Posts Tagged 'encens'

33° à l’ombre / Genève, CH

20h43. Une journée étouffante touche à sa fin, la brise s’est levée et l’odeur du lac rentre par les fenêtres que nous avons enfin ouvertes. Billie Holiday nous accompagne de sa voix nonchalante et nostalgique et Frank Sinatra me regarde du haut de ses 22 ans… (Diable, je deviens vieille…)

Notre ami Méchant Loup nous en a parlé il y a quelques jours, et j’avais envie de pousser le vice un peu loin aujourd’hui. J’ai donc vaporisé, au hasard des flacons : Notorious (Ralph Lauren), Muscs Koublai Khan (Serge Lutens) et Amber Absolute (Tom Ford) sur mes bras. Le résultat est assez… sauvage, mais ne manque pas de chic. Amber Absolute et son encens baumé sombre est celui qui parle le plus fort. Je me sens de façon assez amusante plongée dans uns atmosphère années 30, bien que le son de la télé me parvienne et que je m’apprête à déguster une délicieuse tarte aux courgettes. Je ne puis faire attendre mon hôte plus longtemps… Mais je reviendrai sur mes essais de la journée, la chaleur les ayant durement éprouvés, sûrement autant que moi…

En attendant, rafraîchissez-vous!!

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Serge Lutens : Fourreau Noir et Fille en Aiguilles

Ma première rencontre avec les 2 derniers opus de Serge Lutens fut assez expéditive, un amateur de parfum ayant eu la gentillesse de nous les faire essayer sur touches à moi ainsi qu’à d’autres bloggers.

Fille En AiguillesMa sensibilité personnelle tomba d’abord sous le charme (évidemment) de Fille en Aiguilles. Un délice d’arrogance et d’élégance. Des matières en surdose, du corps, de la profondeur, du Lutens signé. Bref, de quoi ravir Nez Bavard. Fourreau Noir à côté restait un peu discret et un peu trop propret sur le carton pour faire un véritable effet et me transporter ailleurs. Apprenant que c’est ce dernier qui allait sortir dans la collection des Salons du Palais-Royal, alors que Fille en Aiguilles, lui, sortirait pour la gamme export, je suis restée un peu perplexe.

Mais sur la peau, toujours, il faut essayer.

Fille en Aiguilles tient ses promesses jusqu’au bout. Une pinède entière se trouve sur vos poignets, vous entendez au loin le sac et le ressac de la mer… Il fait bientôt nuit,vous êtes assis autour d’un feu de bois, dans lequel vous jetez des aiguilles de pin et d’où s’élèvent des volutes d’encens délicat. C’est dans ce parfum que j’ai trouvé la plus belle reconstitution de l’odeur d’église, celle d’un mélange d’encens et de cire de bougie, celle qui imprègne les pierres, les bancs et la lumière. Avignon de Comme des Garçons offre lui aussi une belle représentation et ce fut ma première référence en matière d’odeur d’église, mais  il se trouve au coeur même de l’encensoir, alors qu’ici on se trouve plus dans l’atmosphère et l’évocation. La douceur balsamique de la sève de pin s’étire sur votre peau, recouvrant l’encens et le vétiver. Un parfum qui vous demande toutes les heures ce que vous pouvez bien faire à Paris…

Fourreau Noir est une autre histoire. Celui-ci n’évoque plus un lieu mais bien une peau. On est d’ailleurs quasiment immédiatemment précipité dans l’accord de fond qui se contruit autour d’un musc poudré et blanc (le même que celui de Kiki dans Vero Profumo) et d’une fève tonka épaisse. Pas de spectaculaire ou de théâtral : la fragrance est douce, caressante, elle reste proche et intime à la peau. Elle développe un moment un stade qui fait penser au Mâle de Jean-Paul Gaultier : une touche de vanille, un musc poudré et une friction de lavande fraîche  plus tard, on retrouve l’évocation d’une peau chaude et sensuelle. D’une grande douceur, il peut être surprenant de savoir que l’on ne pourra le trouver qu’aux Salons du Palais-Royal, étant donné qu’il est tout de même moins surprenant que le premier. Mais peut-être la diffusion (commerciale) a-t-elle voulu s’accorder à l’univers plutôt intimiste du parfum ?

2 nouveaux parfums à paraître en septembre donc, deux univers très différents à découvrir, dont l’un est peut-être plus dans la « tradition Lutens » que l’autre.

