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Ralph Lauren : Notorious / Histoire d’un désamour

Retour sur un essai par jour de chaleur.

Notorious… Quelles associations faites-vous avec ce mot ? Pour Nez Bavard, ce fut immédiatement une ambiance américaine de grosses voitures, d’épaisses chaines en or, de basket Nike… Hip/Hop, R’n’B style en somme. Et oui, parce que pour moi, Notorious, c’est la chanson de Puff Daddy featuring Lil’Kim et de feu Notorious B.I.G. , ce rappeur américain assassiné en 1996. Chanson dans laquelle on entend « No-no-notorious » (et que j’ai retrouvée grâce aux indéniables talents de chercheur de mon frère…), qui a en partie bercé mes jeunes années… Cela m’étonnerait pas que les équipes de Ralph Lauren aient cherché à établir ce type de parallèle, puisque dans la communication visuelle, on se trouve plutôt dans une ambiance de films noirs des années 50, femmes fatales et volutes de cigares…

J’avais entendu parler de Notorious lors de sa sortie en 2008, et je m’étais amusée à me demander ce que pourrait bien sentir un parfum de rappeur/rappeuse. J’étais loin du compte lorsque j’ai senti ce jus il y a un peu plus de 2 semaines, chez Manor à Genève. Le premier essai me laissait dans un halo de muscs lumineux, ponctué par des pics épicés et boisés, mais bizarrement, je n’y trouvais pas mon compte. J’étais un peu interdite, parce que j’aurais aimé un peu plus de rondeur vanillée, de profondeur boisée et surtout de sillage ! Une célébrité se remarque, surtout un rappeur ! Elle ne reste pas dans l’ombre de l’intimité… On n’est pas star pour rien, non ? Une fois le visuel découvert, il me laissa encore plus perplexe : non seulement je ne retrouvais pas mes rappeurs et leurs bijoux clinquants mais en plus, je n’y trouvait pas la classe Lauren Bacall, Ingrid Bergman et autres belles empoisonneuses… Non pas que Notorious manque  de chic, mais il ne correspondait pas au visage qui lui avait été donné.

Cela dit, ce parfum m’intéressait, je ne lui trouvais rien de commun et au contraire, tout d’original. Je crois bien que j’avais envie de l’aimer. Je suis alors partie le réessayer pour comprendre ce qui m’intriguait tant dans cette fragrance aux associations incongrues. J’avais toujours dans la tête ma chanson, qui trottait sagement du matin au soir. Et lorsque j’ai trouvé ce qui le rendait spécial à mon nez, il me fut totalement impossible de m’en débarrasser : le curry. Un curry collant et presque écœurant qui s’accrochait solidement à ma peau et au travers duquel je ne voyais plus rien. Un curry blanc peut-être, en volutes, en tissu soyeux et lumineux, mais un curry tout de même. A ce stade, plus rien ne collait, ni mes rappeurs, ni la belle Laetitia Casta, ni le flacon. Je ne me sortais pas de ma cuisine indienne et de mes doigts poisseux… Je n’ai pas l’habitude d’être rebutée par les odeurs de cuisine dans les parfums ou par les notes détournées ou surdosées, mais je n’ai jamais rencontré une telle incompatibilité de genre. Sur mon T-shirt, le parfum restait acceptable, voire presque agréable, mais sur ma peau, c’était un désastre.

Pour ma part, ce jus que je trouve néanmoins vraiment beau (quoique importable), a pour moi été victime d’associations fatales et surtout d’un manque de cohérence entre l’odeur (l’essentiel et l’élément vital de ce qui fait un parfum) et le visuel. La magnifique publicité qui a été faite par Wong Kar Wai (pour qui l’on meurt d’amour et d’admiration il est vrai) détone trop cruellement avec un parfum original mais totalement décalé et inapproprié. Il manque des fleurs (venimeuses si possible), de l’alcool, des cigarettes et de la sensualité…

Un parfum à adopter ou à détester !

Et juste pour l’amusement, voici Notorious version rap :

Penhaligon’s : Amaranthine par Bertrand Duchaufour

Amaranthine est un parfum que j’ai aimé dès les toutes premières secondes. Je n’ai pas tout de suite compris pourquoi, car aucune image particulière ne me venait à l’esprit comme cela m’arrive souvent avec bon nombre de ses confrères. Mais là, rien de tout cela.

