Posts Tagged 'poudré'

Kenzo : Eau Indigo

Fichtre ! Encore une flaque d’eau en flacon… ou pas. Alors que L’Eau par Kenzo nous transportait en 1996 dans un univers aquatique souple et fin, dans sa version femme autant que dans sa version homme, les deux nouveaux flankers de cette dernière ont bien du mal à nous transporter de la même manière. Ces eaux n’ont rien de rafraîchissant et sont un exemple assez criant d’une belle incohérance sur le concept.

eau indigo kenzoDepuis le succès incontestable de Flower By Kenzo sorti en 2000, la marque tente de se construire un univers et une image dans la lignée de ce parfum : cotonneux, enveloppant, rassurant, affectueux et hospitalier… Cela m’évoque une sorte de régression vers le sein maternel, un retour vers l’époque bénie ou nous ne vivions que de talc, de lait de toilette, de pyjama de coton et de peau douce de maman. Certes, cette analyse ne marche vraiment que pour la ligne femme de la maison. Car, à l’inverse, il me semble que les parfums homme de Kenzo même s’ils tournent, à peu de chose près, tous autour du gingembre et du vétiver, on du mal à se trouver une place parmi les concurrents et même au sein de la marque. Finalement, les créations pour femmes finissent toujours par prendre la même direction, un départ un peu lourd qui s’étire fatalement vers un fond poudré-crémeux. Quitte à perdre le patrimoine créé autour d’un parfum pré-Flower… C’est le cas ici avec L’eau Indigo qui plonge parfaitement dans ce cliché « cocooning » en tout cas pour la version femme.

L’eau Indigo pour Femme développe les notes de bergamote, mandarine, jasmin, fleur d’oranger, ylang-ylang, fève tonka et ambre. Le départ est très agréable, mais entre d’emblée dans une dimension cosmétique de crème pour bébé. La note poudrée et crémeuse ne cessera de s’intensifier au fur et à mesure de l’évolution. Le coeur poursuit la dimension cosmétique mais sur un terrain assez surprenant de savon et de mousse à raser, à tel point que le parfum finit par m’évoquer Le Mâle. Et puis brusquement, la chute survient, la mousse à raser se fait plus discrète et le fond laisse place à un fini poudré et propre de crème pour le corps. Au bout du compte, même si le parfum est agréable, on s’ennuie à mourir, on retrouve une énième fois des sensations déja explorées qui n’évoquent plus grand chose tellement elles ont été martelées. Il faut aussi préciser que je suis totalement partiale vis à vis des imitations cosmétiques qui n’ont rien à faire en parfumerie fine à mon goût, sauf quand elles sont maniées avec audace bien sûr. Malheureusement ici je n’ai pas d’autre sentiment qu’une impression de copier-coller bête et méchant qui transpire la facilité.

La version homme pourrait donner l’illusion d’une réussite, mais ça ne restera bien qu’une illusion. C’est surtout qu’à le sentir à côté de son pendant féminin, on a tout de même moins la sensation d’une arnaque caractérisée. Les notes développées sont (un peu comme prévu) : citron, gingembre, élémi, coriandre, vétiver, cèdre, ambre, ciste labdanum, et fève tonka. Que du beau monde ! Là encore, le départ est réussi, très citronné, pinçant, un peu piquant et pour le coup rafraîchissant grâce à un air lointain d’Eau de Cologne. On est déjà plus dans le registre de « l’eau ». L’entrée en matière est très agréable donc et redonne le sourire. Mais le sourire s’éteint très vite, car le coeur est anormalement sec et agressif comme une rafale de vent, sèche et pleine de poussière. Le gingembre pique et n’apporte plus de fraîcheur, l’ensemble se fait dissonnant. Les bois entrent en scène relativement tôt et l’évolution s’arrêtera là. Un poussée de départ trop rapide qui se clôt sur un boisé-propret.

Rien de bien folichon donc, pour ces flankers qui viennent alourdir les linéaires déjà surchargés. J’ai en outre trouvé que l’univers olfactif des deux parfums s’accordait assez mal avec la période de l’année, même s’ils sont présentés comme des parfums du soir.

