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Caron : Aimez-moi

Hier, accompagnée d’une charmante acolyte droguée aux parfums comme moi, j’ai passé une après-midi frénétique à pschitter tout ce qui pouvait s’apparenter à un flacon de parfum. Souvent lorsque je sors pour aller sentir les nouveautés ou que je fais une ballade parfumée, je ne reviens pas forcément satisfaite, puisque sentir beaucoup de choses dans un laps de temps court n’est pas la meilleure façon d’approfondir chaque création. Mais il arrive (heureusement) parfois que certains alors sortent encore mieux du lot.

Je connaissais déjà Aimez-Moi depuis un petit moment avant de le re-sentir hier ; il m’intriguait, mais je n’avais jamais pris le temps de l’approfondir. Je savais juste que je le trouvais vraiment différent et même un peu bizarre. Comme souvent en pensant à Caron, je m’attendais à redécouvrir un parfum datant de plusieurs dizaines d’années voire un bon demi-siècle et j’ai presque été déçue lorsque j’ai appris qu’il datait de 1996. Ce parfum donne une impression de modernité assez saisissante, mais correspond tellement bien au patrimoine de Caron que je n’aurais pas été surprise qu’il soit plus vieux (il n’en aurait été que plus respectable). Il semblerait cependant qu’Aimez-moi se soit inspiré du plus ancien, N’Aimez Que Moi datant lui de 1916.

Lovers with 3-D glasses at the Palace Theatre (Infra-red), 1943. (c) WeegeeComposé par Dominique Ropion (auteur entre autres, de Kenzo Jungle L’Eléphant sorti lui aussi en 1996 et de Alien de Thierry Mugler), Aimez-Moi démarre sur une tête vraiment spéciale. A côté de la description officielle, je sens une sorte de jus de poire mentholé et laiteux. J’ai eu du mal à identifier cette forte impression de lait (que j’avais eue dès les premières fois) qui se poursuit longuement dans l’évolution du parfum et qui est créée finalement par une association héliotrope – violette – iris.  J’avais l’habitude de sentir l’héliotrope lourde, un peu grasse (Héliotrope de L.T. Pivert) et surtout beaucoup plus poudrée (Eternity de Calvin Klein ou encore L’Heure Bleue de Guerlain). Elle est ici bien plus légère et fraîche (un aspect liquide) que dans d’autres compositions où elle est plus souvent employée pour apporter une note poudrée ou amandée assez compacte.  Je ne l’avais d’abord pas décelée, car ici, le côté poudre d’amande est associé à la menthe en tête puis à un bouquet de fleurs en coeur : jasmin, rose, magnolia, violette, et enfin à un iris (racine) en fond. On a donc une héliotrope différente des autres, elle se fait plus liquide que crémeuse, plus douce que vraiment poudrée.

La violette m’a donné la même impression. J’ai l’habitude de dire que je n’aime pas la violette, car je lui trouve un côté affreusement daté quoique je fasse, c’est d’ailleurs pour cette raison que je n’apprécie pas Insolence de Guerlain. Il se trouve que dans Aimez-Moi, la violette n’a pas, elle non plus, ses attributs poudrés habituels : elle s’apparente plus ici à une violette cueillie au petit matin et qui porte encore sa rosée. Finalement, rien n’est conventionnel dans ce parfum, et c’est ce qui le rend tellement intéressant. L’héliotrope est fluide, la violette est fraîche, l’iris est travaillé sur le côté racine (et non poudré), le jasmin et la rose sont présents mais ne développent pas le côté fleuri capiteux d’un Joy de Patou. Le fond en aura fini de me convaincre. Le baume Tolu qui est ici utilisé développe une rondeur et une douceur vanillée proche du benjoin et de l’ambre mais de manière beaucoup plus subtile. Il apporte  la petite touche sucrée du parfum, comme un sirop.

Chaque facette de chaque matière a été travaillée de façon à ce que la matière en question soit reconnue tout en s’appliquant à créer une sensation fraîche (qui ne veut pas dire légère ou volatile). Il reste que finalement, le côté poudré existe puisque les ingrédients utilisés ont naturellement cet aspect, mais il n’est pas exploité dans Aimez-Moi. Cela s’apparente presque à du détournement de matière première, parce que tous les éléments cités sont reconnaissables mais font démentir tous les lieux communs qui existent à leur sujet. C’est à mon avis ce qui le rend si moderne et si étonnant. C’est la première fois que je crois déceler la volonté ou l’idée qu’a voulu développer un parfumeur dans une création. Il pourrait parfaitement convenir à une jeune fille, mais il n’a rien non plus de spécialement jeune ou guilleret, c’est simplement un parfum unique. Il s’apparente pour moi à la catégorie des parfums  addictifs, mais pas du tout dans le sens des parfums puissants souvent régressifs comme le Dior Addict ou le Lolita Lempicka. Il est addictif parce qu’on a envie de le porter, on a envie de sentir (comme) Aimez-Moi, plus que d’avoir besoin de sa dose pour être rassurée et calmée. A la fin de la journée, on le sent très bien, mais il sent la peau. Une peau un peu sucrée et laiteuse qui ne demande qu’a être embrassée.

