vos pas réveille une odeur merveilleuse. L’aspect mentholé et anisé du parfum est légèrement sucré, comme un sucre parfumé d’une goutte d’eau de mélisse, mais seulement pendant une petite heure. Le contraste chaud-froid ne disparait jamais, et pour peu que la brise se lève, en fermant les yeux, on se croirait à la campagne dans les Landes. Enfin, pour que le fond soit des plus fins, les épices (poivre, muscade, clou de girofle) sortent et apportent la touche finale à ce breuvage.

Fou d’Absinthe s’apprécie effectivement comme un alcool fin, parfumé et délicat, et bien que son évolution soit plus lente sur la peau qu’en bouche, il a réellement cet aspect puissant et dense du spiritueux. J’en profite tout de même pour vous rappeller que l’abus d’alcool est dangeureux pour la santé. La pose moralisatrice étant passée, je peux vous dire que par les temps d’été, si vous n’avez pas la chance de partir, porter ce parfum sera un puissant outil évocateur pour vous permettre un peu d’évasion en moins de 30 secondes.

Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur et grands magasins, 50 et 100ml, 70 et 100€

L’Artisan Parfumeur : Dzongkha

Entre Dzongkha et Nez Bavard la passion est née… Le ravissement est total, le charme opère et atteint avec une incroyable justesse tous les recoins de l’âme qui succombe. Qui d’autre que Dzongkha vous parle aussi bien, vous fait rêver d’aventure chaque minute, vous montre que vous êtes unique et vous assure que vous vivez une histoire différente de toutes les autres avec lui ? Oui, c’est vrai, peut-être qu’il aura fallu un peu de temps pour vous connaître et vous comprendre… Mais une fois que la vérité saute aux yeux, la foudre tombe, la passion se déchaîne dans votre ventre et tout ce que vous vivez devient plus coloré, la seule chose dont vous rêvez désormais est de rester nuits et jours aux côtés de votre bien-aimé.

Voici les mots qui me viennent pour décrire ce chef d’oeuvre de L’Artisan Parfumeur. Dzongkha désigne le dialecte tibétain qui est la langue officielle au Bouthan, petit pays posé en haut des montagnes himalayennes entre la Chine et l’Inde. Composé par Bertrand Duchaufour à l’occasion d’un voyage effectué dans ce pays, il est le 3e opus de la séries des « Odeur volée par un parfumeur en voyage ». Bien que ce parfum retrace une ambiance que je ne connais pas, et parle d’un pays que je n’ai jamais visité, il me semble que je raconte une histoire personnelle avec cette fragrance, plus qu’avec d’autres. C’est vrai avec tous les parfums, le porteur est l’ingrédient final qui donne vie à la composition. Mais rarement le langage d’un parfum a été aussi clair à mon esprit. Il parle du corps avec ses accents puissants de cuir, de l’esprit avec l’encens, de la nature avec ses touches boisées et épicées qui semble imbiber votre chair comme si votre corps étaient fait de tous ces éléments.

Le départ surprend par l’aspect aiguisé de ses premières notes, une cardamome fraîche et piquante, rattrapée l’instant suivant par les volutes de thé noir fumé et d’encens. Et puis cette chaleur, cette chaleur sèche qui ne cesse de vous envelopper tantôt boisée (cèdre, vétiver) tantôt cuirée, tantôt épicée… Cette chaleur est légèrement radoucie par la présence de l’iris, qui jette un léger voile entre l’âtre brûlant du coeur de Dzongkha et votre nez. Cependant, ne nous méprenons pas, Dzongkha n’a absolument rien d’un parfum lourd, épuisant et difficile à porter. Le temps doux le sublime dans tous ses aspects mais il n’est pas à proscrire par temps chaud car ses notes bien qu’enveloppantes n’ont rien d’étouffant et d’opaque. La sensation qu’il procure lorsqu’on le porte est très particulière si bien qu’on y revient toujours assez régulièrement.

Disponible en grands magasins et boutiques l’Artisan Parfumeur, 50ml et 100ml (65 et 90€)

Mercredi… c’est patchouli!