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Guerlain : Après L’Ondée

Bien… après les émotions tom fordiennes, revenons-en à nos moutons. C’est d’ailleurs un bon moyen de résumer Après L’Ondée de Guerlain, un parfum bleu et blanc tout en douceur laineuse et en rondeurs douillettes. Créé par Jacques Guerlain tout comme L’Heure Bleue et Shalimar, on retrouve dans ce parfum la signature Guerlain, la fameuse guerlinade donc, même si selon certaines sources, elle n’aurait été créée qu’avec Shalimar. Je sens tout de même la présence d’une griffe dans ce parfum et je la trouve plus évidente à détecter dans celui-ci, même s’il est très léger, un peu sourd. Elle serait composée de baumes, d’iris et de vanille. L’iris domine fortement dans Après L’Ondée, ce qui donne au parfum un aspect limpide, transparent, tout en apportant sa belle note poudrée et en donnant une sensation de confort.

Sa composition : citron, bergamote, néroli, cassis, oeillet, violette, mimosa, santal, vanille, benjoin, iris, héliotrope. Les notes fraîches s’évaporent très vite, le coeur s’appuie sur une violette présente mais discrète (je n’aime pas beaucoup la violette), mais laisse assez vite place sur ma peau au fond laiteux, balsamique et poudré. Il me rappelle alors beaucoup L’Heure Bleue par le côté héliotrope et iris, deux composantes importantes de ces deux parfums. Mais je pousserai même la comparaison un peu plus loin, comme L’Heure Bleue, Après L’Ondée est un parfum-émotion, dans ces deux parfums Jacques Guerlain saisit un moment particulier à la manière des impressionnistes : on a la fraîcheur de l’air après la pluie, les odeurs mélangées du jardin mouillé qui s’évaporent par bouffées vaporeuses et humides. En ce sens, L’Heure Bleue en est une parfaite continuité, car il intensifie les sensations pour créer une autre émotion.

Après L’Ondée est un très joli parfum, mais je trouve qu’il a assez mal vieilli par rapport aux autres de la même époque. Il fait plus âgé, un peu figé, peut-être est-ce parce que son évolution est rapide et que l’on atteint le fond en très peu de temps. C’est un parfum que j’aime sentir pour le plaisir, juste pour le moment qu’il évoque, mais que je n’aimerai pas porter je pense. Ce parfum fut composé par Jacques Guerlain en 1906, celui qui créa L’Heure Bleue (1912), Mitsouko (1919), Shalimar (1925) et Vol de Nuit (1933). Trois de ces compositions font partie de mes favorites, il est celui qui a mon sens avait le sens créatif le plus inventif et le plus aiguisé, et puis quand on a créé Shalimar, on n’est pas n’importe qui. Ces fragrances ont celles qui ont le plus participé à la construction du mythe Guerlain, et méritent à mon sens une attention toute particulière : prenez le temps d’aller les redécouvrir, et de constater par vous même la façon dont elles se démarquent des autres Guerlain, tout en s’intégrant à l’ensemble pour créer cohésion et continuité.

Prochain et avant-dernier billet Guerlain pour Vol de Nuit à venir.

Sources : Wikipedia, guerlain.com, OsmoZ

EDITION SPECIALE EDITION SPECIALE EDITION SPECIALE

Chères Lectrices et Lecteurs de Poivre Bleu, j’ai la joie de vous annoncer la publication ci-dessus du 100e billet de Nez Bavard. J’espère que vous avez apprécié me suivre jusqu’ici et que vous me suivrez encore longtemps dans mes investigations parfumées.

Guerlain : L’Heure Bleue

On commence cette série de billets par un coup de coeur survenu lors de mes premiers pas dans le monde du parfum. L’Heure Bleue est le parfum qui m’a réellement introduite à la maison Guerlain, bien plus que Shalimar ; en effet, le mythe Guerlain s’est cristallisé pour moi autour de cette fragrance. Elle se démarque des autres à mon nez, sans que je sache exactement dire pourquoi et sans que cela m’empêche d’aimer les autres. Peut-être la clé de l’énigme se trouve-t-elle dans le nom du parfum?