J’ai alors pris le parti de construire ces images moi-même et me servir de cette non-association visuelle pour marquer dans ma mémoire les lieux, les ambiances et les moments que je vis actuellement : un peu à la manière d’Andy Warhol. Il faut savoir qu’en ce moment, je vis à Barcelone et que depuis mon arrivée ici, je n’avais pas de parfum « attitré ». J’ai trouvé très intéressante l’idée d’associer des moments particuliers et épisodiques de la vie à un parfum particulier. La puissance évocatrice de l’odorat étant en effet ma meilleure alliée pour être sûre de ne pas perdre une miette de mon passage dans cette ville.

Les jours passent et l’histoire d’Amaranthine et la mienne se gravent de concert dans ma mémoire : les soirs de balade à la fraîche ; les après-midi enivrants de beau temps, la tête à l’ombre et un livre de Murakami sous les yeux ; la brise à l’odeur de mer au parc de la Ciutatdella… Ronde, chaude, souriante comme le soleil, Amaranthine m’appartient enfin. Si j’avais par moi-même pu reconnaître une partie des notes, j’ai attendu un long moment avant d’aller consulter une liste plus complète, de peur de faire disparaître le plaisir que j’avais à me glisser le matin dans mon « gant de beauté ». J’étais séduite. Lorsque j’ai pris connaissance des notes, j’ai compris que mes craintes étaient fondées : la magie n’opérait plus, ou mal, comme une recette de cuisine pas vraiment ratée, mais pas vraiment bonne. J’ai alors décidé de les ranger au fond d’un placard, pour continuer de vivre mon aventure avec cette fleur blanche à la taille souple, à la peau douce et au regard piquant. Chaque instant devient une petite éternité que je range dans les tiroirs appropriés de ma grande bibliothèque mémorielle, tous liés par le même fil conducteur.

Cette expérience m’a fait comprendre une chose : l’émotion n’a pas besoin d’être traduite. Que ce soit en musique, en peinture, ou en parfum, il faut parfois ne pas chercher à disséquer une œuvre, à lui chercher une quelconque armature ou à en connaître les secrets. Amaranthine est une réussite car il offre une perception globale, un ressenti puissant et une sensation nouvelle qui fait terriblement plaisir (et beaucoup de bien).

Un grand bravo à Bertrand Duchaufour pour ce parfum d’auteur touchant et un grand merci à Thierry pour m’avoir aidé à retrouver l’inspiration!

Et puisque M. Duchaufour en parlera mieux que moi, je vous encourage à regarder la vidéo que voici.

The Different Company : Jasmin de Nuit

Le jasmin est avec la rose, la fleur la plus utilisée en parfumerie, qui trouve une excellente illustration dans le parfum Joy de Jean Patou. En ce qui me concerne, c’est une fleur que je préfère au naturel, car je me suis lassée de la sentir à tous les coins de flacons. Jasmin de Nuit de The Different Company a réveillé mon intérêt pour cette plante délicate au parfum si puissant. En parfumerie les espèces les plus utilisées sont : jasminum grandiflorum, jasminum officinale et jasminum odoratissimum. Les principaux sites producteurs sont l’Inde (dont la plante est originaire), l’Egypte et les régions méditerranéennes de l’Europe (le jasmin a longtemps été cultivé à Grasse en France).

Céline Ellena (la fille de Jean-Claude Ellena) a utilisé abondamment le jasmin d’Egypte pour composer la frangrance. Ce que j’ai le plus apprécié dans Jasmin de Nuit, c’est que la plante a été travaillée différemment que dans Joy de Jean Patou et A la Nuit de Serge Lutens. Dans Joy, on cherche à sublimer une fleur, à l’habiller et la rendre distinguée, dans A la Nuit c’est une intoxication de jasmin à faire tourner la tête. Cécilia Ellena a donné à la plante un aspect différent, tout en sublimant son pouvoir naturellement animal avec de l’ambre, la dimension nouvelle est surtout celle de l’épice qui dans Jasmin de Nuit prend une place plus importante que dans d’autres compositions. Ce n’est pas juste un beau soliflore au jasmin, c’est un nouveau jasmin. On connait depuis longtemps la plante pour son odeur presque carnée, mais elle a aussi une dimension épicée qui s’exprime ici avec succès dans Jasmin de Nuit.

