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Penhaligon’s : Amaranthine par Bertrand Duchaufour

Amaranthine est un parfum que j’ai aimé dès les toutes premières secondes. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi, car aucune image particulière ne me venait à l’esprit comme cela m’arrive souvent avec bon nombre de ses confrères. Mais là, rien de tout cela.

J’ai alors pris le parti de construire ces images moi-même et me servir de cette non-association visuelle pour marquer dans ma mémoire les lieux, les ambiances et les moments que je vis actuellement : un peu à la manière d’Andy Warhol. Il faut savoir qu’en ce moment, je vis à Barcelone et que depuis mon arrivée ici, je n’avais pas de parfum « attitré ». J’ai trouvé très intéressante l’idée d’associer des moments particuliers et épisodiques de la vie à un parfum particulier. La puissance évocatrice de l’odorat étant en effet ma meilleure alliée pour être sûre de ne pas perdre une miette de mon passage dans cette ville.

Les jours passent et l’histoire d’Amaranthine et la mienne se gravent de concert dans ma mémoire : les soirs de balade à la fraîche ; les après-midi enivrants de beau temps, la tête à l’ombre et un livre de Murakami sous les yeux ; la brise à l’odeur de mer au parc de la Ciutatdella… Ronde, chaude, souriante comme le soleil, Amaranthine m’appartient enfin. Si j’avais par moi-même pu reconnaître une partie des notes, j’ai attendu un long moment avant d’aller consulter une liste plus complète, de peur de faire disparaître le plaisir que j’avais à me glisser le matin dans mon « gant de beauté ». J’étais séduite. Lorsque j’ai pris connaissance des notes, j’ai compris que mes craintes étaient fondées : la magie n’opérait plus, ou mal, comme une recette de cuisine pas vraiment ratée, mais pas vraiment bonne. J’ai alors décidé de les ranger au fond d’un placard, pour continuer de vivre mon aventure avec cette fleur blanche à la taille souple, à la peau douce et au regard piquant. Chaque instant devient une petite éternité que je range dans les tiroirs appropriés de ma grande bibliothèque mémorielle, tous liés par le même fil conducteur.

Cette expérience m’a fait comprendre une chose : l’émotion n’a pas besoin d’être traduite. Que ce soit en musique, en peinture, ou en parfum, il faut parfois ne pas chercher à disséquer une œuvre, à lui chercher une quelconque armature ou à en connaître les secrets. Amaranthine est une réussite car il offre une perception globale, un ressenti puissant et une sensation nouvelle qui fait terriblement plaisir (et beaucoup de bien).

Un grand bravo à Bertrand Duchaufour pour ce parfum d’auteur touchant et un grand merci à Thierry pour m’avoir aidé à retrouver l’inspiration!

Et puisque M. Duchaufour en parlera mieux que moi, je vous encourage à regarder la vidéo que voici.

Jean-Paul Gaultier : Classique

Lorsque Classique est sorti en 1993, j’avais 7 ans. A cette époque, les visites chez Sephora étaient encore assez réduites, mais quelques années plus tard, je découvrais la publicité et le parfum par l’intermédiaire de ma grande sœur. Ce que j’en pensais à 9 ans était assez simple : « C’est bizarre ».

Bizarre parce que la publicité me faisait un peu peur et me rappelait beaucoup les images compilées par les soins de ma mère, dans un livre que j’ai longuement feuilleté avant de le lire. Bizarre parce qu’une boîte de conserve au milieu des Chanel et autres Yves Saint Laurent avait de quoi faire rire. Bizarre encore parce que ce flacon en forme de poupée non finie attirait mes yeux de petite fille et en faisait un objet hautement désirable. Bizarre enfin parce que cette odeur forte et puissante m’évoquait tout un tas de choses : « la dame, le savon, le maquillage, la poudre de maman, la crème… »

Aujourd’hui, bien des années plus tard, les références ont changé, les outils d’analyse sont un peu plus performants, et cette ambiance inquiétante et futuriste laisse place à des codes plus féminins, peut-être un peu plus convenus. Le parfum, lui, continue d’être intrigant. Prenez un éternel féminin (un bouquet de fleurs blanches), surpiquez de cannelle et de gingembre, brodez par dessus des tranches de mandarine, de citron et de bergamote, puis teintez d’ambre et de vanille. Vous obtenez une sorte de douce explosion charnelle qui vous parle des années passées et du futur chemin qu’elles pourraient emprunter. J’aime le mélange dans ce parfum, de la sensualité et de l’espièglerie, du jeu et de l’allure. Je l’aime surtout parce qu’il fait rêver.