« Comment? Vous ici? Encore! Mais enfin Patchouli, quand allez-vous nous laisser un peu de répit? « 

Au menu de ce mercredi 16 avril : On prend les mêmes et on recommence. Ou presque. En entrée, Nez Bavard vous propose du fenouil, accompagné de Patchouli bien sûr et de muscs blancs. Le plat du jour se compose d’osmanthus, d’iris, de patchouli encore et de muscs. Enfin en dessert : vétiver, santal, patchouli toujours et muscs aussi. Le restaurant s’appelle Patchouli Patch et le chef n’est autre que l’Artisan Parfumeur… Nous célèbrerons ici l’époque glorieuse de l’Artisan Parfumeur, qui en 2002 nous avait offert avec ce parfum un vrai beau patchouli dense et moderne. Vous vous souvenez peut-être de Voleur de Roses de la même maison, un autre patchouli absolument magnifique datant de 1993 mais complètement différent qui me fait mourir de plaisir chaque fois que je le sens. Mais revenons à nos moutons. Patchouli Patch est, comme je le disais, un soliflore réussi sur ce thème mais plus original qu’il n’y paraît.

Cette fois-ci encore, on a bien le côté humide, mais sous un aspect un peu plus surprenant que d’habitude. Habituée à une senteur « tapis de feuilles mortes », j’ai ici l’impression de sentir l’odeur de l’argile qui se mouille quand la pluie commence à tomber, du chemin blanc surchauffé qui exhale aux premières gouttes d’eau une odeur magnifique de poussière humide… La feuille est dans un élément et une interprétation peu courants, mais on reconnait très bien la note et on la distingue du reste, ce qui n’était pas le cas avec l’essai d’hier. J’admire beaucoup ici le travail de qualité sur la matière, à la fois audacieux et juste. On retrouve une petite histoire de la parfumerie patchoulitée dans cet opus : une identité hippie en sourdine avec un aspect encens – fumée dense ; un stade gourmand avec un accord rond et une petite touche chocolat noir ; et enfin une image moderne du patchouli qui se fait poussiéreux (presque poudré), grisonnant, s’alliant avec une sensation plus aérienne et transparente (les muscs sûrement).

Tout le long de l’évolution, on a un patchouli qui s’affirme et qui se maintient à un haut niveau (la bonne qualité de la matière ne fait nul doute). Un petit bémol cependant, le stade humide si particulier ici, est un peu court, et dérive vite sur un rendu plus chaud et plus sec. Mais le plaisir reste grand tout de même. Ce parfum surprend agréablement celui qui le porte, même pour ceux qui sont des familiers de la note. Ici encore, on peut sentir combien notre ami Patchouli parle avec des accents de toutes sortes, si bien que parfois il est difficile de le comprendre. Mais on ne lui dira rien parce qu’on l’aime beaucoup…

L’Artisan Parfumeur : Passage d’Enfer

Il était temps! Je l’aurai attendu ce jour où, enfin, je me suis décidée à prendre la plume pour parler de l’une de mes plus grandes révélations : Passage d’Enfer. Un parfum découvert en une occasion particulière, à un moment particulier et qui fut lourd de conséquences par la suite (mais en bien). Alors avec un nom pareil, on ne peut plus croire au hasard. Même si ça fait bien longtemps que je n’y crois plus.
Pour la petite histoire, Le Passage d’Enfer est une voie du 14e arrondissement à Paris (qui doit son nom à l’ancienne dénomination du boulevard Raspail : le boulevard d’Enfer), où se situait l’ancien siège social de L’Artisan Parfumeur. Le parfum fut créé à la fin de l’année 1999 pour célébrer le passage à l’an 2000. Le nom a naturellement inspiré le choix du thème de ce parfum : l’encens. Olivia Giacobetti, qui a beaucoup travaillé avec L’Artisan Parfumeur, en a fait un parfum mystique, sacré et religieux dans l’odeur et dans les faits (pour moi). Rose, encens, bois d’aloès, cèdre, lys, santal, benjoin, muscs.