C’est l’aspect que j’ai le plus aimé, c’est donc celui que je sens le plus. On distingue aisément la délicieuse base jasminé-ambrée, mais on frissonne de plaisir pour les notes de cannelle, de badiane et de cardamome relevées d’hespéridées (mandarine et bergamote). Le bois de santal et le musc parachèvent la composition. Le seul bémol à signaler est qu’elle manque un peu de profondeur. Le jus tient bien, développe joliment toutes ses notes, mais il manque la petite once de mystère qui confère à un parfum toute sa beauté. Quoiqu’il en soit, Jamsin de Nuit donne envie d’être porté, car il a dans ses volutes des airs de contes orientaux qui vous font voyager et imaginer des histoires rocambolesques…

Sources : Wikipedia (photo du jasmin), The Different Company, http://www.senteursdailleurs.com (photo du flacon), http://www.apprivoiser-les-epices.com (photo de la badiane)

Comme des garçons : 2

Dans la jungle parfumée des grandes parfumeries et des grands magasins, Nez Bavard est mis à rude épreuve. Mais depuis quelque temps, j’ai repéré grâce à une collègue les parfums de la maison : Comme des Garçons. Dans un souci de vision globale, j’ai farfouillé quelque peu sur internet, pour dénicher des informations sur la marque et la créatrice. Il en ressort une très nette impression de destructuration, archaïsme, refus de la standardisation et du conformisme de la mode. Le principe des Guerrilla-Stores est un exemple, des magasins qui apparaissent et disparaissent aux 4 coins du globe, pour s’inscrire dans la dynamique urbaine, en constante mutation. Rei Kawakubo dit de son travail : « C’est plus facile de détruire les codes si on ne les a jamais appris ». Pourtant, on ressent le poids et l’héritage culturel de la civilisation japonaise chez cette femme lorsqu’elle parle (et surtout lorsqu’elle ne parle pas), ainsi que dans ses choix stylistiques ou stratégiques. Il existe chez les Japonais une forte dualité entre les traditions et la modernité (l’urbanisme s’est développé de façon assez brutale après la Seconde Guerre Mondiale), ainsi qu’une capacité très surprenante (pour nous autres Occidentaux) à faire du syncrétisme : c’est à dire à pouvoir, par exemple, être à la fois bouddhiste, shintoste et chrétien en même temps. L’approche de Rei Kawakubo est pour le moins déroutante, inhabituelle et sûrement pour certains choquante.

Dans les parfums de CDG, on a le sentiment d’une vraie recherche, on explore, on essaye des choses, on tente de contourner les habitudes… Ce n’est pas la seule maison à le faire (et à le faire bien), mais je trouve intéressant de le signaler car cela me permet de faire un point de comparaison avec Etat Libre d’Orange, dont les créateurs revendiquent avec tant de ferveur leur liberté d’expression. C’est pourtant, pour moi, la représentation typique d’un snobisme pseudo-artistique puant. Rei Kawakubo dérange elle aussi dans ses créations, et certains pourront formuler à son égard bon nombre de critiques, mais son travail a le mérite de surprendre réellement, de susciter interrogation puis réflexion.

Partant de là, je dois dire que c’est exactement ce qui s’est passé pour moi lorsque j’ai découvert les parfums de Comme des Garçons. De prime abord, on ne sais pas trop « quoi » sentir, et on se demande un peu de quelle manière réagir, notamment parce que plusieurs des parfums évoquent des sensations ou des situations que l’on n’aurait absolument pas attendues dans un parfum. C’est notamment le cas d’Odeur 71 qui suggère, entre autres, la poussière qui brûle sur une ampoule chaude, et représente le concept de « l’anti-parfum ». J’ai eu la chance de me familiariser en premier avec une fragrance assez facile, à savoir qu’on était déjà tout de même dans l’inhabituel mais pas encore dans le décalé. J’ai découvert 2 de CDG de façon assez naturelle : ma collègue qui représente la marque avait l’habitude de préparer des touches à sentir pour les client(e)s, parfumées avec 2. Je sentais donc régulièrement, lorsque j’allais lui parler, ce parfum. Je me suis d’abord dit qu’il était particulier, puis au fil des jours il s’est mis à me plaire, et j’ai décidé un matin de l’essayer pendant une journée. C’est un parfum que j’ai eu le temps de « mûrir » et d’apprivoiser, bien que encore une fois, 2 n’est vraiment pas la création de CDG la plus difficile à aimer.

