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33° à l’ombre / Genève, CH

20h43. Une journée étouffante touche à sa fin, la brise s’est levée et l’odeur du lac rentre par les fenêtres que nous avons enfin ouvertes. Billie Holiday nous accompagne de sa voix nonchalante et nostalgique et Frank Sinatra me regarde du haut de ses 22 ans… (Diable, je deviens vieille…)

Notre ami Méchant Loup nous en a parlé il y a quelques jours, et j’avais envie de pousser le vice un peu loin aujourd’hui. J’ai donc vaporisé, au hasard des flacons : Notorious (Ralph Lauren), Muscs Koublai Khan (Serge Lutens) et Amber Absolute (Tom Ford) sur mes bras. Le résultat est assez… sauvage, mais ne manque pas de chic. Amber Absolute et son encens baumé sombre est celui qui parle le plus fort. Je me sens de façon assez amusante plongée dans uns atmosphère années 30, bien que le son de la télé me parvienne et que je m’apprête à déguster une délicieuse tarte aux courgettes. Je ne puis faire attendre mon hôte plus longtemps… Mais je reviendrai sur mes essais de la journée, la chaleur les ayant durement éprouvés, sûrement autant que moi…

En attendant, rafraîchissez-vous!!

L’Eau Serge Lutens ou l’hyper-fonction

Jeudi 26 novembre, vêtu de rouge à lèvres et de son manteau noir, Nez Bavard se rend au 15 square de Vergennes, Paris 15e.

Serge Lutens a en effet choisi cet endroit comme lieu de présentation pour sa nouvelle création : L’eau Serge Lutens. Construit en 1932, c’était, à l’origine, l’atelier du Maître verrier Louis Barillet. Le bâtiment, qui fut repris par Yvon Poullain par la suite, est aujourd’hui ouvert au public : on peut venir y admirer un fonds permanent d’œuvres de l’artiste Yonel Lebovici, mais aussi visiter un espace dédié à des expositions éphémères…

Le lieu explique le parfum. Ou plutôt l’inverse, je ne sais pas trop. Mais pour ma part, je n’ai réellement compris cette nouvelle création qu’après avoir visité l’espace réservé à l’artiste sculpteur Yonel Lebovici. On peut y voir un certain nombre de pièces portant sur la démesure et le détournement d’objets du quotidien, l’ensemble n’étant pas dénué d’humour.  Vous trouverez notamment une pince à linge (Pince à Linge, 1978) de 2 mètres de haut, une lampe torche Maxi (Maxi, 1978) de 65 cm sur 15 qui fait de la vraie lumière, ou encore une pince à documents réarrangée en fauteuil à bascule (Pince sans rire, 1986). C’est cette option du gigantisme qui semble avoir été choisie par Serge Lutens pour cette fragrance :  la composition reprend dans sa construction un élément du quotidien, et l’amplifie dans des proportions inhabituelles de façon à en modifier la perception…

Ici, on parle de l’odeur du propre. Dans notre quotidien de tous les jours, qu’est-ce-que le propre ? C’est quelque chose de lavé et de parfumé. Aujourd’hui, le propre ne se dissocie plus de cette dimension « parfumée » qui est utilisée pour accentuer la sensation, et pour rejeter ou masquer les odeurs organiques naturelles (voir ici). C’est à cette intrusion excessive du parfum dans tous les recoins du quotidien qu’a voulu réagir Serge Lutens :

« Cette Eau est une réaction, une action, une volonté : être propre, trancher avec la fausse odeur qui règne sur tout. »

A l’image des oeuvres de l’artiste exposé au 15 square de Vergennes, l’Eau Serge Lutens accentue, exagère, amplifie l’idée du propre . Ce que l’on a l’habitude de sentir lorsque l’on sort de la douche et que l’on passe une chemise propre est gonflé pour devenir un géant, qui vient souligner l’absurdité de ce monde hyper-propre et hyper-hygiénique. Alors, quitte à vouloir sentir bon le propre, autant ne pas y aller de main morte et porter un parfum qui sent la lessive. Attention cependant, il ne s’agit pas d’un simple fantôme de votre Ariel préféré, la composition est plus élaborée. Car cette eau est un concept, une non-odeur : c’est l’agrandissement de l’odeur du linge propre sur la peau, ou de la peau en sortant de la douche. Cet anti-parfum n’a plus vocation à parfumer, et atteint le stade de l’hyper-fonction : vous plonger dans une idée, dans l’univers de la chemise blanche. L’accueillir comme un parfum serait une erreur, car cette eau n’a pas été conçue comme un parfum et n’en est pas un. L’Eau Serge Lutens sonne pour moi comme un pied de nez, un rire ironique large et bruyant envoyé à ce monde parfaitement propre, toujours frais, toujours parfumé, ayant perdu un rapport naturel avec lui-même. L’énormité et l’absurdité de la chose sont là pour nous faire prendre conscience de la dérive et nous rappeler le vrai plaisir du parfum :  » Un anti-parfum, non pas celui qui s’y substitue mais celui qui en redonne le goût « .