L’Artisan Parfumeur : Dzongkha

Entre Dzongkha et Nez Bavard la passion est née… Le ravissement est total, le charme opère et atteint avec une incroyable justesse tous les recoins de l’âme qui succombe. Qui d’autre que Dzongkha vous parle aussi bien, vous fait rêver d’aventure chaque minute, vous montre que vous êtes unique et vous assure que vous vivez une histoire différente de toutes les autres avec lui ? Oui, c’est vrai, peut-être qu’il aura fallu un peu de temps pour vous connaître et vous comprendre… Mais une fois que la vérité saute aux yeux, la foudre tombe, la passion se déchaîne dans votre ventre et tout ce que vous vivez devient plus coloré, la seule chose dont vous rêvez désormais est de rester nuits et jours aux côtés de votre bien-aimé.

Voici les mots qui me viennent pour décrire ce chef d’oeuvre de L’Artisan Parfumeur. Dzongkha désigne le dialecte tibétain qui est la langue officielle au Bouthan, petit pays posé en haut des montagnes himalayennes entre la Chine et l’Inde. Composé par Bertrand Duchaufour à l’occasion d’un voyage effectué dans ce pays, il est le 3e opus de la séries des « Odeur volée par un parfumeur en voyage ». Bien que ce parfum retrace une ambiance que je ne connais pas, et parle d’un pays que je n’ai jamais visité, il me semble que je raconte une histoire personnelle avec cette fragrance, plus qu’avec d’autres. C’est vrai avec tous les parfums, le porteur est l’ingrédient final qui donne vie à la composition. Mais rarement le langage d’un parfum a été aussi clair à mon esprit. Il parle du corps avec ses accents puissants de cuir, de l’esprit avec l’encens, de la nature avec ses touches boisées et épicées qui semble imbiber votre chair comme si votre corps étaient fait de tous ces éléments.

Le départ surprend par l’aspect aiguisé de ses premières notes, une cardamome fraîche et piquante, rattrapée l’instant suivant par les volutes de thé noir fumé et d’encens. Et puis cette chaleur, cette chaleur sèche qui ne cesse de vous envelopper tantôt boisée (cèdre, vétiver) tantôt cuirée, tantôt épicée… Cette chaleur est légèrement radoucie par la présence de l’iris, qui jette un léger voile entre l’âtre brûlant du coeur de Dzongkha et votre nez. Cependant, ne nous méprenons pas, Dzongkha n’a absolument rien d’un parfum lourd, épuisant et difficile à porter. Le temps doux le sublime dans tous ses aspects mais il n’est pas à proscrire par temps chaud car ses notes bien qu’enveloppantes n’ont rien d’étouffant et d’opaque. La sensation qu’il procure lorsqu’on le porte est très particulière si bien qu’on y revient toujours assez régulièrement.

Disponible en grands magasins et boutiques l’Artisan Parfumeur, 50ml et 100ml (65 et 90€)

Chanel : N° 22

N° 22 de Chanel. De quoi s’agit-il exactement? Il fut lancé en 1922, un an après le numéro 5 et composé aussi par Ernest Beaux. Le N° 5 aura le succès que l’on sait. Nombreux sont ceux qui font le lien entre les deux parfums, si proches dans le temps, et qui ont vraisemblablement été conçus à la même époque, puisqu’Ernest Beaux présenta à Mademoiselle Chanel deux séries de flacons, numérotés de 1 à 5 puis de 20 à 24 pour le choix de son premier parfum. La proximité entre les numéros 5 et 22 est évidente puisque ces deux créations jouent sur le thème du bouquet floral abstrait et sont une parfaite illustration de l’utilisation réussie des aldéhydes. Ils sont certes liés par les matières premières qui sont presque les mêmes, mais ils n’ont, à mon sens, rien à voir l’un avec l’autre. Ils expriment deux situations, deux univers, deux types de sensations assez différentes.

La façon dont les matières se développent dans ce parfum est vraiment saisissante. La tête est (désormais) classique, bergamote et aldéhydes rapidement suivis par une rose cosmétique, poudrée, crémeuse, très ronde. La présence légèrement crissante et savonneuse des aldéhydes est un peu envahissante dans les premiers instants mais elle pose le décor et l’ambiance. Le coeur est foisonnant de généreuses fleurs blanches : ylang-ylang, jasmin, tubéreuse, muguet, lilas, fleur d’oranger, le tout sur un fond solide de vétiver, vanille, encens et peut-être même une pointe de cuir.