Le mot encens fut emprunté au latin ecclésiastique : incensum, désignant une matière brûlée en sacrifice. Chez les Romains ont l’appellait thymiama, à rapprocher de deux racines grecques, thuos qui évoque l’idée de parfum et d’offrande, et thuien qui se rattache à la notion de sacrifice. L’origine du mot nous montre bien à quel point l’utilisation de l’encens est liée aux pratiques religieuses. Il est utilisé depuis la plus haute antiquité dans les cérémonies pour ses fumées dont les dieux, dit-on, étaient friands. De même son usage fut longtemps réservé à ces pratiques, car il était considéré comme sacré. Un passage de L’Exode (XXX : 34-37) est intéressant à noter. L’Eternel dit à Moïse

 » Le parfum que tu fais là, vous n’en ferez pas pour vous-même de même composition. Il sera saint pour toi, réservé à Yahvé.
Quiconque fera le même pour en humer l’odeur sera retranché de son peuple. »

L’encens est une résine obtenue à partir d’incisions pratiquées sur l’écorce d’un arbre appellé Boswellia, originaire d’Oman. Il est aujourd’hui cultivé au Yémen, en Somalie et en Inde.

Pour ma petite histoire à moi, j’ai découvert ce parfum à l’occasion de L’Atelier du Parfum, chez L’Artisan Parfumeur, auquel j’ai participé le 18 novembre 2006. Un atelier qui s’est déroulé dans le plus pur esprit de la maison, ludique, simple et agréable. Esprit qui semble prendre un tournant dangereux dont je parlerai une autre fois. Cette matinée a été le point de départ d’une série d’événements marquants dont la création de Poivre Bleu fait partie.
Ce matin-là à 10h, j’étais une jeune fille candide, qui n’avait guère senti d’autres choses que du Dior, du Lancôme ou du Yves Saint Laurent. A 10h30, je sentais des matières brutes à l’aveugle et me rendais compte (avec plus ou moins de surprise) que les parfums n’étaient pas faits que d’agrumes, de fleurs et d’herbes, mais aussi des odeurs bizarres de poivre, de patchouli, de civette (pouah!), d’encens ou encore de mousse de chêne (quelle drôle d’idée!). A 11h on faisait une pause autour d’un thé, et je contenais mon émerveillement de peur de paraître naïve. Mais déjà mon nez devenait fou de tout ce qu’il sentait, que de changement en une heure! Nous avons ensuite repris sniffage et discussions pendant encore une heure et demie. A 12h30, nous redescendions dans la boutique pour flâner autour des créations de L’Artisan. C’est là que le tournant s’est effectué. J’ai senti avec intérêt et curiosité des parfums que j’aurais, deux jours plus tôt, qualifiés de « puants » : Dzongkha, Voleur de Roses, Poivre Piquant et … Passage d’Enfer. En m’approchant de celui-là, la formatrice me dit (hasard ou pas) : « Tiens! Celui-ci vous irait bien! » Et alors, elle a parfumé mon pull, ma veste et le dos de mes mains avec. Un autre aurait tout aussi bien pu faire l’affaire, mais non, c’est Passage d’Enfer qui s’est chargé de graver dans ma mémoire cette matinée avec son ambiance magique et ses émotions grisantes, et je ne peux m’empêcher de me dire que le nom du parfum et son odeur de sacré ont quelque chose à voir avec la transition qui s’est opérée à ce moment là.

A 13h, je suis sortie bouleversée, excitée, je marchais trop vite, les yeux ouverts trop grands, rue de l’Amiral Coligny, par cette journée magnifique et froide. J’avais l’impression qu’un pas de plus et je m’envolais, je pensais à 10 000 choses en même temps. Vite! Il fallait rentrer, ressentir à nouveau, repartir, redécouvrir, surtout ne plus jamais s’arrêter. Et sur le chemin du retour, entre Louvre-Rivoli et La Porte d’Orléans, j’étais entourée dans le voile gris, translucide et clair de Passage d’Enfer. Je sentais frénétiquement le dos de ma main en pensant : « C’est terrible… Terrible! »
Depuis, sentir et mettre ce parfum me replongent chaque fois dans cette ambiance et ces émotions si particulières où j’ai la sensation que tout est possible. C’est devenu mon petit rituel sacré à moi, chargée de son odeur lumineuse et pénétrante d’encens posée sur ses coussins de muscs.
Outre le fait que pour moi, ce parfum est chargé d’une symbolique très particulière, c’est l’une des plus belles créations de l’Artisan Parfumeur, magnifiquement orchestrée par Olivia Giacobetti, qui exprime à la fois l’audace, la simplicité et la charge émotionnelle de cette maison.

Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur, 100ml/85€ 50ml/60€

Sources : Wikipedia, artisanparfumeur.com, OsmoZ, FlickR

L’Artisan Parfumeur : Voleur de Roses

Un orage vient de passer sur Paris. Sur mon poignet se trouve Le Voleur de Roses de L’Artisan Parfumeur. Qui aurait pu imaginer meilleur moment pour analyser ce parfum? Voleur de Roses est l’un des plus beaux patchoulis que j’aie jamais senti. Même le Patchouli Patch de la même maison ne lui est pas comparable. Car Patchouli Patch est certes quasiment pur, mais il est plus rustique que Voleur de Roses, qui à la rusticité a marié l’élégance.
C’est un parfum que l’on n’aime pas forcément du premier coup. La première fois que je l’ai senti, je l’ai trouvé trop atypique, une note originale, mais que je ne me voyais pas du tout porter tant il me rappelait l’odeur des tapis humides de feuilles mortes. Il y avait aussi cette sensation vineuse et rouge, pas vraiment adaptée à un parfum me semblait-il… Puis un jour j’en ai reparlé avec une collègue qui avait eu pour ce jus un coup de coeur foudroyant. L’ayant ressenti sur elle, ma curiosité s’est réveillée, il lui donnait une belle présence; fraîche et confortable.

Voleur de Roses vaporise (au sens propre) une ambiance autour de lui. Il n’est pas excessivement travaillé et ne se décline pas en une interminable succession de facettes. Alors je l’ai essayé. Quand on le met, on respire une bouffée d’air frais dans un sous-bois à l’automne, puis on trempe les lèvres dans un verre de bordeaux. Quand les notes rosées se dissipent, le patchouli nous habille telle une étole de velours rouge pourpre. Un contraste frais-chaud se met alors en place et ne vous quitte plus : une impression juteuse de pêche de vigne relevée par une sorte de touche cacao-boisée (chocolat noir, d’ailleurs bien plus présente dans Patchouli Patch) apportée par le patchouli. La composition est plutôt minimaliste : notes rosées fraîches/Prune/Feuilles de Patchouli/Patchouli. Finalement, c’est le rapprochement avec le vin qui lui donne pour moi son élégance insoupçonnée, et bien qu’il soit classé dans les masculins, il m’évoque une allure bien plus féminine que masculine.

Pendant un moment, j’ai pensé que le patchouli à trop haute dose ne m’allait pas. Je n’ai pas du tout aimé Euphoria de Calvin Klein dont la note patchouli-glucose surdosée m’avait écoeurée. Même sensation avec Patchouli de Réminissence, probablement l’un des plus connus, qui prenait des accents un peu vulgaires sur ma peau. J’avais ensuite essayé Angel de Thierry Mugler qui ne m’a pas déplu, mais je suis restée effrayée par ce bois jusqu’à ce que je porte Voleur de Roses et que je puisse admirer son évolution luxueuse sur la peau. Parce qu’en vérité, le véritable luxe d’un parfum, qui le démarque vraiment du reste, c’est une belle matière. Car une matière de qualité se suffit à elle-même, nul besoin de la travailler à outrance, de lui donner des accents trop marqués qui lui feraient perdre la richesse naturelle qu’elle détient déjà. Je ne veux pas dire par là que les parfums très construits, contenant de nombreuses matières, sont mauvais ou sans intérêt. Mais je ne boude pas la simplicité lorsqu’elle se présente et qu’elle est réussie. Voleur de Roses est sobre, c’est ce qui le rend si atypique.