Classique transporte avec lui l’idée même que l’on se fait d’un parfum, il nous emmène dans une ambiance et un univers propre à celui qui l’a voulu : c’est le plaisir d’un grand parfum de couturier, assumé, choisi, mené par une idée. Il se porte un peu comme se lit un livre, n’est jamais à court de mots pour vous évoquer une atmosphère, vous tenir en haleine des heures durant, vous parler de l’intimité des personnages que vous imaginez.

De toutes les campagnes qui ont accompagnés la promotion des parfums Jean-Paul Gaultier, j’ai un gros faible pour celle-ci.

La dernière campagne, réalisé par Jean-Baptiste Mondino reprend l’idée du couple Classique – Le Mâle qui est incarné à l’écran dans les 2 publicités, mais dans une atmosphère bien différente des précédentes. A l’occasion, une interview de Jacques Cavallier a aussi été réalisée, et comme on ne se lasse pas d’entendre parler les parfumeurs, voici un extrait (version longue sur le site de Jean-Paul Gaultier) :

Damned ! Qu’est devenu mon « For Her » ?

flacon-for her intenseSi vous ne saviez pas encore que j’avais un problème avec les flankers, ce billet est  votre réponse. Narciso Rodriguez vient de sortir une édition limitée, intitulée « For Her & For Him Musc Collection ». Laquelle viendra enrichir For Her d’une Eau de Parfum Intense, et For Him d’une Eau de Parfum.

Sincèrement, j’adore le travail de Narciso Rodriguez, je porte avec un plaisir non dissimulé l’eau de toilette et l’eau de parfum For Her qui sont pour moi une superbe réussite à tous les points de vue. J’admire Essence, pour ce qu’il apporte de moderne et de différent dans le paysage des parfums actuel (comme l’avait fait d’ailleurs For Her), même s’il ne me convient pas vraiment. Et enfin, For Him exerce sur moi un drôle d’effet magnétique que j’ai du mal à contrôler.

Je ne pensais pas que le virus du « flanker rapide » aurait touché ses parfums, mais ma visite hebdomadaire chez Sephora m’a rappelée à l’ordre. Je n’ai pas encore senti l’eau de parfum For Him, mais j’ai été franchement surprise en sentant l’eau de parfum intense For Her. L’intensité est relativement discutable (en tout cas sur moi), car je le trouve un peu fluet et il manque cette impression de richesse et de texture que l’on attend dans une version intense. Mais surtout, on a perdu toute la spécificité du parfum, et la signature olfactive si particulière qui avait fait son succès est totalement écrasée sous un bouquet de fleurs blanches somme toute assez banal. Exit le côté sombre et un peu sale que j’aimais tant, exit le caractère de l’accord musc-patchouli… La féminité de cette eau intense n’a plus grand chose à voir avec celle de l’aînée et moi, je préfère celle de l’aînée. Le jasmin, l’ylang-ylang et la fleur d’oranger qui composent cette nouveauté me laissent bizarrement une forte impression de lilas… Le fond retrouve tant bien que mal la touche de musc que l’on connaît, mais l’ambre y est plus présente.

Le parfum n’est pas mauvais, non. Mais il fait pâle à côté de son voisin et me donne une impression de fait « à la-va-vite » , ce qui est bien dommage, tant je suis sûre que cette marque est prometteuse dans ses créations parfums. Vous me direz, ce n’est qu’une édition limitée, bientôt je l’aurai oubliée !