Dans la collection actuelle, c’est un ovni… Un virage à 180° que l’on attendait pas, mais qui pouvait se laisser deviner peut-être avec un Nuit de Cellophane qui tranchait déjà avec l’univers familier de la maison. C’est une ouverture, le début d’un chemin différent de ceux déjà explorés et qui montre peut-être l’envie de se renouveler et de découvrir de nouvelles choses et de nouveaux lieux. Cela n’a pas été affirmé, mais il est plus que probable que l’Eau Serge Lutens soit la première d’une (longue ?) série.

Et donc, que sent-elle cette eau ?

L’empreinte est résolument moderne et lumineuse, les sensations se rapprochent assez d’Essence de Narciso Rodriguez mais la construction de l’Eau accentue des éléments différents et prend une autre tournure. En tête, des aldéhydes, mais l’aspect savonneux est remplacé par l’impression de cristaux de soude, un côté crissant et très lumineux lié à un côté juteux et fruité. Pour ma part, la tête me fait invariablement penser à « Ô oui » de Lancôme, un parfum que j’ai longtemps porté jeune fille et qui rendait lui aussi une impression de fraîcheur et de propreté. Durant un moment, le parfum reste assez froid et distant, puis peu à peu, une sensation de confort s’installe, un métallisé cotonneux toujours très clair et aérien. L’odeur en elle-même reprend le thème de la lessive, un aspect savon-soude très présent avec une odeur terriblement musquée : des muscs blancs aux facettes cotonneuses, cristallines, métalliques, mais aussi fruitées. Il ne faut pas voir cette référence de façon péjorative, la lessive est représentée dans cette création, mais de manière idéale puisque l’on recherche l’odeur du propre, les aldéhydes et les muscs accentuent et appuient l’impression de clarté et de fraîcheur, si bien liée à la propreté. Bien que la maison communique sur un parfum majoritairement construit à partir d’ingrédients naturels, ce n’est pas la sensation qui s’en dégage. Passée la tête, l’évolution est relativement monocorde et laisse sur la peau une continuelle sensation de fraîchement lavée. C’est résolument une eau de confort, qui se mariera avec une envie de simplicité, comme un beau maquillage nude.

Je ne peux m’empêcher de trouver dans l’atmosphère et la présentation de cette eau, un univers très japonisant ayant la classe et l’élégance naturelle de la simplicité. Cette empreinte avait toujours été présente dans la présentation des flacons chez Serge Lutens, mais ici, c’est simple d’une autre manière…

L’Eau Serge Lutens, disponible à partir du mois de mars aux Salons du Palais Royal et à l’export. 100 ml / 100 €

Serge Lutens : Fourreau Noir et Fille en Aiguilles

Ma première rencontre avec les 2 derniers opus de Serge Lutens fut assez expéditive, un amateur de parfum ayant eu la gentillesse de nous les faire essayer sur touches à moi ainsi qu’à d’autres bloggers.

Fille En AiguillesMa sensibilité personnelle tomba d’abord sous le charme (évidemment) de Fille en Aiguilles. Un délice d’arrogance et d’élégance. Des matières en surdose, du corps, de la profondeur, du Lutens signé. Bref, de quoi ravir Nez Bavard. Fourreau Noir à côté restait un peu discret et un peu trop propret sur le carton pour faire un véritable effet et me transporter ailleurs. Apprenant que c’est ce dernier qui allait sortir dans la collection des Salons du Palais-Royal, alors que Fille en Aiguilles, lui, sortirait pour la gamme export, je suis restée un peu perplexe.

Mais sur la peau, toujours, il faut essayer.