La redécouverte de ce parfum m’a rappellé, à moi et à la personne qui m’accompagnait hier, à quel point le patrimoine de la maison Caron était essentiel pour la parfumerie française et la parfumerie en général. Malgré les reformulations dont on a beaucoup parlé sur les blogs, les parfums Caron restent des parfums qu’il faut connaître, car ils ont marqué leur époque et ont, au même titre que Guerlain, écrit une page de l’Histoire de la Parfumerie. Malheureusement, la marque semble empâtée dans un univers figé qui ne sait comment évoluer et quel chemin prendre pour changer et se mettre au goût du jour. L’idée n’est pas de se mettre à sortir des flankers et des nouveaux jus à tour de bras comme on le voit un peu chez Guerlain désormais, mais plutôt d’assurer à cette marque un avenir. Leur clientèle ne se renouvelle apparemment pas vraiment, et ce n’est pas étonnant, vu l’esthétique baroque des boutiques et l’aspect rétro-qui-a-mal-vieilli des packagings. En attendant de voir les choses évoluer dans un sens ou dans l’autre, je ne peux que vous encourager, chers lecteurs, à prendre le temps de découvrir leur gamme de parfums riche en classiques et surprises inattendues.
Notes : Bergamote, Anis étoilé, Menthe, Cardamome, Violette, Magnolia, Jasmin, Rose, Iris, Héliotrope, Baume Tolu, Vanille.

Photos par Arthur Fellig dit Weegee. Prise par infra-rouge au Palace Theater en 1943.

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Guerlain : Insolence ou l’Empire LVMH

J’ai longuement hésité à écrire sur le dernier parfum de Guerlain : Insolence. Je dois en effet admettre que je n’ai pas beaucoup de choses positives à dire sur lui. En vérité, cette dernière création est l’aboutissement d’une nouvelle politique chez Guerlain, amorcée sous l’impulsion de LVMH qui a racheté la maison définitivement en 1996. (LVMH avait acquis 14% des parts en 1987). En 1996, sort Champs-Elysées, le premier parfum Guerlain a ne pas avoir été composé par un membre de la famille. En vérité, la création reste dirigée par Jean-Paul Guerlain, jusqu’en 2002, date de son départ. C’est à partir de cette date me semble-t-il que la création chez Guerlain a pris un tournant. Avec L’Instant, et plus récemment Insolence, Guerlain s’inscrit à son tour dans un tendance moderne, et sûrement très éphémère…

L’Instant conserve, je trouve, une signature particulière, ce qui lui a permis de garder un certain prestige. Mais Insolence, conçu pourtant par le même parfumeur : Maurice Roucel, m’a totalement dépitée. Le choix a été fait de créer un parfum facile, scintillant, superficiel et surtout excessivement aisé à vendre… Un parfum pour le plus grand nombre, pour faire du chiffre, pour plaire plus que pour toucher. On le voit d’ailleurs très bien dans le choix d’une actrice hollywoodienne (Hilary Swank) pour être l’égérie du parfum. Je n’ai rien contre les actrices, d’Hollywood ou d’ailleurs, mais je ne vois rien d’audacieux ou de pertinent dans ce choix, étant donné que Charlize Theron est actuellement l’image de J’adore de Dior, l’écho est trop visible. Ce qui me désole le plus, ou ce qui me fait le plus peur, c’est l’impression que Guerlain est sur une très mauvaise voie, qui va lui faire perdre son prestige et son raffinement. D’un autre côté les créations de « L’art et la matière » sont une réelle réussite (Cuir Beluga, Rose Barbare, Angélique Noire, Bois d’Arménie) et les éditions limitées Plus que Jamais Guerlain (maintenant accessible en édition classique) et Nuit d’Amour (à paraître prochainement en édition classique) sont aussi des perles rares. Où donner de la tête? On est intensément déçue et en même temps chaleureusement réconfortée. Il faut tout de même noter que les exceptions et les réussites citées plus haut se vendent désormais très cher, et ne sont pas (ou plus) accessibles à toutes les bourses, ce que je trouve assez dommage.

Il est toujours facile de critiquer, mais je ne peux pas comprendre un tel virage de la maison, qui j’en ai peur va perdre en qualité… Cette Insolence n’en est pas une, c’est un bonbon à la violette enfariné qui ne se place pas plus haut que Miss Dior Chérie. La seule vrille (on ne parle plus de pyramide mais de spirale) agréable est la tête : Framboise/Pulpe de fruits rouge. Les deux autres « vrilles » se composent comme suit : Violette/Rose/Fleur d’Oranger ; puis : Iris/Fève Tonka/Résine.
Je dois reconnaitre qu’ Insolence marie deux matières premières avec lesquelles j’ai régulièrement du mal : la violette, et l’iris. Certes, cette impression négative ne vient peut-être que de moi, et je ne rends certainement pas hommage au travail de Maurice Roucel. Cependant, pour en avoir discuté autour de moi, je ne suis pas la seule à ne pas aimer ce parfum commercial peu raffiné destiné à plaire à la première venue. J’ai deux choses à souligner : le parfum se vend très bien, on le sent tous les 10 mètres dans la rue, et il a une note bien à lui qui ne s’oublie pas! Note qui pour ma part me dérange affreusement.
J’espère seulement que ce passage délicat n’est qu’un passage et que l’on aura le plaisir de sentir à nouveau un Guerlain à la prochaine création!

Sources : OsmoZ, Guerlain


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
Bougies Amber Ambush - Memo / Foin Coupé - Diptyque / Maquis - Diptyque / Orangers en Fleurs - L'Artisan Parfumeur

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