Pour moi, c’est sans hésiter, le plus beau des parfums Chanel qui m’ait été donné d’essayer à ce jour, série Exclusifs et grand public confondues, du moins c’est celui qui m’inspire le plus de respect et d’admiration. D’autres tels que Coromandel et le divin Cuir de Russie méritent une attention particulière, mais une fois le N° 22 senti, c’est celui-là désormais qui reste à l’esprit et qui vient lorsque l’on pense à Chanel. Plus encore que le N° 5, car, bien que ce dernier garde toutes les qualités d’un grand parfum, le N° 22 développe un éventail de facettes toutes plus riches les unes que les autres. Il ne cesse d’évoluer sur la peau, oscille entre les odeurs sourdes et lumineuses, et dégage incontestablement une présence hors du commun. Je ne vous cache pas qu’il est assez difficile de le décrire, parce qu’il n’a rien de monotone, de précis et d’attendu dans son évolution.

L’ impression très poudrée sur le départ, devient un peu plus huileuse avec la présence marquée de l’ylang et de la tubéreuse, encore après il y a l’aspect rond de la vanille, et alors la poudre revient… Et comme ça durant des heures. Tout le long les aldéhydes et l’encens (qui a une place particulière dans ce parfum) accompagnent le train et orientent la perception. Mais rien ne se distingue vraiment, les odeurs senties ne sont jamais évidentes (c’est le but, me direz-vous), comme si on voulait nous amener à percevoir un ensemble, une odeur. Les sensations autour du N° 22 sont, de fait, mélangées. Il développe quelque chose de séduisant, chatoyant, un soupçon aguicheur avec son côté cosmétique de femme apprêtée. Puis, d’une autre manière, il a un côté tendre, rond et souple, toujours dans un aspect très féminin, mais plus frais. Le tout est un brin rétro, et révèle une atmosphère suave et moelleuse.

La légende dit que le N° 22 était celui que portait Mademoiselle Chanel, laissant aux autres le N° 5. Légende ou pas, j’ai tendance à sentir le numéro 22 comme plus abouti, plus paisible et finalement plus beau que les autres. Son intemporalité est associée à une indifférence à l’âge, n’importe qui peut le porter. C’est en cela qu’il constitue pour moi une autre référence, plus intime, peut-être moins universelle qu’une autre, mais plus authentique, me semble-t-il.

Le N° 22 fait désormais partie de la collection Les Exclusifs de Chanel disponibles uniquement en boutique Chanel, dans un flacon de 200 ml pour 190€.

Sources : Basenotes, OsmoZ. Photos : Esther Williams

L’Artisan Parfumeur : Passage d’Enfer

Il était temps! Je l’aurai attendu ce jour où, enfin, je me suis décidée à prendre la plume pour parler de l’une de mes plus grandes révélations : Passage d’Enfer. Un parfum découvert en une occasion particulière, à un moment particulier et qui fut lourd de conséquences par la suite (mais en bien). Alors avec un nom pareil, on ne peut plus croire au hasard. Même si ça fait bien longtemps que je n’y crois plus.
Pour la petite histoire, Le Passage d’Enfer est une voie du 14e arrondissement à Paris (qui doit son nom à l’ancienne dénomination du boulevard Raspail : le boulevard d’Enfer), où se situait l’ancien siège social de L’Artisan Parfumeur. Le parfum fut créé à la fin de l’année 1999 pour célébrer le passage à l’an 2000. Le nom a naturellement inspiré le choix du thème de ce parfum : l’encens. Olivia Giacobetti, qui a beaucoup travaillé avec L’Artisan Parfumeur, en a fait un parfum mystique, sacré et religieux dans l’odeur et dans les faits (pour moi). Rose, encens, bois d’aloès, cèdre, lys, santal, benjoin, muscs.

Le mot encens fut emprunté au latin ecclésiastique : incensum, désignant une matière brûlée en sacrifice. Chez les Romains ont l’appellait thymiama, à rapprocher de deux racines grecques, thuos qui évoque l’idée de parfum et d’offrande, et thuien qui se rattache à la notion de sacrifice. L’origine du mot nous montre bien à quel point l’utilisation de l’encens est liée aux pratiques religieuses. Il est utilisé depuis la plus haute antiquité dans les cérémonies pour ses fumées dont les dieux, dit-on, étaient friands. De même son usage fut longtemps réservé à ces pratiques, car il était considéré comme sacré. Un passage de L’Exode (XXX : 34-37) est intéressant à noter. L’Eternel dit à Moïse

 » Le parfum que tu fais là, vous n’en ferez pas pour vous-même de même composition. Il sera saint pour toi, réservé à Yahvé.
Quiconque fera le même pour en humer l’odeur sera retranché de son peuple. »

L’encens est une résine obtenue à partir d’incisions pratiquées sur l’écorce d’un arbre appellé Boswellia, originaire d’Oman. Il est aujourd’hui cultivé au Yémen, en Somalie et en Inde.

