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Le billet de tous ceux dont je n’ai pas parlé

On pourrait écrire des heures, des jours, des semaines, des mois sur Guerlain! La saga est inépuisable!

Ici s’achève la série des billets consacrés à la maison Guerlain. Mais les Guerlain reviendront sur Poivre Bleu, il ne fait aucun doute! D’abord parce que comme vous l’avez peut-être remarqué, je n’ai pas traité des masculins, qui eux aussi méritent une analyse, et de plus je n’ai pas dépassé 1933. Il y a tous les autres parfums de Jacques Guerlain dont il faut que je parle comme L’Eau de fleurs de Cédrat, Sous le Vent, mais aussi tous ceux qui ont marqué d’autres époques, d’autres hommes et femmes. J’ai choisi ici pour une première série, mes Guerlain préférés dans les plus connus et que l’on peut encore trouver à la vente.

Je ne cache pas mon pessimisme quant à la tournure qu’ont pris les choses chez Guerlain depuis le rachat en 1996 de la maison par LVMH. Le Guerlain qui faisait rêver, le Guerlain dont la qualité était incomparable, dont les senteurs étaient uniques, est en train de couler petit à petit pour laisser place à une entreprise efficace certes, mais plus intéressée par l’argent que par ses produits. Mon avis est sûrement excessif, j’en suis consciente. Je m’interroge d’ailleurs sur la façon dont Guerlain aurait pu évoluer et si d’autres solutions étaient possibles. Assurer un rayonnement et une renommée internationale suppose de savoir se remettre en question, faire des concessions et s’adapter aux nouvelles contraintes qui se posent. Ces changements ne sont-ils pas survenus, aussi, parce que la maison n’a pas su suivre les modifications du marché ou n’a pas su adopter une stratégie payante qui lui aurait permis de garder son aspect à part entière? Toutes ces questions sont encore pour moi sans réponses. Je serai d’ailleurs ravie que vous puissiez m’apporter vos lumières à ce sujet.

Guerlain : Vol de Nuit

Aaaaah Vol de Nuit…! Je m’excuse d’avance pour le cliché qui va suivre, mais ce parfum me fait irremédiablement penser à la scène de vol (de nuit) dans The Aviator de Martin Scorcese… Ce n’est pas très original, certes, et en plus j’aurais mieux fait de parler d’Antoine de Saint Exupéry, mais non! C’est bien à Cate Blanchett et sa flamboyante chevelure rousse que me fait penser ce parfum. Chronologiquement il aurait pu parfaitement convenir à Katherine Hepburn, qui cultivait parfois un petit côté garçon manqué qui sied très bien à Vol de Nuit et son aspect vert : Orange, citron, madarine, fleur d’oranger, jonquille, galbanum, jasmin, santal, iris, vanille, mousse de chêne.

La guerlinade n’est pas excessivement marquée ici, car elle est atténuée par cet aspect vert, qui va du côté vert-tige au côté vert-bois. Vol de Nuit rime avec luxe, parce que je trouve que le rendu sur la peau fait penser à une lourde fourrure, imposante, chaude, luisante et d’une infinie douceur… En revanche, bien que sensuel et séducteur, je ne trouve pas que Vol de Nuit soit un oriental. Dans une interview exclusive que Vol de Nuit à bien voulu accorder à Poivre Bleu, il a déclaré : « Oh Shalimar et moi sommes des amis de loooongue date! Mais faut pas délirer non plus, nous n’avons pas les mêmes valeurs! »
Comme à l’accoutumée, c’est la petite note animale (même légère) qui doit, en plus de la vanille, de l’ambre et de tout autre baume enveloppant, être présente pour vraiment marquer l’orientalité (à mon goût). Elle n’est pas vraiment présente ici. Vol de Nuit, c’est plutôt un parfum mondain, un parfum du soir qui se porte un peu comme un bijou et qui en met pas mal dans la vue de tout le monde.