Il est aujourd’hui une sorte d’évidence, il me fait, à peu de chose près, le même effet qu’Une Folie de Rose des Parfums de Rosine, je me sens bien, il me va, quels que soient le jour, l’heure, la saison.

Disponible en 50ml et 100ml dans toutes les boutiques L’Artisan Parfumeur et Grands Magasins.

Sources : Photos : Sous-bois : ecl.ac-orleans-tours.fr/clg-ernest-bildstein-gien/, Vin : http://www.la-cave-a-vin.fr, Flacon : http://www.lamurefavorite.com ; Basenotes

L’Artisan Parfumeur : Bois Farine

L’Artisan Parfumeur nous étonne régulièrement avec des créations atypiques et dépaysantes. Dans cet esprit, Jean-Claude Ellena a initié en 2003 le premier volet de la série « Odeur volée par un parfumeur en voyage » avec Bois Farine. Pour ma part c’est l’un des jus les plus surprenants que j’ai eu l’occasion de sentir dans la même veine que le 71 de Comme des Garçons. C’est un parfum qui ne se réveille que sur la peau et à qui il faut laisser le temps d’ouvrir ses fenêtres. Il ne s’adopte pas toujours dès la première inspiration, car son odeur semble un peu cuisinée. Du fait que sa note soit vraiment inconnue (en tout cas dans un parfum), c’est l’un des jus qui suscite le plus de commentaires divergents… Ce que je sens dans les premiers instants, c’est surtout la cacahuète ou le beurre de cacahuète. Difficile de s’imaginer sentir la cacahuète! Au bout de quelques minutes seulement, apparaît une odeur parfaitement indescriptible. Certains diront qu’on sent la farine, la pâte, le gâteau, le biscuit… Tout ça, c’est une peu trop cuisine pour moi.

Je ne peux pas renier la sensation « farine » du parfum, par farine j’entends : poudré, sec, dense et très fin ; un peu comme du talc. C’est vrai qu’on y retrouve ces odeurs familières, mais je préfère garder l’illusion de porter une odeur inconnue, infiniment douce et personnelle, comme si elle sortait de ma peau. Cette impression est notamment due au fait que Bois Farine n’est pas un parfum à sillage, il n’est ni opulent, ni élancé. Ce qui ne l’empêche pas d’être infiniment rond, de déposer sur la peau un voile de poudre que l’on pourrait presque sentir et enfin de donner une substance, une trame à la peau. Bois Farine est par excellence le parfum de confort, de réconfort, le parfum qui s’enfile et s’oublie. Il est comme un filtre adoucissant, un rideau blanc qui estompe la lumière dure du soleil.

Pour parler des matières premières, Bois Farine est donc avant tout le résultat d’un voyage effectué par Jean-Claude Ellena à l’île de la Réunion. Sur cette île pousse un arbre appellé le Bois de Senteur Blanc, dont les fleurs roses sentent la farine. C’est une espèce endémique de la Réunion, c’est à dire qu’elle ne s’est développée que sur cette île. Son nom scientifique est Ruizia Cordata dont les feuilles argentées sont particulièrement velues. On dit de cet arbre qu’il aurait un pouvoir magique et qu’il chasserait les mauvais esprits. C’est lui qui a principalement inspiré la création de Bois Farine dans lequel on trouve aussi des graines de fenouil, de l’iris, du bois de santal, du bois de gaïac, du bois de cèdre et des muscs. Même si l’apprivoisement peut être un peu long, une fois qu’on le connait, on résiste rarement longtemps à l’envie de se draper dans la douceur et le confort qu’il apporte. La signature de Bois Farine est différente sur chaque peau, c’est ce qui donne tellement l’impression que le parfum nous appartient, il se porte quand rien d’autre ne se présente, quand on a juste envie d’être soi, simple, d’humeur tranquille.