Musc Collection « For Her Eau de Parfum Intense » ; 50ml et 100ml : 78€ et 100€

Caron : Aimez-moi

Hier, accompagnée d’une charmante acolyte droguée aux parfums comme moi, j’ai passé une après-midi frénétique à pschitter tout ce qui pouvait s’apparenter à un flacon de parfum. Souvent lorsque je sors pour aller sentir les nouveautés ou que je fais une ballade parfumée, je ne reviens pas forcément satisfaite, puisque sentir beaucoup de choses dans un laps de temps court n’est pas la meilleure façon d’approfondir chaque création. Mais il arrive (heureusement) parfois que certains alors sortent encore mieux du lot.

Je connaissais déjà Aimez-Moi depuis un petit moment avant de le re-sentir hier ; il m’intriguait, mais je n’avais jamais pris le temps de l’approfondir. Je savais juste que je le trouvais vraiment différent et même un peu bizarre. Comme souvent en pensant à Caron, je m’attendais à redécouvrir un parfum datant de plusieurs dizaines d’années voire un bon demi-siècle et j’ai presque été déçue lorsque j’ai appris qu’il datait de 1996. Ce parfum donne une impression de modernité assez saisissante, mais correspond tellement bien au patrimoine de Caron que je n’aurais pas été surprise qu’il soit plus vieux (il n’en aurait été que plus respectable). Il semblerait cependant qu’Aimez-moi se soit inspiré du plus ancien, N’Aimez Que Moi datant lui de 1916.

Lovers with 3-D glasses at the Palace Theatre (Infra-red), 1943. (c) WeegeeComposé par Dominique Ropion (auteur entre autres, de Kenzo Jungle L’Eléphant sorti lui aussi en 1996 et de Alien de Thierry Mugler), Aimez-Moi démarre sur une tête vraiment spéciale. A côté de la description officielle, je sens une sorte de jus de poire mentholé et laiteux. J’ai eu du mal à identifier cette forte impression de lait (que j’avais eue dès les premières fois) qui se poursuit longuement dans l’évolution du parfum et qui est créée finalement par une association héliotrope – violette – iris.  J’avais l’habitude de sentir l’héliotrope lourde, un peu grasse (Héliotrope de L.T. Pivert) et surtout beaucoup plus poudrée (Eternity de Calvin Klein ou encore L’Heure Bleue de Guerlain). Elle est ici bien plus légère et fraîche (un aspect liquide) que dans d’autres compositions où elle est plus souvent employée pour apporter une note poudrée ou amandée assez compacte.  Je ne l’avais d’abord pas décelée, car ici, le côté poudre d’amande est associé à la menthe en tête puis à un bouquet de fleurs en coeur : jasmin, rose, magnolia, violette, et enfin à un iris (racine) en fond. On a donc une héliotrope différente des autres, elle se fait plus liquide que crémeuse, plus douce que vraiment poudrée.

La violette m’a donné la même impression. J’ai l’habitude de dire que je n’aime pas la violette, car je lui trouve un côté affreusement daté quoique je fasse, c’est d’ailleurs pour cette raison que je n’apprécie pas Insolence de Guerlain. Il se trouve que dans Aimez-Moi, la violette n’a pas, elle non plus, ses attributs poudrés habituels : elle s’apparente plus ici à une violette cueillie au petit matin et qui porte encore sa rosée. Finalement, rien n’est conventionnel dans ce parfum, et c’est ce qui le rend tellement intéressant. L’héliotrope est fluide, la violette est fraîche, l’iris est travaillé sur le côté racine (et non poudré), le jasmin et la rose sont présents mais ne développent pas le côté fleuri capiteux d’un Joy de Patou. Le fond en aura fini de me convaincre. Le baume Tolu qui est ici utilisé développe une rondeur et une douceur vanillée proche du benjoin et de l’ambre mais de manière beaucoup plus subtile. Il apporte  la petite touche sucrée du parfum, comme un sirop.