C’est une autre composition de Jacques Guerlain (on aura compris maintenant que je trouve que c’est lui le meilleur), qui se serait inspiré du roman d’Antoine de Saint Exupéry et qui aurait voulu en 1933 rendre hommage aux exploits féminins en aviation. C’est à l’origine Caron qui avec En Avion en 1932 avait lancé le concept… repris un an plus tard chez Guerlain. Cela dit, ces deux parfums n’ont rien à voir l’un avec l’autre. Comme toutes les autres créations de Jacques Guerlain, Vol de Nuit est très figuratif, il stimule l’imagination et très rapidement des images précises vous viennent en tête et créent l’ambiance dans laquelle vous aimeriez voir évoluer ce parfum. A la comparaison, En Avion est beaucoup plus abstrait, je l’associe plus à un caractère qu’a un moment, ce serait plus le type de parfum auquel on adhère toute une vie, tandis que Vol de Nuit parle d’un moment. Je crois que l’on a beaucoup décrit les Guerlain de cette façon, mais je trouve que pour le coup cela reflète bien la réalité. Cette idée a d’ailleurs été reprise dans l’Instant, mais le stimulant imaginaire n’a pas opéré sur moi.

Cette année, Vol de Nuit aura droit à son flanker rien que pour lui : Vol de nuit Evasion. (Lire un article intéressant sur les flankers ici) Point de magie dans celui-ci. Il y a du Vol de Nuit dans l’idée, mais je ne trouve pas un réel univers à ce parfum. J’aurais presque pu dire qu’il avait une petite touche originale (une impression bâton de rouge), mais il aurait fallu le sortir comme un nouveau parfum et non pas comme une déclinaison. Parce qu’on se retrouve en fait ici avec un Vol de Nuit sans âme : un parfum sucre-glace pour jeunes filles (super-fashion) découvrant Guerlain et sa nouvelle idée de la non-magie olfactive. Bon, bon, j’en rajoute, c’est vrai… Mais c’est vraiment décevant de voir les concepts des usines à frics être appliqués avec si peu de jugeote. Le plus naze c’est quand même de reprendre le flacon de L’Heure Bleue et de Mitsouko qui est très associé à ces deux parfums et de le coller à cette nouveauté, alors que Vol de Nuit a bien son propre flacon, très caractéristique aussi… pas très cohérent tout ça.

Sur ce, il est L’Heure Bleue (02h06) de se coucher, alors bon Vol de Nuit à toutes et à tous!

Guerlain : Après L’Ondée

Bien… après les émotions tom fordiennes, revenons-en à nos moutons. C’est d’ailleurs un bon moyen de résumer Après L’Ondée de Guerlain, un parfum bleu et blanc tout en douceur laineuse et en rondeurs douillettes. Créé par Jacques Guerlain tout comme L’Heure Bleue et Shalimar, on retrouve dans ce parfum la signature Guerlain, la fameuse guerlinade donc, même si selon certaines sources, elle n’aurait été créée qu’avec Shalimar. Je sens tout de même la présence d’une griffe dans ce parfum et je la trouve plus évidente à détecter dans celui-ci, même s’il est très léger, un peu sourd. Elle serait composée de baumes, d’iris et de vanille. L’iris domine fortement dans Après L’Ondée, ce qui donne au parfum un aspect limpide, transparent, tout en apportant sa belle note poudrée et en donnant une sensation de confort.

Sa composition : citron, bergamote, néroli, cassis, oeillet, violette, mimosa, santal, vanille, benjoin, iris, héliotrope. Les notes fraîches s’évaporent très vite, le coeur s’appuie sur une violette présente mais discrète (je n’aime pas beaucoup la violette), mais laisse assez vite place sur ma peau au fond laiteux, balsamique et poudré. Il me rappelle alors beaucoup L’Heure Bleue par le côté héliotrope et iris, deux composantes importantes de ces deux parfums. Mais je pousserai même la comparaison un peu plus loin, comme L’Heure Bleue, Après L’Ondée est un parfum-émotion, dans ces deux parfums Jacques Guerlain saisit un moment particulier à la manière des impressionnistes : on a la fraîcheur de l’air après la pluie, les odeurs mélangées du jardin mouillé qui s’évaporent par bouffées vaporeuses et humides. En ce sens, L’Heure Bleue en est une parfaite continuité, car il intensifie les sensations pour créer une autre émotion.