Pour ma petite histoire à moi, j’ai découvert ce parfum à l’occasion de L’Atelier du Parfum, chez L’Artisan Parfumeur, auquel j’ai participé le 18 novembre 2006. Un atelier qui s’est déroulé dans le plus pur esprit de la maison, ludique, simple et agréable. Esprit qui semble prendre un tournant dangereux dont je parlerai une autre fois. Cette matinée a été le point de départ d’une série d’événements marquants dont la création de Poivre Bleu fait partie.
Ce matin-là à 10h, j’étais une jeune fille candide, qui n’avait guère senti d’autres choses que du Dior, du Lancôme ou du Yves Saint Laurent. A 10h30, je sentais des matières brutes à l’aveugle et me rendais compte (avec plus ou moins de surprise) que les parfums n’étaient pas faits que d’agrumes, de fleurs et d’herbes, mais aussi des odeurs bizarres de poivre, de patchouli, de civette (pouah!), d’encens ou encore de mousse de chêne (quelle drôle d’idée!). A 11h on faisait une pause autour d’un thé, et je contenais mon émerveillement de peur de paraître naïve. Mais déjà mon nez devenait fou de tout ce qu’il sentait, que de changement en une heure! Nous avons ensuite repris sniffage et discussions pendant encore une heure et demie. A 12h30, nous redescendions dans la boutique pour flâner autour des créations de L’Artisan. C’est là que le tournant s’est effectué. J’ai senti avec intérêt et curiosité des parfums que j’aurais, deux jours plus tôt, qualifiés de « puants » : Dzongkha, Voleur de Roses, Poivre Piquant et … Passage d’Enfer. En m’approchant de celui-là, la formatrice me dit (hasard ou pas) : « Tiens! Celui-ci vous irait bien! » Et alors, elle a parfumé mon pull, ma veste et le dos de mes mains avec. Un autre aurait tout aussi bien pu faire l’affaire, mais non, c’est Passage d’Enfer qui s’est chargé de graver dans ma mémoire cette matinée avec son ambiance magique et ses émotions grisantes, et je ne peux m’empêcher de me dire que le nom du parfum et son odeur de sacré ont quelque chose à voir avec la transition qui s’est opérée à ce moment là.

A 13h, je suis sortie bouleversée, excitée, je marchais trop vite, les yeux ouverts trop grands, rue de l’Amiral Coligny, par cette journée magnifique et froide. J’avais l’impression qu’un pas de plus et je m’envolais, je pensais à 10 000 choses en même temps. Vite! Il fallait rentrer, ressentir à nouveau, repartir, redécouvrir, surtout ne plus jamais s’arrêter. Et sur le chemin du retour, entre Louvre-Rivoli et La Porte d’Orléans, j’étais entourée dans le voile gris, translucide et clair de Passage d’Enfer. Je sentais frénétiquement le dos de ma main en pensant : « C’est terrible… Terrible! »
Depuis, sentir et mettre ce parfum me replongent chaque fois dans cette ambiance et ces émotions si particulières où j’ai la sensation que tout est possible. C’est devenu mon petit rituel sacré à moi, chargée de son odeur lumineuse et pénétrante d’encens posée sur ses coussins de muscs.
Outre le fait que pour moi, ce parfum est chargé d’une symbolique très particulière, c’est l’une des plus belles créations de l’Artisan Parfumeur, magnifiquement orchestrée par Olivia Giacobetti, qui exprime à la fois l’audace, la simplicité et la charge émotionnelle de cette maison.

Disponible dans toutes les boutiques Artisan Parfumeur, 100ml/85€ 50ml/60€

Sources : Wikipedia, artisanparfumeur.com, OsmoZ, FlickR

Comme des garçons : 2

Dans la jungle parfumée des grandes parfumeries et des grands magasins, Nez Bavard est mis à rude épreuve. Mais depuis quelque temps, j’ai repéré grâce à une collègue les parfums de la maison : Comme des Garçons. Dans un souci de vision globale, j’ai farfouillé quelque peu sur internet, pour dénicher des informations sur la marque et la créatrice. Il en ressort une très nette impression de destructuration, archaïsme, refus de la standardisation et du conformisme de la mode. Le principe des Guerrilla-Stores est un exemple, des magasins qui apparaissent et disparaissent aux 4 coins du globe, pour s’inscrire dans la dynamique urbaine, en constante mutation. Rei Kawakubo dit de son travail : « C’est plus facile de détruire les codes si on ne les a jamais appris ». Pourtant, on ressent le poids et l’héritage culturel de la civilisation japonaise chez cette femme lorsqu’elle parle (et surtout lorsqu’elle ne parle pas), ainsi que dans ses choix stylistiques ou stratégiques. Il existe chez les Japonais une forte dualité entre les traditions et la modernité (l’urbanisme s’est développé de façon assez brutale après la Seconde Guerre Mondiale), ainsi qu’une capacité très surprenante (pour nous autres Occidentaux) à faire du syncrétisme : c’est à dire à pouvoir, par exemple, être à la fois bouddhiste, shintoste et chrétien en même temps. L’approche de Rei Kawakubo est pour le moins déroutante, inhabituelle et sûrement pour certains choquante.

