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Thierry Mugler : Alien

Retrouvez cet article ici : http://poivrebleu.com/2010/09/22/thierry-mugler-alien/

Voici à peu près 2 ans que je me tourne et me retourne le cerveau pour savoir comment rendre fidèlement hommage à ce parfum qui deviendra mythique et qui creuse son trou dans le paysage olfactif actuel, lentement mais sûrement. Alien c’est l’alliance d’une lumière, d’une texture, d’une atmosphère qui se partagent entre le présent et le futur. Cette sensation est bien sûr apportée par l’univers du créateur qui a toujours été ancré dans cette approche décalée du corps de la femme : technologique, sensuelle, avant-gardiste. Mais pas seulement : la majeure partie de ses parfums (pour ne pas dire tous) recherche ces mêmes attributs dans la construction, les matières et les effets. Ainsi, rien de surprenant à ce qu’Alien réponde aux mêmes critères. Dominique Ropion, le génie qui a planché sur cet opus avec Laurent Bruyère a sorti de son chapeau une création dont l’empreinte marque de plus en plus les esprits.

Et en effet, à le regarder à la loupe, on n’est pas déçu. La formule est simple, et la construction limpide, ce qui aurait tendance à manquer dans certains lancements de ces dernières années. Premier bon point. Mais une construction simple ne veut pas dire parfum pauvre ou ennuyeux, tout simplement parce que cela permet de sublimer les composants du parfum. Et concernant les matières premières, sur Alien, les parfumeurs n’y sont pas allés de main morte. Celles-ci sont ultra-riches et multi-facettes : ambre, jasmin sambac, cashmeran et salicylates. Pourquoi faire compliqué il est vrai : en choisissant l’une des plus belles variétés de jasmin on obtient un splendide effet « réel » de fleur fraîche à la vaporisation, qui sera suivi sur la peau par un déploiement sensuel et suave. Le jasmin faisant partie des fleurs dites « solaires », il déploie des aspects solaires  (notes rondes, riches et un peu grasses) qui vont être renforcés par les salicylates, ces molécules chimiques qui viennent appuyer cet effet solaire et lumineux. Mais finalement le plus remarquable dans Alien, c’est sa diffusion et son aura surdimensionnée. Il fait partie de cette catégorie de parfums qui vous précèdent et qui persistent dans les endroits visités par vous de longues minutes après.  Cet effet est produit par un composant faisant partie de la catégorie des « bois ambrés », ce sont des bois de synthèse aux propriétés de tenue et de diffusion bien particulières car très puissantes. Généralement, seule une petite quantité dans la formule permet de donner au parfum un sillage « normal », or dans le cas

d’Alien le cashmeran a été surdosé ce qui a apporté au jus une texture dense et une vraie puissance. Seulement, le cashmeran est une matière à l’effet particulièrement sec et incisif, c’est pourquoi on y a rajouté un liant : l’ambre qui vient arrondir les angles et donner plus de rondeur à l’empreinte de cette création.

Alien est un de mes parfums préférés car il est simple, lisible, reconnaissable dès le premier effluve, et aussi parce qu’il sort légèrement du schéma traditionnel : Tête, Coeur, Fond. Passées les 5 ou 10 premières minutes il cesse d’évoluer et il faut alors aborder le parfum comme un prisme. Un prisme parce qu’il  se présente sous les angles : jasmin-cashmeran-ambre et aussi parce que la lumière qui y entre est diffractée et en ressort dans des tons bleus, violets, parmes, rouges, roses… Oui, l’effet est résolument technologique.