Après L’Ondée est un très joli parfum, mais je trouve qu’il a assez mal vieilli par rapport aux autres de la même époque. Il fait plus âgé, un peu figé, peut-être est-ce parce que son évolution est rapide et que l’on atteint le fond en très peu de temps. C’est un parfum que j’aime sentir pour le plaisir, juste pour le moment qu’il évoque, mais que je n’aimerai pas porter je pense. Ce parfum fut composé par Jacques Guerlain en 1906, celui qui créa L’Heure Bleue (1912), Mitsouko (1919), Shalimar (1925) et Vol de Nuit (1933). Trois de ces compositions font partie de mes favorites, il est celui qui a mon sens avait le sens créatif le plus inventif et le plus aiguisé, et puis quand on a créé Shalimar, on n’est pas n’importe qui. Ces fragrances ont celles qui ont le plus participé à la construction du mythe Guerlain, et méritent à mon sens une attention toute particulière : prenez le temps d’aller les redécouvrir, et de constater par vous même la façon dont elles se démarquent des autres Guerlain, tout en s’intégrant à l’ensemble pour créer cohésion et continuité.

Prochain et avant-dernier billet Guerlain pour Vol de Nuit à venir.

Sources : Wikipedia, guerlain.com, OsmoZ

EDITION SPECIALE EDITION SPECIALE EDITION SPECIALE

Chères Lectrices et Lecteurs de Poivre Bleu, j’ai la joie de vous annoncer la publication ci-dessus du 100e billet de Nez Bavard. J’espère que vous avez apprécié me suivre jusqu’ici et que vous me suivrez encore longtemps dans mes investigations parfumées.

Guerlain : Jicky

Analyser Jicky à la suite de Shalimar a rendu celui-ci plus intéressant. Etant considéré comme l’origine de Shalimar, on ne peut s’empêcher de retrouver des similitudes entre ces deux parfums. Selon les sources Jicky est considéré comme un oriental-vanillé ou un aromatique-fougère… Deux familles qui n’ont à peu près rien à voir entre elles. Je trancherai pour les orientaux. La tête aromatique prononcée de Jicky (qui rappelle grandement celle du Mouchoir de Monsieur), se prolonge sur le coeur et lui apporte une certaine fraîcheur, mais ce qui m’a décidée a été la note animale de Jicky. Celle qui caractérise pour moi les vrais orientaux, et qui est dans ce parfum bellement assumée et portée en avant. Elle l’est plus que dans Shalimar, qui a été grandement arrondi et féminisé avec la vanille. Jicky est plus androgyne, plus nu et moins sophistiqué. Bien qu’il ait été composé à l’origine pour les femmes, beaucoup d’hommes l’ont porté et le portent encore aujourd’hui. En effet, Jicky peut être considéré comme l’un des premiers grands parfums modernes : il fut l’un des premiers à utiliser des produits synthétiques dans sa composition, notamment la coumarine qui donne ici une odeur de foin et renforce les notes aromatiques ; mais il a surpris les femmes à son époque, car c’est l’un des premiers féminins à avoir utilisé les notes animales de la civette dans sa composition. Ce parti pris lui a d’abord valu d’être délaissé par les femmes qui n’étaient habituées qu’à des larges bouquets floraux. Il fut alors porté par les dandys anglais, jusqu’à ce que la presse féminine le redécouvre en 1912.