Dans les parfums de CDG, on a le sentiment d’une vraie recherche, on explore, on essaye des choses, on tente de contourner les habitudes… Ce n’est pas la seule maison à le faire (et à le faire bien), mais je trouve intéressant de le signaler car cela me permet de faire un point de comparaison avec Etat Libre d’Orange, dont les créateurs revendiquent avec tant de ferveur leur liberté d’expression. C’est pourtant, pour moi, la représentation typique d’un snobisme pseudo-artistique puant. Rei Kawakubo dérange elle aussi dans ses créations, et certains pourront formuler à son égard bon nombre de critiques, mais son travail a le mérite de surprendre réellement, de susciter interrogation puis réflexion.

Partant de là, je dois dire que c’est exactement ce qui s’est passé pour moi lorsque j’ai découvert les parfums de Comme des Garçons. De prime abord, on ne sais pas trop « quoi » sentir, et on se demande un peu de quelle manière réagir, notamment parce que plusieurs des parfums évoquent des sensations ou des situations que l’on n’aurait absolument pas attendues dans un parfum. C’est notamment le cas d’Odeur 71 qui suggère, entre autres, la poussière qui brûle sur une ampoule chaude, et représente le concept de « l’anti-parfum ». J’ai eu la chance de me familiariser en premier avec une fragrance assez facile, à savoir qu’on était déjà tout de même dans l’inhabituel mais pas encore dans le décalé. J’ai découvert 2 de CDG de façon assez naturelle : ma collègue qui représente la marque avait l’habitude de préparer des touches à sentir pour les client(e)s, parfumées avec 2. Je sentais donc régulièrement, lorsque j’allais lui parler, ce parfum. Je me suis d’abord dit qu’il était particulier, puis au fil des jours il s’est mis à me plaire, et j’ai décidé un matin de l’essayer pendant une journée. C’est un parfum que j’ai eu le temps de « mûrir » et d’apprivoiser, bien que encore une fois, 2 n’est vraiment pas la création de CDG la plus difficile à aimer.

Mon essai fut concluant. 2 n’est pas courant la première fois qu’on le sent, mais plus on le sent, plus il devient familier et naturel, au point qu’après quelque temps on se demande comment on a pu le trouver bizarre au premier abord. Dans ce parfum et dans plusieurs autres de Comme des Garçons, des impressions très contemporaines se retrouvent enfermées dans une petite bouteille, mais sont finalement acceptées avec simplicité. Le flacon est conçu pour que le parfum soit actif (il bouge avec vous), il ressemble étrangement à une flasque à whisky que l’on glisse dans la poche (voir le Pocket Size absolument craquant). L’impression olfactive est très urbaine (plus que citadine) et moderne. Pour celui ou celle qui vit en ville, les composants chimiques synthétiques ne sont pas perçus comme un manque de qualité, ils sont intégrés et acceptés spontanément par le porteur. Le rendu sur la peau est un mélange industriel artisanal : encens et aldéhydes incisifs et aiguisés pour le côté abstrait, le patchouli et le bois de cèdre pour la chaleur et la simplicité, l’ambre, l’angélique et l’absolu de maté pour la rondeur, la douceur et la mélodie du parfum. Mais on trouve aussi : encre, vétiver, cumin, magnolia, labdanum, huile de cade.

J’aime beaucoup la façon dont il évolue sur moi, les bois et l’impression de modernité sont bien présents, mais il tourne de façon très douce, légèrement sucrée sur ma peau. CDG 2 fait partie des parfums que j’aime sans réfléchir et que je porte sans raison particulière, parce qu’il me convient tel qu’il est et qu’il se marie à l’humeur du jour. La seule restriction est que je ne me vois le porter qu’en ville, parce que je me sentirais décalée si je le portais en vacances à la campagne.

Disponible au Printemps de la Beauté, Paris : 80€ les 100ml

Sources : Basenotes, Rendez-Vous Magazine, Dover Street Market (photo du défilé), The Times (photo de Rei Kawakubo), http://www.spirit-of-paris.com (photo de la Bibliothèque nationale de France – François Mitterrand), Luckyscent (photo du flacon)


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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