Créé en 1912 par Jacques Guerlain, il se serait inspiré de ce moment particulier de la journée où le soleil disparaît à l’horizon et où la lumière imprègne l’atmosphère d’un voile bleuté et pénétrant. Ce que l’on peut dire en tout cas, c’est que L’Heure Bleue transmet de l’émotion, n’est pas seulement un bel oriental poudré enveloppant… il a une profondeur pleine de mystère, il est doux, tendre et heureux. Pour moi il évoque surtout la façon dont on se sent à une seconde précise : c’est comme une photographie de la manière dont on perçoit les éléments autour de soi, la capture d’une ambiance. Cependant L’Heure Bleue est un parfum, il est émotion instantanée et éphémère par essence. La sensation de ne pouvoir fixer le sentiment et le moment a valu à L’Heure Bleue une réputation de parfum triste et mélancolique. Comme s’il rappellait trop durement des souvenirs perdus, des époques lointaines… C’est pour moi tout l’inverse que suggère ce parfum : réconfort, tendresse, calme ; il nous transporte dans ces épisodes de tranquillité sereine qui nous envahissent lorsque l’on regarde le ciel au crépuscule. Et où l’on sourit du coin des lèvres en repensant à tout un tas de choses plaisantes en écoutant une musique douce… Vous entendez ?? …

L’Heure Bleue est un long manteau, dont les pans veloutés frôlent vos jambes, carressent votre cou, effleurent vos bras… Son empreinte est exceptionnelle et évidemment unique, le sillage est souple et la tenue remarquable. J’adore son côté rétro (que l’on retrouve sur le flacon), qui rappellent l’époque des grands orientaux, ceux que l’on sait plus vraiment créer maintenant parce que devenus « trop » classiques. Sur le plan olfactif, L’Heure Bleue est un oriental-floral composé de : bergamote, anis, estragon, sauge, clou de girofle, rose, fleur d’oranger, oeillet, héliotrope, iris, vanille, musc. La première giclée est légèrement médicinale, car la présence des aromates et du clou de girofle est marquée en tête. Cet aspect me plaît mais devient rapidement amandé-poudré avec l’héliotrope, puis poivré-vanillé lorsque le clou de girofle revient et que l’oeillet apparaît. Ce parfum est plus balsamique que poudré pour moi, même si on ne peut pas manquer de relever sa douceur. Il s’étire ensuite sur un interminable fond où s’entremêlent vanille, héliotrope, clou de girofle et oeillet (à noter que la note oeillet est obtenue à partir de l’eugénol, un des composants principal du clou de girofle).

Il a été injustement oublié et l’est encore aujourd’hui, au profit de Mitsouko et de Shalimar. Ce n’est peut être pas plus mal, car il est vrai qu’on le sent très peu aujourd’hui, et qu’il garde ainsi un peu de son précieux mystère. C’est mon Guerlain préféré et il est en bonne position dans mon Top 10 tout genres confondus. Malgré ce que l’on a pu lire ou entendre à la sortie d’Insolence, L’Heure Bleue n’a strictement rien à voir avec ce dernier, ni dans l’odeur, ni dans l’évocation, et n’avait nul besoin d’une absurde modernisation.
Voir aussi le billet de Now Smell This sur ce parfum (en anglais).
Prenez le temps pour découvir où redécouvrir ce parfum, disponible à la Boutique des Champs-Elysées.
87€ les 75ml en EDP.

Dessin de Paul Poiret.

Billet Rose/Rose Post IV

La Rose du Jour : Baronne Prévost
Ohoh, Baronne Prévost! Attention Mesdames et Messieurs, voici que passe Madame la Baronne!
Baronne Prévost a tout de la belle rose ancienne. Un tenue robuste, de nombreuses épines, de grandes fleurs larges avec de nombreux pétales, et un parfum très présent! Elle a une jolie couleur rose avec quelques petites touches lilas. Sa tenue rigide et son parfum entêtant nous informe de son rang. C’est une charmante rose classique dont l’odeur envahit toute pièce où elle s’installe en bouquet. C’est plus ou moins l’odeur du géranium rosat, en un peu moins vert et légèrement plus poudré : plus rose donc. Je l’apprécie pour son port érigé, son parfum et son air rustique, bien plus appréciables que ceux des roses modernes qui se ressemblent toutes… Madame la Baronne se fera un plaisir de vous donner rendez-vous dans ses jardins privés plutôt vers 19 h, le temps pour elle de se rafraîchir et de vous laissez entrevoir tous les charmes dont elle est parée.