Bien qu’assez ancien, j’ai la sensation que ce parfum a été fait pour les jeunes femmes, et que c’est à elles qu’il va le mieux. Dans le même temps, il me transporte de façon assez significative au début du XXe siècle (peut-être à cause de la publicité), sans pour autant paraître vieillot et poussiéreux. Le fait que je le voie porté par des femmes ne lui enlève rien de son androgynité et c’est entre autres ce qui m’a plu chez lui. Je serais curieuse de le sentir sur un homme, car il correspond assez bien aux critères masculins de notre époque. C’est donc (pour moi) un oriental, mais dont la note aromatique a été poussée : citron, bergamote, lavande, romarin, jasmin, patchouli, rose, vétiver, coumarine (foin), cuir, ambre, civette, fève tonka, benjoin, vanille, encens. L’accord fougère arrondi par la vanille et le benjoin me fait penser à Body Kouros pour son aspect un peu rustique entouré de chaleur.

De la personne qui porte Jicky émane assurance et élégance. Mais en second plan, le sillage transporte avec lui une impression légèrement poisseuse de poussière et de sébum qui est donc la note animale apportée entre autres par la civette. Sensation qu’il a bien entendu fallu reconstruire synthétiquement aujourd’hui. J’aime chez Jicky son côté garçon manqué, sa note sauvage (aromates et coumarine) qui fond et s’étire sur la peau jusqu’à en faire partie ; le fait qu’il symbolise une époque et qu’il la transporte littéralement avec lui dans son accord et son sillage vraiment unique. Il est apprécié des connaisseurs, mais méconnu du grand public, car vivant dans l’ombre de Shalimar dont il est pourtant l’inspiration directe. Jicky est un oriental selon Guerlain, il représente tout comme Shalimar un Orient idéalisé, synthétisé et finalement occidentalisé par cette grande maison de parfumerie. Elle s’est appropriée ses matières premières et a recréé un univers de contes et légendes dans ses parfums pour donner la sensation à ses clientes de porter du mythe en parfum. Il y a encore peu de temps, Guerlain était avec Caron la seule maison qui avait su matérialiser un véritable trait d’union Orient-Occident dans ses parfums en utilisant un savoir-faire à la française. Caron reste à part, la globalisation a eu raison de l’esprit Guerlain.

Sources : Guerlain, Wikipedia, escentual.co.uk (photo du flacon)

Guerlain : Shalimar II

Nez Bavard is back to business!!

Et pour poursuivre la série de billets sur les Guerlain, on reprend aujourd’hui avec Shalimar. En effet suite aux réactions de plusieurs lecteurs sur le précédent billet, j’ai voulu réessayer Shalimar et refaire son analyse. J’avais déjà évoqué le principe « du bon vin » dans le billet sur l’odeur du papier, et il me semble que les nez sont régis par la même loi : pour peu que l’on prenne la peine d’exercer son nez, il s’améliore en vieillissant, et je sens aujourd’hui plus de choses qu’en janvier dernier…

Shalimar est donc classé dans les parfums orientaux… Cette famille olfactive est un mystère pour moi tellement elle est utilisée à toutes les sauces. Mais ça doit sûrement faire bien d’avoir marqué « oriental » sur son étiquette, on se sent moins bête au milieu de tous les autres flacons sur les étagères et on peut crâner auprès des copains…
« – Wwaaaaaaahhh… Alors c’est toi Shalimar? L’oriental le plus oriental des orientaux? (demande Ange ou Démon, l’oriental-raté)
– Héhé! Oui, c’est Moua…
(répond Shalimar, l’oriental des orientaux)
– Pas si vite mon coco, moi c’est Jicky (le vénérable oriental) et je suis plus vieux que toi, alors rend à César ce qui appartient à César! Presto! »