Fille en Aiguilles tient ses promesses jusqu’au bout. Une pinède entière se trouve sur vos poignets, vous entendez au loin le sac et le ressac de la mer… Il fait bientôt nuit,vous êtes assis autour d’un feu de bois, dans lequel vous jetez des aiguilles de pin et d’où s’élèvent des volutes d’encens délicat. C’est dans ce parfum que j’ai trouvé la plus belle reconstitution de l’odeur d’église, celle d’un mélange d’encens et de cire de bougie, celle qui imprègne les pierres, les bancs et la lumière. Avignon de Comme des Garçons offre lui aussi une belle représentation et ce fut ma première référence en matière d’odeur d’église, mais  il se trouve au coeur même de l’encensoir, alors qu’ici on se trouve plus dans l’atmosphère et l’évocation. La douceur balsamique de la sève de pin s’étire sur votre peau, recouvrant l’encens et le vétiver. Un parfum qui vous demande toutes les heures ce que vous pouvez bien faire à Paris…

Fourreau Noir est une autre histoire. Celui-ci n’évoque plus un lieu mais bien une peau. On est d’ailleurs quasiment immédiatemment précipité dans l’accord de fond qui se contruit autour d’un musc poudré et blanc (le même que celui de Kiki dans Vero Profumo) et d’une fève tonka épaisse. Pas de spectaculaire ou de théâtral : la fragrance est douce, caressante, elle reste proche et intime à la peau. Elle développe un moment un stade qui fait penser au Mâle de Jean-Paul Gaultier : une touche de vanille, un musc poudré et une friction de lavande fraîche  plus tard, on retrouve l’évocation d’une peau chaude et sensuelle. D’une grande douceur, il peut être surprenant de savoir que l’on ne pourra le trouver qu’aux Salons du Palais-Royal, étant donné qu’il est tout de même moins surprenant que le premier. Mais peut-être la diffusion (commerciale) a-t-elle voulu s’accorder à l’univers plutôt intimiste du parfum ?

2 nouveaux parfums à paraître en septembre donc, deux univers très différents à découvrir, dont l’un est peut-être plus dans la « tradition Lutens » que l’autre.

Lundi, c’est patchouli

Aujourd’hui nous sommes lundi, et le lundi, rime avec patchouli. Comme le mardi d’ailleurs, mais aussi le mercredi et le jeudi et même le vendredi! Tout ça pour vous dire que vous allez en avoir pour la semaine du patchouli, parce que Nez Bavard a repris ses investigations parfumées et serait ravi de vous faire partager ses découvertes… Rien de bien rocambolesque, mais comme le patchouli revient à la mode, je voulais faire un petit tour sur ce qui s’est fait et ce qui se fait aujourd’hui autour du patchouli. Le but ici a été de sélectionner des parfums soliflores (qui portent mal leur nom dans notre cas), dont la note est au centre du parfum, pour tenter de répertorier les différentes façons de travailler cette matière.

Commençons par la douce et belle musique d’ouverture de Bornéo 1834 de Serge Lutens. On conçoit souvent les fragrances construites avec du patchouli comme assez lourdes, je dirais presque vulgaires. Car, certes, le patchouli dégage une sensualité qui n’échappe à personne, mais en sélectionnant avec soin les participants, on se rend compte que cette note est bien plus fine que cela. Je trouve que l’interprétation de Serge Lutens en collaboration avec Christopher Sheldrake est à la fois très actuelle, et très fine. Par actuelle, j’entends que Bornéo 1834 est construit sur une note patchouli-cacao centrale, qui se veut plus ou moins en continuité d’une tendance à travailler cette matière de façon gourmande. Ici, bien que l’on soit en présence d’une vraie douceur culinaire, tout est fait pour que cet aspect ne remplace pas le caractère humide et terreux qui est si propre au patchouli.

Ce parfum s’étire entre la chaleur du bois, du cacao, du labdanum en fond et la fraîcheur humide de la feuille de patchouli qui rappelle un peu l’humus. En cela, je le trouve très équilibré, mais avant tout ce qui m’a marqué ici, c’est sa grande douceur et la formidable sensation de confort tranquille qu’il provoque. Je le trouverai presque discret, et en cela intime, ce qui au final n’est pas plus mal. En réponse à certaines autres créations de Serge Lutens beaucoup plus présentes et capiteuses, celui-ci est plus simple et plus tendre. Il n’est pas pour autant un parfum à réserver pour l’hiver, ses effluves sont présentes mais légères un peu comme une brise.

Bornéo 1834 et Muscs Khoublaï Khan sont les deux fragrances les plus désirables pour Nez Bavard chez Serge Lutens. Voir ici un article intéressant sur le créateur.

Trois ambres au banc d’essai : Etro, Serge Lutens, Maître Parfumeur et Gantier

Dernièrement, le temps fraîchissant un peu à Paris, j’ai été prise d’une envie de chaleur olfactive. C’est tout naturellement que j’ai alors cherché à travailler les parfums ambrés, l’ambre étant le composant indispensable à toute composition « chaleureuse » qui se respecte.