Un effet technologique qui partirait d’un élément naturel et serait encapsulé dans une armure moderne : comme un cyborg. On retrouve d’ailleurs cette correspondance dans plusieurs des créations de M. Mugler. Le chemin n’est plus très long pour en arriver aux évocations futuristes telles qu’on a pu les connaître dans les histoires de science-fiction comme Ghost in the Shell. L’héroïne Motoko Kusanagi est pour moi cet Alien, cette femme-machine troublante, parcourant une ville qui n’en finit jamais, un peu comme le sillage d’Alien… Cette création s’inscrit pour moi parfaitement dans l’univers des parfums Mugler qui sont d’une rare cohérence. Elle venait répondre à Angel dans un registre tout autre et a précédé Womanity qui s’est à son tour démarqué en attaquant un autre terrain, encore une fois. Vivement la suite !

Helena Rubinstein : Wanted

Comment accueillir le nouveau parfum d’une  marque qui est restée absente 26 ans dans ce secteur ? Nez Bavard a quelques idées à vous donner pour que cette nouvelle rencontre se passe au mieux.

Tout d’abord, il n’est pas bête de partir du constat que ce parfum se devait, pour l’image de la marque, d’être une réussite. En effet, la marque Helena Rubinstein, dont la réputation n’est plus à faire concernant les cosmétiques, après une longue absence sur le segment parfum, ne pouvait raisonnablement pas se permettre de lancer sur le marché un produit sans travail de fond. C’est ce produit qui sera désormais pour quelques années sûrement l’empreinte olfactive de la maison. Même si nous avons peu d’informations sur le temps qui a été consacré à son élaboration, on devine dans ce parfum un soin certain apporté au choix des matières premières, à leur agencement et à leur développement sur le long terme.

Deuxièmement, ce parfum a été composé par 2 parfumeurs de grand talent : Carlos Benaïm et Dominique Ropion. Vouant à ce dernier une grande admiration, il m’était presque impossible de ne pas apprécier ce parfum. C’est donc l’un des points cruciaux de ma démonstration… Plus sérieusement, bien que je n’aime pas tous ses parfums, le travail de Dominique Ropion a toujours été dans son ensemble élégant, touchant et évocateur. Ce sont des qualités qui, en parfumerie, ne passent pas inaperçues dans une composition. Quoi qu’il en soit, cette écriture à 4 mains avait toutes les chances d’être réussie, car entourée par de bons chefs d’orchestre.

demi-moore-et-wanted

Enfin, le travail autour du magnolia est assez peu commun en parfumerie pour que l’on ait envie de voir à quoi ressemble

un parfum construit autour d’une note bois-magnolia. Présentement, c’est le cèdre et le santal qui, associés à une essence de magnolia, rythment le coeur et le fond de la fragrance. Ainsi que nous pouvons le lire sur le site d’Octavian Coifan, Dominique Ropion décrit la note magnolia comme un équilibre entre jasmin, rose et muguet et explique que cette essence développe principalement une note aromatique mais aussi un accord floral. La note aromatique est d’ailleurs très présente dans les 30 premières minutes (thym frais).

Finalement, ce parfum est à mon avis une très grande réussite. La description bois-magnolia m’effrayait quelque peu les premiers temps, car j’avais peur de découvrir un parfum trop « acide ». Mais le mariage avec l’ylang-ylang et l’héliotropine (à l’odeur poudrée, amandée, crémeuse) donne au parfum une vraie dimension sensuelle sans être téléphonée :  la note est nouvelle (ou semble l’être en tout cas). J’irai presque jusqu’à considérer que l’on pourrait être en présence d’un nouveau J’adore en puissance. Comme je le disais au début, ce parfum se devait d’être une réussite, et il fallait donc pour cela que le public le plus large puisse l’apprécier, en premier lieu les Américaines qui voudront se reconnaître dans ce parfum, mais aussi bien sûr les Européennes et pourquoi pas une clientèle plus nouvelle comme les Asiatiques. Ma comparaison n’est pas négative, Wanted n’est pas ennuyeux (espérons qu’il ne le devienne pas…), il a tout simplement l’envergure d’un classique.

Dernier détail, auquel je n’attache d’habitude pas d’importance, mais je trouve le flacon particulièrement réussi…


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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