Pour la petite anecdote, la légende voudrait que Jacques Guerlain ait versé quelques gouttes d’éthyl-vanilline dans un flacon de Jicky « pour voir », et que le résultat soit à l’origine de Shalimar. Cela dit, comme avec le N°5 de Chanel, où est la limite entre mythe et réalité? Les orientaux, parfois appellés « ambrés », constituent une famille de parfums qui se caractérise par sa sensualité et sa chaleur, développant dans ses parfums des notes poudrées, vanillées, animales. Cette famille a donné beaucoup de sous-familles ; et je trouve que souvent le terme d’oriental est utilisé plus pour stimuler l’imaginaire des clientes que pour rendre compte de la présence d’éléments spécifiquement orientaux dans la fragrance. Shalimar est sans nul doute le parfum auquel se réfère l’imaginaire collectif lorsqu’il pense « oriental ». Il résume à lui seul la catégorie ambré-vanillé qui est la plus représentative des orientaux. Il me semble cependant qu’il ne suffit pas de contenir de la vanille et de l’ambre dans sa composition pour être un oriental.

Tel que je le perçois, un parfum oriental doit avant tout se démarquer des autres par une certaine animalité, ce qui est le cas de Shalimar et de Jicky avant lui. Un véritable aspect peau, voire sécrétion, doit pouvoir se deviner dans la composition (de façon plus où moins marquée), sans cela pas de chaleur et de sensualité carnée au rendez-vous. C’est cet élément qui pour moi est à l’origine du succès de Shalimar. Jacques Guerlain a su dompter et styliser une note animale présente mais mystérieuse, qui oscille entre force et délicatesse. Je trouve d’ailleurs que cet accord est plus marqué chez Jicky, ce qui le rend peut-être moins évident à apprivoiser. Shalimar, lui, est enveloppé de voiles de rondeur vanillée, féminisé par quelques fleurs et adouci par de la fève tonka, le tout posé sur son fond animal, à l’origine composé de civette, musc, ambre gris, cuir et patchouli qui lui procurait toute sa charge sensuelle. J’ai eu la chance de pouvoir analyser Shalimar avec un flacon ayant appartenu à ma maman et qui bien qu’un peu vieux ne s’est pas abîmé. Je donne cette précision parce qu’il est clair pour moi que la qualité des anciens (et nouveaux) parfums Guerlain a baissé. LVMH pompe aujourd’hui sérieusement sur le capital de confiance de la maison Guerlain, qui est synonyme depuis sa création de qualité. Force est de constater que les choses ont changé, comme me le faisait remarquer une lectrice dans un commentaire, les EDP actuelles correspondent aux EDT de l’époque de nos grand-mères, ce qui veut dire que les extraits que l’on nous vend aujourd’hui très cher étaient alors vendus comme des EDP! Seules des marques comme Montale ou Serge Lutens proposent encore des eaux de parfums concentrées à 25% dans l’alcool à des prix abordables (55 € un 50 ml chez Montale contre 87 € les 7,5 ml d’extrait de Shalimar…).

Mon avis sur Shalimar a sensiblement changé par rapport à janvier dernier. Bien que je n’affectionne pas particulièrement ce parfum, je dois lui reconnaître une grande finesse de composition, une audace assumée et une empreinte inoubliable. Je suis de moi-même allée à la rencontre de Shalimar, car je n’étais pas née lorsque ma mère l’a porté, bien que sa réputation l’ait précédé. Je m’y suis habituée, mais il reste synonyme de grande sophistication et je lui préfère l’Heure Bleue, plus intime et confidentielle.

Sources : OsmoZ, http://www.guerlain.com, Wikipedia, Images de Parfums (publicité Shalimar)

Guerlain : L’Heure Bleue

On commence cette série de billets par un coup de coeur survenu lors de mes premiers pas dans le monde du parfum. L’Heure Bleue est le parfum qui m’a réellement introduite à la maison Guerlain, bien plus que Shalimar ; en effet, le mythe Guerlain s’est cristallisé pour moi autour de cette fragrance. Elle se démarque des autres à mon nez, sans que je sache exactement dire pourquoi et sans que cela m’empêche d’aimer les autres. Peut-être la clé de l’énigme se trouve-t-elle dans le nom du parfum?