Longtemps, en parfumerie, l’ambre a été utilisé sous sa forme naturelle : l’ambre gris, qui provient des concrétions intestinales du cachalot (un cétacé immense, pesant entre 20 et 50 tonnes) , produites en cours de digestion et évacuées par les voies naturelles. Flottant alors à la dérive, puis s’échouant sur les plages, l’ambre gris obtient son odeur caractéristique après plusieurs mois, voire plusieurs années d’exposition aux éléments (soleil, mer, vent…). Selon son état, son odeur développe des facettes boisées, camphrées, tabac, musquées… L’ambre gris est composé majoritairement d’ambréine (25 à 40%) et d’épicoprostérol (30 à 40%) qui sont des composants inodores. Parmi les substances odorantes, on relève l’ambrox qui est aujourd’hui recomposé en laboratoire de façon synthétique ou semi-synthétique (à partir d’éléments naturels). L’ambre était ( et est toujours) réputé pour ses vertus aphrodisiaques, il a été classé au Xe siècle par Ibn Haukal comme l’un des produits les plus importants du Maghreb.
Mais l’ambre gris n’est pas le seul composant à donner une note ambrée dans un parfum. Des plantes telles que le ciste qui produit une gomme résineuse appellée labdanum, ou l’ambrette dont on utilise les graines (mais de moins en moins) sont connues pour leurs tonalités ambrées, musquées, animales.

Pour me faire un avis sur ce composant et travailler mon nez correctement, j’ai recherché des parfums où l’ambre était vraiment dominant et autant que faire se peut, pur. Les parfums choisis ont été : Ambra de Etro, Ambre Sultan de Serge Lutens et enfin, Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier. Les trois parfums interprètent de manière différente un même composant, mais se réunissent sur une même sensation de rondeur suave plus ou moins vanillée et/ou sucrée.

Pour Ambra de Etro, on a : bergamote, citron, coriandre, géranium / patchouli, ciste / vanille, musc, ambre. Ma peau a une tendance naturelle à faire ressortir les aspects les plus sucrés dans un parfum, et ce qui m’a intéressée dans celui-ci, c’est que cet aspect est apparu sous forme légère, comme un sirop d’érable, juste au moment de la vaporisation, puis s’est finalement dissipé. Laissant place alors, au fil des heures, à une douceur musquée avec un ambre végétal (résineux), se concluant sur une touche patchouli-vanille fluide mais bien présente. De ce parfum émane un ambre svelte, léger, qui tout en gardant la jolie rondeur de l’ambre le rend très facile à porter par tous les temps. Il est concentré en Eau de Cologne, mais sa tenue est très satisfaisante et suffisante lorsque l’on recherche juste une légère aura.

L’Ambre Sultan de Serge Lutens se compose de : coriandre, fleur de laurier / ciste, myrte, angélique, origan / ambre, santal, patchouli, styrax, baume tolu, benjoin. Je serais tentée de dire que ce qui sent le plus dans ce parfum est l’absence de vanille. Un élément qu’il est intéressant de relever lorsqu’on le compare à d’autres compositions ambrées plus courantes. Le benjoin « remplace » en quelque sorte la vanille et développe une sensation balsamique et ronde, mais pas sucrée. Les premiers instants, Ambre Sultan a une odeur assez mordante, fumée et animale. Une animalité soutenue par les épices et qui se poursuit tout au long de son évolution, le rendant légèrement rustique. Son fond est balsamique, et l’on retrouve un ambre-fumé distingué, en équilibre.

L’Ambre Précieux de Maître Parfumeur et Gantier : épices / encens, patchouli / vanille, ambre, baumes. C’est celui qui sent de la façon la plus classique à mon nez. C’est aussi celui qui se fait le plus séducteur et le plus enveloppant sur ma peau. L’ambre précieux se fait vraiment bijou : il pare. Voiles, volutes, rondeurs moelleuses, douceurs vanillées, … C’est un sublime parfum de sillage, intriguant ou dérangeant selon les goûts, qui révèle tous ses charmes sur la peau d’une femme (ou d’un homme). Sur ma peau en tout cas, il se sucre et s’arrondit nettement, donne une grande sensation de souplesse, assez féline. L’image du chat ondulant, au regard impénétrable et à l’allure nonchalante me convient parfaitement. Sa tenue est irréprochable et son sillage puissant. Blue Amber de Montale est très proche de cet Ambre Précieux mais je le dirais légèrement moins vanillé.