Chaque facette de chaque matière a été travaillée de façon à ce que la matière en question soit reconnue tout en s’appliquant à créer une sensation fraîche (qui ne veut pas dire légère ou volatile). Il reste que finalement, le côté poudré existe puisque les ingrédients utilisés ont naturellement cet aspect, mais il n’est pas exploité dans Aimez-Moi. Cela s’apparente presque à du détournement de matière première, parce que tous les éléments cités sont reconnaissables mais font démentir tous les lieux communs qui existent à leur sujet. C’est à mon avis ce qui le rend si moderne et si étonnant. C’est la première fois que je crois déceler la volonté ou l’idée qu’a voulu développer un parfumeur dans une création. Il pourrait parfaitement convenir à une jeune fille, mais il n’a rien non plus de spécialement jeune ou guilleret, c’est simplement un parfum unique. Il s’apparente pour moi à la catégorie des parfums  addictifs, mais pas du tout dans le sens des parfums puissants souvent régressifs comme le Dior Addict ou le Lolita Lempicka. Il est addictif parce qu’on a envie de le porter, on a envie de sentir (comme) Aimez-Moi, plus que d’avoir besoin de sa dose pour être rassurée et calmée. A la fin de la journée, on le sent très bien, mais il sent la peau. Une peau un peu sucrée et laiteuse qui ne demande qu’a être embrassée.

La redécouverte de ce parfum m’a rappellé, à moi et à la personne qui m’accompagnait hier, à quel point le patrimoine de la maison Caron était essentiel pour la parfumerie française et la parfumerie en général. Malgré les reformulations dont on a beaucoup parlé sur les blogs, les parfums Caron restent des parfums qu’il faut connaître, car ils ont marqué leur époque et ont, au même titre que Guerlain, écrit une page de l’Histoire de la Parfumerie. Malheureusement, la marque semble empâtée dans un univers figé qui ne sait comment évoluer et quel chemin prendre pour changer et se mettre au goût du jour. L’idée n’est pas de se mettre à sortir des flankers et des nouveaux jus à tour de bras comme on le voit un peu chez Guerlain désormais, mais plutôt d’assurer à cette marque un avenir. Leur clientèle ne se renouvelle apparemment pas vraiment, et ce n’est pas étonnant, vu l’esthétique baroque des boutiques et l’aspect rétro-qui-a-mal-vieilli des packagings. En attendant de voir les choses évoluer dans un sens ou dans l’autre, je ne peux que vous encourager, chers lecteurs, à prendre le temps de découvrir leur gamme de parfums riche en classiques et surprises inattendues.
Notes : Bergamote, Anis étoilé, Menthe, Cardamome, Violette, Magnolia, Jasmin, Rose, Iris, Héliotrope, Baume Tolu, Vanille.

Photos par Arthur Fellig dit Weegee. Prise par infra-rouge au Palace Theater en 1943.

Montale : White Aoud

La maison Montale, située 16, Place Vendôme pour la boutique parisienne est une sorte de caverne d’Ali Baba des senteurs d’Orient. Ses créations sont pour leur grande majorité inspirées d’Arabie et d’Orient. Jasmin, Encens, Ambre, Roses… ainsi qu’une très belle collection dédiée au bois d’aoud (oud, Aquilara Malaccensis). Le principe odorant provient en réalité d’un champignon qui attaque généralement l’arbre et qui produit une résine. Cette matière n’est pas encore beaucoup utilisée en parfumerie, mais on en trouve une belle illustration dans M7 d’Yves Saint Laurent.

Les parfums Montale peuvent paraître rebutants de prime abord. Il faut en effet s’accrocher un peu les premiers temps, car l’effluve parfumé qui émane de la boutique se répand jusque dans la rue et, par jour de vent, il est possible de le sentir une dizaine de mètres avant ! Je n’ai pas eu de mal à m’acclimater à cette atmosphère, je crois que j’ai tout de suite aimé cette ambiance parfumée un peu débordante et légèrement excessive. Tout est parfum dans cette boutique, c’est comme rentrer dans du parfum et être alors complètement enveloppé… Il faut savoir que les parfums Montale ne sont vendus qu’en concentration Eau de Parfum à 25%, autant dire que vous n’avez que des extraits de parfums tels qu’on les connaît en parfumerie grand public aujourd’hui. La sensation est donc très riche, dense et sirupeuse. L’évolution sur la peau n’en est que plus belle et confirme le soin qui est apporté au choix des matières premières.