Créé en 1912 par Jacques Guerlain, il se serait inspiré de ce moment particulier de la journée où le soleil disparaît à l’horizon et où la lumière imprègne l’atmosphère d’un voile bleuté et pénétrant. Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est que L’Heure Bleue transmet de l’émotion, n’est pas seulement un bel oriental poudré enveloppant… il a une profondeur pleine de mystère, il est doux, tendre et heureux. Pour moi il évoque surtout la façon dont on se sent à une seconde précise : c’est comme une photographie de la manière dont on perçoit les éléments autour de soi, la capture d’une ambiance. Cependant L’Heure Bleue est un parfum, il est émotion instantanée et éphémère par essence. La sensation de ne pouvoir fixer le sentiment et le moment a valu à L’Heure Bleue une réputation de parfum triste et mélancolique. Comme s’il rappellait trop durement des souvenirs perdus, des époques lointaines… C’est pour moi tout l’inverse que suggère ce parfum : réconfort, tendresse, calme ; il nous transporte dans ces épisodes de tranquillité sereine qui nous envahissent lorsque l’on regarde le ciel au crépuscule. Et où l’on sourit du coin des lèvres en repensant à tout un tas de choses plaisantes en écoutant une musique douce… Vous entendez ?? …

L’Heure Bleue est un long manteau, dont les pans veloutés frôlent vos jambes, carressent votre cou, effleurent vos bras… Son empreinte est exceptionnelle et évidemment unique, le sillage est souple et la tenue remarquable. J’adore son côté rétro (que l’on retrouve sur le flacon), qui rappellent l’époque des grands orientaux, ceux que l’on sait plus vraiment créer maintenant parce que devenus « trop » classiques. Sur le plan olfactif, L’Heure Bleue est un oriental-floral composé de : bergamote, anis, estragon, sauge, clou de girofle, rose, fleur d’oranger, oeillet, héliotrope, iris, vanille, musc. La première giclée est légèrement médicinale, car la présence des aromates et du clou de girofle est marquée en tête. Cet aspect me plaît mais devient rapidement amandé-poudré avec l’héliotrope, puis poivré-vanillé lorsque le clou de girofle revient et que l’oeillet apparaît. Ce parfum est plus balsamique que poudré pour moi, même si on ne peut pas manquer de relever sa douceur. Il s’étire ensuite sur un interminable fond où s’entremêlent vanille, héliotrope, clou de girofle et oeillet (à noter que la note oeillet est obtenue à partir de l’eugénol, un des composants principal du clou de girofle).

Il a été injustement oublié et l’est encore aujourd’hui, au profit de Mitsouko et de Shalimar. Ce n’est peut être pas plus mal, car il est vrai qu’on le sent très peu aujourd’hui, et qu’il garde ainsi un peu de son précieux mystère. C’est mon Guerlain préféré et il est en bonne position dans mon Top 10 tout genres confondus. Malgré ce que l’on a pu lire ou entendre à la sortie d’Insolence, L’Heure Bleue n’a strictement rien à voir avec ce dernier, ni dans l’odeur, ni dans l’évocation, et n’avait nul besoin d’une absurde modernisation.
Voir aussi le billet de Now Smell This sur ce parfum (en anglais).
Prenez le temps pour découvir où redécouvrir ce parfum, disponible à la Boutique des Champs-Elysées.
87€ les 75ml en EDP.

Dessin de Paul Poiret.

Une semaine chez Guerlain

Nez Bavard vous propose en cette semaine de rentrée de lire une petite série de billets consacrés à Guerlain. Je sélectionnerai les parfums en fonction de mes goûts personnels pour tenter de donner un aperçu de ce qui a contribué à construire la réputation de cette maison. Shalimar qui a déjà été commenté sur Poivre Bleu aura droit à un billet de mise à jour pour tenter d’approfondir son succès. Nous verrons aussi comment depuis le rachat définitif de la maison par LVMH, la marque a pris un nouveau virage de son histoire.

J’éspère que cette semaine vous intéressera et que vous donnerez votre avis sur les parfums et les différentes interrogations que je me pose.


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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