Mon essai fut concluant. 2 n’est pas courant la première fois qu’on le sent, mais plus on le sent, plus il devient familier et naturel, au point qu’après quelque temps on se demande comment on a pu le trouver bizarre au premier abord. Dans ce parfum et dans plusieurs autres de Comme des Garçons, des impressions très contemporaines se retrouvent enfermées dans une petite bouteille, mais sont finalement acceptées avec simplicité. Le flacon est conçu pour que le parfum soit actif (il bouge avec vous), il ressemble étrangement à une flasque à whisky que l’on glisse dans la poche (voir le Pocket Size absolument craquant). L’impression olfactive est très urbaine (plus que citadine) et moderne. Pour celui ou celle qui vit en ville, les composants chimiques synthétiques ne sont pas perçus comme un manque de qualité, ils sont intégrés et acceptés spontanément par le porteur. Le rendu sur la peau est un mélange industriel artisanal : encens et aldéhydes incisifs et aiguisés pour le côté abstrait, le patchouli et le bois de cèdre pour la chaleur et la simplicité, l’ambre, l’angélique et l’absolu de maté pour la rondeur, la douceur et la mélodie du parfum. Mais on trouve aussi : encre, vétiver, cumin, magnolia, labdanum, huile de cade.

J’aime beaucoup la façon dont il évolue sur moi, les bois et l’impression de modernité sont bien présents, mais il tourne de façon très douce, légèrement sucrée sur ma peau. CDG 2 fait partie des parfums que j’aime sans réfléchir et que je porte sans raison particulière, parce qu’il me convient tel qu’il est et qu’il se marie à l’humeur du jour. La seule restriction est que je ne me vois le porter qu’en ville, parce que je me sentirais décalée si je le portais en vacances à la campagne.

Disponible au Printemps de la Beauté, Paris : 80€ les 100ml

Sources : Basenotes, Rendez-Vous Magazine, Dover Street Market (photo du défilé), The Times (photo de Rei Kawakubo), http://www.spirit-of-paris.com (photo de la Bibliothèque nationale de France – François Mitterrand), Luckyscent (photo du flacon)

L’Artisan parfumeur : Safran Troublant II

Crocus Sativus, SafranVoici le deuxième billet consacré à Safran Troublant. J’ai en effet ressenti le besoin d’approfondir l’analyse de ce parfum exceptionnel. Je l’ai découvert en novembre 2006, il m’avait plu déjà à cette époque, mais comme j’ai eu l’occasion de développer mes connaissances et mes capacités olfactives, j’ai aujourd’hui une perception plus précise et cohérente de cette fragrance.
Tout d’abord, parlons de l’épice qui est au centre de ce parfum : le safran. Le safran est l’un des composants les plus chers au monde, plus que le caviar et la truffe. C’est une épice tirée d’une variété de crocus (crocus sativus), de la famille des Iridacées, originaire du Népal. Il est présent dans tout le bassin méditerranéen. Les parties extraites de la plante sont les stigmates, sorte de fils rouges au centre de la fleur. Après 48 h d’infusion, ceux-ci dégagent un parfum très agréable et puissant. La safran est très utilisé en cuisine, notamment dans la paëlla, pour son parfum délicieux et son action colorante. Il contient de la vitamine B2 et de la pro-vitamine A, on en extrait aussi une huile essentielle aux vertus sédatives.