Le parfum du jour : Les Parfums de Rosine, Rose d’Amour
Les parfums de Rosine sont une interminable source de parfums à la rose! A condition de ne pas en vouloir plus de 13… CeciFlacon Rose d'Amour, Les parfums de Rosine étant, je n’ai pas résisté à l’envie de vous parler de Rose d’Amour pour ce billet, car après La Rose de Rosine, La Rose d’Amour est la deuxième fragrance « classique » de la marque, et je le trouvais approprié pour une rose telle que Baronne Prévost. Le rôle classique joué par La Rose de Rosine a été celui de la rose poudrée. Ici, avec Rose d’Amour, on joue sur une impression de savon à la rose : un savon extrêmement parfumé, avec les plus précieuses essences, très crémeux, fabriqué avec le plus grand soin et un savoir-faire maîtrisé. Un parfum qui nous est familier, qui rafraîchit, détend et laisse une sensation de propre. Sur la peau, Rose d’Amour se révèle, comme le parfum du savon se révèle avec l’eau, et par la suite laisse un fini non pas poudré mais soyeux et crèmeux qui s’accorde très bien avec la peau. Peut-être par convention, je le visualise sur une belle peau rose et douce, à l’image de la délicatesse des pétales de la rose. Rose d’Amour exprime la tendresse et le rire, il est confortable et positif.

Sources : http://www.les-parfums-de-rosine.com (photo du flacon), Poivrebleu (photo de Baronne Prévost)

Billet Rose/Rose Post I

Premier billet du projet : Rose et parfumée toute la semaine, nous allons comme prévu parler de rose, et de parfum!

La Rose du Jour : Gruss An Aachen
Pour une desription botanique, rendez-vous sur le site d’André Eve.
Gruss An Aachen est l’une de mes roses favorites, car elle résume assez bien tout ce que j’aime dans une rose. Un parfum, délicat et composé, une robe rose changeante de jour en jour (du rose peau au rose crème, puis pâle), des pétales fins très nombreux… voilà comment résumer Gruss An Aachen. Je l’aime tellement, que parfois, je cueille une jeune fleur, j’enroule sur la tige un ruban ou un fil, puis je la fixe sur une veste avec une épingle et j’obtiens une superbe broche odorante et inattendue. Elle est belle, juste à regarder, elle a été élue Plus Belle des Roses Anciennes au Congrès mondial des roses en 2000. En dépit du fait qu’elle puisse être moins parfumée que d’autres de ses collègues, j’apprécie le parfum de Gruss An Aachen aussi parce qu’il est subtil et moins spectaculaire que d’autres. Il faut parfois le chercher, le contourner pour enfin le saisir du bout du nez. C’est une sensation fraîche légèrement épicée qui ressort. C’est une belle rose de jardin, facile à vivre et à entretenir et qui fera des merveilles dans un bouquet.

Le Parfum du Jour : Les Parfums de Rosine, La RoseLa Rose de Rosine de Rosine
Gruss An Aachen était un bon résumé de la rose, La Rose de Rosine est un bon résumé du parfum à la rose. Notons tout de même qu’il ne faut pas réduire Gruss An Aachen et La Rose de Rosine à des résumés de l’idée de rose ou de parfum à la rose. Pour beaucoup, la rose emblématique doit être rouge sang, avec des pétales veloutés et doit exhaler un parfum enivrant! Gruss An Aachen est loin de répondre à tous ces critères, mais en revanche, François Robert s’est sans nul doute inspiré de cette image synthétique de la rose pour composer La Rose de Rosine. La fleur qui compose le parfum est d’ailleurs décrite comme telle sur le site : une rose rouge sombre au parfum puissant et grisant. Ce parfum est d’un romantisme affirmé, volutes raffinées, sillage poudré et persistant. La sensation première est assez aérienne, mais dans le sens d’un poudre fine déposée avec une houppette. Sur le coeur, la poudre s’atténue, laissant plus de place au parfum dense d’une rose rouge opulente et dominatrice. La composition de ce parfum donne presque un corps palpable à la fleur de La Rose de Rosine : Ylang, Jasmin, Fève Tonka et bien sûr les roses qui entrent dans le jus évoquent une rose potelée aux pétales épais et poudrés. La composition exacte comprend : violette, tagète, ylang, roses, rose de Turquie, rose de Bulgarie, jasmin, fève tonka, iris, baume du Pérou, benjoin.
Avec La rose de Rosine, la peau embaume la rose mûre et épanouie. Sa qualité en fait un parfum irréprochable, un classique sans nul doute, et un plaisir à porter, car il sent tout au long de la journée et tient très bien.