Pour aborder le petit monde de Montale (qui comprend déjà plus d’une cinquantaine de références), vous pouvez commencer par White Aoud dont la douceur cotonneuse est presque physique, et qui ne choquera pas les narines délicates, mais il faudra prendre le temps de l’apprivoiser ! Le départ est puissant, et pour ma part me déplaît, même si l’on sent venir la suite dès les premières minutes. On commence par un accord de rose épicé un peu chargé, qui fait penser à une femme sophistiquée ayant mis trop de parfum. Heureusement, déjà après 10 minutes, le parfum s’allonge et se dilue sur la peau pour devenir très lumineux et déployer d’abondants rayons blancs et chaleureux. L’ensemble est très légèrement crémeux, grâce au santal, à l’ambre et la vanille, qui apportent la rondeur nécessaire pour avoir l’impression d’un parfum fondu avec la peau. Mais sans jamais tomber dans la lourdeur ou un côté trop épais, car l’on distingue le patchouli, l’aoud et le vétiver qui donnent plus de présence et de corps à la fragrance.

De loin, White Aoud est l’un des parfums les plus confortables que je connaisse, tant il mélange les sensations de rondeur, douceur, propreté et luminosité.

Sisley : Soir de Lune

Soir de Lune est un parfum à l’ancienne, et qui le revendique. C’est un chypré, mais il n’a rien de la modernité des chyprés sortis ces dernières années comme Chance ou Narciso Rodriguez, au contraire, celui-ci sent un peu, il faut l’avouer les parfums de nos grand-mères. Sorti à une époque plus ancienne, il aurait été parfaitement en accord avec son temps, et aurait sûrement eu des airs de grand classique. Ici, c’est un peu pareil, sauf qu’il y a décalage. On retrouve dans Soir de Lune, une rose omniprésente, dense, chargée d’épices, qui s’approfondit sur la mousse de chêne et le patchouli. Cet aspect rétro lui apporte beaucoup de charme et de distinction.

C’est une sortie à contre-courant de la mode actuelle, dans le sens où il n’a rien de sucré, il n’est pas rond, pas musqué, pas poudré, pas « propre ». Il est au contraire puissant, sombre, terreux, incisif et sent le parfum. Il ne plaira pas à tout le monde, et je pense même qu’il est assez délicat à porter. J’ai rarement porté un parfum d’une puissance olfactive et d’une diffusion pareille. Beaucoup d’autres parfums actuels sont envahissants et présents, mais celui-ci est particulièrement incisif. Composé, en effet, d’absolu de rose de mai centifolia, d’absolu mimosa, de jasmin, et de muguet pour les fleurs, celles-ci lui donnent une charpente épaisse soutenue et intensifiée par un fond tout aussi robuste : mousse, patchouli et santal pour la profondeur, miel et pêche pour le liant. Le résultat parle de lui-même, un sillage particulièrement vigoureux, reconnaissable, une tenue exemplaire et une rémanence exceptionnelle. Ces même atouts peuvent le rendre tour à tour captivant ou irritant.

Lorsque je l’ai senti la première fois, je l’ai trouvé surtout très fort, même si on pouvait aisément discerner un vrai travail de construction et de choix des matières premières (ce qui se ressent dans le prix !), je l’avais alors laissé de côté, pensant y revenir à l’occasion. Puis, un matin, je l’ai reconnu dans le bus, sur une jeune femme brune deux rangs devant moi et qui lisait. Impossible de passer à côté, l’odeur de la jeune femme captait littéralement l’attention, en bien ou en mal, mais ne restait pas inaperçue…

Il est très intéressant de le voir évoluer sur la peau, car bien qu’il soit intensément ancré dans les chyprés, il a sa vraie personnalité, notamment parce qu’il est moins vert que les autres grands chyprés tels Miss Dior, Cabochard de Grès ou Aromatic Elixir de Clinique, dû à la présence de la rose, ici en grande quantité. En revanche, le porter tout les jours relève pour moi du défi car il sent vraiment toute la journée, et sature assez rapidement le nez sans un peu d’entraînement… Quoiqu’il en soit, il laisse une empreinte partout : dans les lieux où vous passez, sur les vêtements que vous portez, dans la mémoire des gens que vous rencontrez… Comme son titre le suggère, c’est un vrai parfum du soir, un beau parfum pour les grandes occasions, pour se faire remarquer.