Sources : Basenotes, Wikipedia (photo B.Navez), http://www.flore-reunion.com, flickr(Photo des rideaux par tataAnne)

L’Artisan parfumeur : Safran Troublant II

Crocus Sativus, SafranVoici le deuxième billet consacré à Safran Troublant. J’ai en effet ressenti le besoin d’approfondir l’analyse de ce parfum exceptionnel. Je l’ai découvert en novembre 2006, il m’avait plu déjà à cette époque, mais comme j’ai eu l’occasion de développer mes connaissances et mes capacités olfactives, j’ai aujourd’hui une perception plus précise et cohérente de cette fragrance.
Tout d’abord, parlons de l’épice qui est au centre de ce parfum : le safran. Le safran est l’un des composants les plus chers au monde, plus que le caviar et la truffe. C’est une épice tirée d’une variété de crocus (crocus sativus), de la famille des Iridacées, originaire du Népal. Il est présent dans tout le bassin méditerranéen. Les parties extraites de la plante sont les stigmates, sorte de fils rouges au centre de la fleur. Après 48 h d’infusion, ceux-ci dégagent un parfum très agréable et puissant. La safran est très utilisé en cuisine, notamment dans la paëlla, pour son parfum délicieux et son action colorante. Il contient de la vitamine B2 et de la pro-vitamine A, on en extrait aussi une huile essentielle aux vertus sédatives.

Safran Troublant est un jus précieux dont la recette, vanille et safran, était déjà prescrite chez les Chinois et les Grecs. Son odeur est orientale, dépaysante et familière à la fois. Il offre une vraie sensation de velouté, comme les pétales presque velus d’une rose rouge sombre. Sa composition est très simple : rose rouge, muscade, safran, gingembre, vanille, bois de santal. Tous ces ingrédients apportent leur douceur, qui se retrouve dans le sillage du parfum, un sillage léger très proche de la caresse et de l’effleurement. Il dégage certes une impression crémeuse légèrement sucrée, mais on est loin d’une sensation lourde de gâteau ou de beurre fondu. Le caractère épicé est bien présent dans Safran Troublant, mais habilement contrebalancé par l’aspect laiteux légèrement poudré du bois de santal, la beauté radieuse de la rose, et la rondeur de la vanille.
Sa senteur est colorée, tantôt jaune comme le safran, tantôt rouge comme la rose. Il a sur moi un réel effet rassurant et calmant, car son évolution est stable : passée la giclée de rose rouge fraîche en tête, le coeur-fond est rapidement atteint : une atmosphère tamisée, une diffusion continue, douce et régulière. On ne trouvera pas chez Safran Troublant des stades d’évolution très marqués, c’est entre autres ce qui m’a plu dans ce parfum. Il arrive souvent qu’un parfum que l’on a vraiment aimé les 6 ou 7 premières heures sur notre peau, finisse par nous lasser ou nous déranger lorsque le dernier virage a été entamé, ce qui a été le cas pour moi, lorsque j’ai porté Songes d’Annick Goutal. Ici, rien de tel, l’odeur qui vous a séduite au bout de 15 minutes sera celle qui vous séduira au bout de 10 h. Cette stabilité est certainement due à la simplicité de la composition, ainsi qu’à la qualité et la beauté des matières utilisées. Comme souvent avec les parfums de L’Artisan Parfumeur, l’odeur qui émane de la peau semble très personnelle et unique.

Il se porte au plaisir, toute l’année, son odeur est réconfortante et reposante par temps froid autant que par temps chaud. Pour diffuser et faire tenir un parfum, on sait que les supports tels que la fourrure, la laine, la soie et le cachemire sont d’excellents fixateurs et diffuseurs, mais il y a aussi les cheveux. J’ai trouvé que Safran Troublant était un parfum particulièrement adapté pour une telle diffusion, il a la douceur d’une main qui passe dans les cheveux, et la chaleur du petit duvet que l’on trouve dans le cou. Ainsi, un léger nuage déposé sur la chevelure donne à ce parfum tous les éléments pour exprimer sa singularité et son naturel.

Sources : Basenotes, Wikipedia, OsmoZ


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

Archives

Poivre Bleu sur Twitter

Erreur : Twitter ne répond pas. Veuillez patienter quelques minutes avant d'actualiser cette page.