Sources : Les Parfums de Rosine, http://www.parfyym.pri.ee (photo du flacon), Poivrebleu (photo de Gruss An Aachen)

L’Artisan Parfumeur : Bois Farine

L’Artisan Parfumeur nous étonne régulièrement avec des créations atypiques et dépaysantes. Dans cet esprit, Jean-Claude Ellena a initié en 2003 le premier volet de la série « Odeur volée par un parfumeur en voyage » avec Bois Farine. Pour ma part c’est l’un des jus les plus surprenants que j’ai eu l’occasion de sentir dans la même veine que le 71 de Comme des Garçons. C’est un parfum qui ne se réveille que sur la peau et à qui il faut laisser le temps d’ouvrir ses fenêtres. Il ne s’adopte pas toujours dès la première inspiration, car son odeur semble un peu cuisinée. Du fait que sa note soit vraiment inconnue (en tout cas dans un parfum), c’est l’un des jus qui suscite le plus de commentaires divergents… Ce que je sens dans les premiers instants, c’est surtout la cacahuète ou le beurre de cacahuète. Difficile de s’imaginer sentir la cacahuète! Au bout de quelques minutes seulement, apparaît une odeur parfaitement indescriptible. Certains diront qu’on sent la farine, la pâte, le gâteau, le biscuit… Tout ça, c’est une peu trop cuisine pour moi.

Je ne peux pas renier la sensation « farine » du parfum, par farine j’entends : poudré, sec, dense et très fin ; un peu comme du talc. C’est vrai qu’on y retrouve ces odeurs familières, mais je préfère garder l’illusion de porter une odeur inconnue, infiniment douce et personnelle, comme si elle sortait de ma peau. Cette impression est notamment due au fait que Bois Farine n’est pas un parfum à sillage, il n’est ni opulent, ni élancé. Ce qui ne l’empêche pas d’être infiniment rond, de déposer sur la peau un voile de poudre que l’on pourrait presque sentir et enfin de donner une substance, une trame à la peau. Bois Farine est par excellence le parfum de confort, de réconfort, le parfum qui s’enfile et s’oublie. Il est comme un filtre adoucissant, un rideau blanc qui estompe la lumière dure du soleil.

Pour parler des matières premières, Bois Farine est donc avant tout le résultat d’un voyage effectué par Jean-Claude Ellena à l’île de la Réunion. Sur cette île pousse un arbre appellé le Bois de Senteur Blanc, dont les fleurs roses sentent la farine. C’est une espèce endémique de la Réunion, c’est à dire qu’elle ne s’est développée que sur cette île. Son nom scientifique est Ruizia Cordata dont les feuilles argentées sont particulièrement velues. On dit de cet arbre qu’il aurait un pouvoir magique et qu’il chasserait les mauvais esprits. C’est lui qui a principalement inspiré la création de Bois Farine dans lequel on trouve aussi des graines de fenouil, de l’iris, du bois de santal, du bois de gaïac, du bois de cèdre et des muscs. Même si l’apprivoisement peut être un peu long, une fois qu’on le connait, on résiste rarement longtemps à l’envie de se draper dans la douceur et le confort qu’il apporte. La signature de Bois Farine est différente sur chaque peau, c’est ce qui donne tellement l’impression que le parfum nous appartient, il se porte quand rien d’autre ne se présente, quand on a juste envie d’être soi, simple, d’humeur tranquille.