Disponible dans toutes les parfumeries en 30 ml, 50 ml et 100 ml.

Voir le billet sur auparfum.com

Guerlain : Après L’Ondée

Bien… après les émotions tom fordiennes, revenons-en à nos moutons. C’est d’ailleurs un bon moyen de résumer Après L’Ondée de Guerlain, un parfum bleu et blanc tout en douceur laineuse et en rondeurs douillettes. Créé par Jacques Guerlain tout comme L’Heure Bleue et Shalimar, on retrouve dans ce parfum la signature Guerlain, la fameuse guerlinade donc, même si selon certaines sources, elle n’aurait été créée qu’avec Shalimar. Je sens tout de même la présence d’une griffe dans ce parfum et je la trouve plus évidente à détecter dans celui-ci, même s’il est très léger, un peu sourd. Elle serait composée de baumes, d’iris et de vanille. L’iris domine fortement dans Après L’Ondée, ce qui donne au parfum un aspect limpide, transparent, tout en apportant sa belle note poudrée et en donnant une sensation de confort.

Sa composition : citron, bergamote, néroli, cassis, oeillet, violette, mimosa, santal, vanille, benjoin, iris, héliotrope. Les notes fraîches s’évaporent très vite, le coeur s’appuie sur une violette présente mais discrète (je n’aime pas beaucoup la violette), mais laisse assez vite place sur ma peau au fond laiteux, balsamique et poudré. Il me rappelle alors beaucoup L’Heure Bleue par le côté héliotrope et iris, deux composantes importantes de ces deux parfums. Mais je pousserai même la comparaison un peu plus loin, comme L’Heure Bleue, Après L’Ondée est un parfum-émotion, dans ces deux parfums Jacques Guerlain saisit un moment particulier à la manière des impressionnistes : on a la fraîcheur de l’air après la pluie, les odeurs mélangées du jardin mouillé qui s’évaporent par bouffées vaporeuses et humides. En ce sens, L’Heure Bleue en est une parfaite continuité, car il intensifie les sensations pour créer une autre émotion.

Après L’Ondée est un très joli parfum, mais je trouve qu’il a assez mal vieilli par rapport aux autres de la même époque. Il fait plus âgé, un peu figé, peut-être est-ce parce que son évolution est rapide et que l’on atteint le fond en très peu de temps. C’est un parfum que j’aime sentir pour le plaisir, juste pour le moment qu’il évoque, mais que je n’aimerai pas porter je pense. Ce parfum fut composé par Jacques Guerlain en 1906, celui qui créa L’Heure Bleue (1912), Mitsouko (1919), Shalimar (1925) et Vol de Nuit (1933). Trois de ces compositions font partie de mes favorites, il est celui qui a mon sens avait le sens créatif le plus inventif et le plus aiguisé, et puis quand on a créé Shalimar, on n’est pas n’importe qui. Ces fragrances ont celles qui ont le plus participé à la construction du mythe Guerlain, et méritent à mon sens une attention toute particulière : prenez le temps d’aller les redécouvrir, et de constater par vous même la façon dont elles se démarquent des autres Guerlain, tout en s’intégrant à l’ensemble pour créer cohésion et continuité.

Prochain et avant-dernier billet Guerlain pour Vol de Nuit à venir.

Sources : Wikipedia, guerlain.com, OsmoZ

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Chères Lectrices et Lecteurs de Poivre Bleu, j’ai la joie de vous annoncer la publication ci-dessus du 100e billet de Nez Bavard. J’espère que vous avez apprécié me suivre jusqu’ici et que vous me suivrez encore longtemps dans mes investigations parfumées.


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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