Trois parfums, trois expériences, qui ne conviennent pas aux même humeurs et aux mêmes moments avec pourtant un ambre central, chaque fois. Je n’ai pas de préféré. Je dirait qu’Ambra est le plus confortable, Ambre Sultan le plus surprenant, et Ambre Précieux le plus royal.

L’ambre est une matière adorable dans tous les sens du terme, mais qui, me semble-t-il, est utilisé aujourd’hui vraiment à toutes les sauces. Sa grande capacité a fixer la fragrance et à lui apporter chaleur et sillage fait qu’il est utilisé dans de nombreuses compositions, mais souvent sans grande habileté. Les parfums commentés aujourd’hui et d’autres comme L’Eau d’Ambre de L’Artisan Parfumeur ou Ambre Soie de la collection Armani Privé sont de beaux parfums où l’ambre a une place de choix au coeur de la composition.

Sources : Wikipedia, OsmoZ, Etro.com, www.cnrs.fr

Et vous, quels sont vos ambres préférés?

Lavandes, Serge Lutens : Gris Clair et Caron : Pour Un Homme

Le printemps est déjà là, et j’avais envie de prendre un peu d’avance sur les odeurs estivales. Alors pour donner suite aux études comparatives déjà menées sur les parfums à la vanille et les parfums à la tubéreuse, j’ai choisi aujourd’hui de faire l’analyse comparée de Gris Clair de Serge Lutens et de Pour Un Homme de Caron. Ce sont deux parfums construits autour de la lavande, une odeur familière, apaisante et rafraîchissante pour beaucoup d’entre nous. En effet, l’odeur de la lavande est souvent associée aux odeurs de linge propre, souvent grâce aux eaux pour le linge ou aux petits sachets parfumés à glisser dans les tiroirs et les armoires… C’est pour moi une odeur de détente et de tranquillité, et les parfums qui en contiennent me suggèrent souvent cette atmosphère fraîche et reposante.

Parfum en demi-ton, présent et discret, Gris Clair de Serge Lutens est une eau aromatique qui glisse sur la peau. Construit autour de la fleur de lavande, ce parfum l’explore par le côté sec, la fleur du flacon sèche sur la peau et nous offre des grains de lavande secs et gris pâle. Son évolution est aride, on ne sait plus tout à fait si le parfum est toujours là, car son ton est presque minéral. Il sent comme ces roches grises surchauffées par le soleil où pas une pointe d’humidité ne subsiste, tout est bu et asséché. Il en résulte une étrange sensation de sérénité. Un état brut, silencieux, comme la nature par journée de canicule… Rien ne bouge, seuls les insectes trouvent encore la force de voler. Malgré cette sensation intense d’un soleil de plomb, Gris Clair me semble aussi bien adapté à la saison hivernale qu’à l’été, car c’est un parfum au souffle léger. Il se décompose ainsi : Pollens, Racines / Lavande, Notes sèches / Notes orientales. Les notes orientales ici se résument pour moi à des notes musquées, car Gris Clair n’a rien d’opulent, ni de balsamique, ni de fondant.
A l’inverse, Pour Un Homme se révèle beaucoup plus miellé par des notes plus rondes et plus généreuses. Pour autant, Pour Un Homme ne fait pas du tout lourd ou sucré, mais il a effectivement une présence plus affirmée. Créé en 1934, ce parfum est un grand classique mais que je trouve toujours d’actualité. Sa note est simple, intensément aromatique avec la lavande en particulier, mais aussi le romarin et la sauge. Voilà pour l’élégance. Viennent ensuite le bois de cèdre, le bois de rose et la mousse de chêne en fond pour la noblesse. S’ajoutent au précieux mélange la rose, la vanille, la fève tonka et le musc pour la douceur, la rondeur et la finesse. C’est vraiment le côté miel lavandé qui ressort sur ma peau, l’ensemble donne un fini légèrement carné où j’irais presque jusqu’à sentir une pointe de cuir. Délicieux. Bien que ce soit l’un des masculins les plus célèbres de l’histoire de la parfumerie, je trouve ce parfum parfaitement unisexe, plaisant à porter en toute situation, hormis l’été, car la note carnée s’intensifie avec la chaleur.

La note lavande pure se poursuit plus longtemps avec Gris Clair, là où Pour Un Homme se tourne vers un aspect plus sophistiqué où l’on distingue toujours la lavande mais entourée et enveloppée par les notes sèches du bois de cèdre, et le moelleux de la vanille.
Gris Clair est un parfum à porter avec une chemise blanche, un solitaire autour du cou. Pour Un Homme se porte lui aussi très simplement avec des gants en cuir.


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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