Sources : Basenotes, Wikipedia (photo B.Navez), http://www.flore-reunion.com, flickr(Photo des rideaux par tataAnne)

Guerlain : Insolence ou l’Empire LVMH

J’ai longuement hésité à écrire sur le dernier parfum de Guerlain : Insolence. Je dois en effet admettre que je n’ai pas beaucoup de choses positives à dire sur lui. En vérité, cette dernière création est l’aboutissement d’une nouvelle politique chez Guerlain, amorcée sous l’impulsion de LVMH qui a racheté la maison définitivement en 1996. (LVMH avait acquis 14% des parts en 1987). En 1996, sort Champs-Elysées, le premier parfum Guerlain a ne pas avoir été composé par un membre de la famille. En vérité, la création reste dirigée par Jean-Paul Guerlain, jusqu’en 2002, date de son départ. C’est à partir de cette date me semble-t-il que la création chez Guerlain a pris un tournant. Avec L’Instant, et plus récemment Insolence, Guerlain s’inscrit à son tour dans un tendance moderne, et sûrement très éphémère…

L’Instant conserve, je trouve, une signature particulière, ce qui lui a permis de garder un certain prestige. Mais Insolence, conçu pourtant par le même parfumeur : Maurice Roucel, m’a totalement dépitée. Le choix a été fait de créer un parfum facile, scintillant, superficiel et surtout excessivement aisé à vendre… Un parfum pour le plus grand nombre, pour faire du chiffre, pour plaire plus que pour toucher. On le voit d’ailleurs très bien dans le choix d’une actrice hollywoodienne (Hilary Swank) pour être l’égérie du parfum. Je n’ai rien contre les actrices, d’Hollywood ou d’ailleurs, mais je ne vois rien d’audacieux ou de pertinent dans ce choix, étant donné que Charlize Theron est actuellement l’image de J’adore de Dior, l’écho est trop visible. Ce qui me désole le plus, ou ce qui me fait le plus peur, c’est l’impression que Guerlain est sur une très mauvaise voie, qui va lui faire perdre son prestige et son raffinement. D’un autre côté les créations de « L’art et la matière » sont une réelle réussite (Cuir Beluga, Rose Barbare, Angélique Noire, Bois d’Arménie) et les éditions limitées Plus que Jamais Guerlain (maintenant accessible en édition classique) et Nuit d’Amour (à paraître prochainement en édition classique) sont aussi des perles rares. Où donner de la tête? On est intensément déçue et en même temps chaleureusement réconfortée. Il faut tout de même noter que les exceptions et les réussites citées plus haut se vendent désormais très cher, et ne sont pas (ou plus) accessibles à toutes les bourses, ce que je trouve assez dommage.

Il est toujours facile de critiquer, mais je ne peux pas comprendre un tel virage de la maison, qui j’en ai peur va perdre en qualité… Cette Insolence n’en est pas une, c’est un bonbon à la violette enfariné qui ne se place pas plus haut que Miss Dior Chérie. La seule vrille (on ne parle plus de pyramide mais de spirale) agréable est la tête : Framboise/Pulpe de fruits rouge. Les deux autres « vrilles » se composent comme suit : Violette/Rose/Fleur d’Oranger ; puis : Iris/Fève Tonka/Résine.
Je dois reconnaitre qu’ Insolence marie deux matières premières avec lesquelles j’ai régulièrement du mal : la violette, et l’iris. Certes, cette impression négative ne vient peut-être que de moi, et je ne rends certainement pas hommage au travail de Maurice Roucel. Cependant, pour en avoir discuté autour de moi, je ne suis pas la seule à ne pas aimer ce parfum commercial peu raffiné destiné à plaire à la première venue. J’ai deux choses à souligner : le parfum se vend très bien, on le sent tous les 10 mètres dans la rue, et il a une note bien à lui qui ne s’oublie pas! Note qui pour ma part me dérange affreusement.
J’espère seulement que ce passage délicat n’est qu’un passage et que l’on aura le plaisir de sentir à nouveau un Guerlain à la prochaine création!

Sources : OsmoZ, Guerlain


La Wish-List de Nez Bavard

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