Safran Troublant est un jus précieux dont la recette, vanille et safran, était déjà prescrite chez les Chinois et les Grecs. Son odeur est orientale, dépaysante et familière à la fois. Il offre une vraie sensation de velouté, comme les pétales presque velus d’une rose rouge sombre. Sa composition est très simple : rose rouge, muscade, safran, gingembre, vanille, bois de santal. Tous ces ingrédients apportent leur douceur, qui se retrouve dans le sillage du parfum, un sillage léger très proche de la caresse et de l’effleurement. Il dégage certes une impression crémeuse légèrement sucrée, mais on est loin d’une sensation lourde de gâteau ou de beurre fondu. Le caractère épicé est bien présent dans Safran Troublant, mais habilement contrebalancé par l’aspect laiteux légèrement poudré du bois de santal, la beauté radieuse de la rose, et la rondeur de la vanille.
Sa senteur est colorée, tantôt jaune comme le safran, tantôt rouge comme la rose. Il a sur moi un réel effet rassurant et calmant, car son évolution est stable : passée la giclée de rose rouge fraîche en tête, le coeur-fond est rapidement atteint : une atmosphère tamisée, une diffusion continue, douce et régulière. On ne trouvera pas chez Safran Troublant des stades d’évolution très marqués, c’est entre autres ce qui m’a plu dans ce parfum. Il arrive souvent qu’un parfum que l’on a vraiment aimé les 6 ou 7 premières heures sur notre peau, finisse par nous lasser ou nous déranger lorsque le dernier virage a été entamé, ce qui a été le cas pour moi, lorsque j’ai porté Songes d’Annick Goutal. Ici, rien de tel, l’odeur qui vous a séduite au bout de 15 minutes sera celle qui vous séduira au bout de 10 h. Cette stabilité est certainement due à la simplicité de la composition, ainsi qu’à la qualité et la beauté des matières utilisées. Comme souvent avec les parfums de L’Artisan Parfumeur, l’odeur qui émane de la peau semble très personnelle et unique.

Il se porte au plaisir, toute l’année, son odeur est réconfortante et reposante par temps froid autant que par temps chaud. Pour diffuser et faire tenir un parfum, on sait que les supports tels que la fourrure, la laine, la soie et le cachemire sont d’excellents fixateurs et diffuseurs, mais il y a aussi les cheveux. J’ai trouvé que Safran Troublant était un parfum particulièrement adapté pour une telle diffusion, il a la douceur d’une main qui passe dans les cheveux, et la chaleur du petit duvet que l’on trouve dans le cou. Ainsi, un léger nuage déposé sur la chevelure donne à ce parfum tous les éléments pour exprimer sa singularité et son naturel.

Sources : Basenotes, Wikipedia, OsmoZ

Creed : Royal English Leather

Creed est une maison de parfumerie fondée en 1790 par Henry James Creed, qui s’est d’abord établi à Londres. En 1854, sous l’impulsion de l’Impératrice Eugénie, l’entreprise se déplace à Paris. Elle est aujourd’hui dirigée par Oliver Henry Creed, le descendant direct d’Henry James, qui est aussi le nez de la maison. Creed est une maison qui a souhaité garder l’esprit traditionnel de la parfumerie d’antan. Les dirigeants sont extrêmement attentifs à conserver des modes de fabrications anciens, à se fournir en matières premières les meilleures, ainsi qu’à utiliser le moins possible les composés synthétiques dans leur parfums. On se demande toujours si ces discours reflètent bien la réalité, ou s’il s’agit d’un tissu de belles paroles. Dans le cas de Creed, je serais tentée de croire qu’il s’agit bien de la vérité. En effet, pour avoir senti plusieurs de leurs créations, j’ai retrouvé le petit plus et la chaleur que seules les matières premières naturelles peuvent apporter dans une composition.

Royal English Leather est un classique de la marque, et c’est le premier parfum de Creed que j’ai senti. Je l’ai découvert àSelle de cheval l’époque où je me suis rendue compte à quel point j’aimais le cuir dans les parfums. Et j’ai été ravie de sa composition. Intense, simple mais travaillé, il a ce délicieux côté anglais raffiné qui me fait fondre. Il me fait penser à une selle de cheval luisante aux finitions irréprochables.
Il se compose de : Mandarine, Bergamote / Jasmin, Clou de Girofle / Cuir. C’est un parfum classé dans les masculins, mais il peut aisément être porté par une femme. J’ai surtout apprécié le côté travaillé de la matière, tout en restant d’une simplicité divine. Royal English Leather développe un côté naturel à travers la belle sophistication du cuir et du clou de girofle, ce qui lui donne de l’élégance et du corps. Il a un bon sillage, mais n’est pas particulièrement enveloppant, il est plutôt sec, et se portera facilement tout le jour l’automne et le printemps surtout. J’ai beaucoup apprécié ce parfum parce qu’il développe une note chaude et charnue, mais qu’il ne contient pas une seule once de sucre, de vanille ou une quelconque autre touche enveloppante ou opulente. Je commence à être un peu fatiguée de toujours trouver dans les parfums chauds « pour femme » de la vanille encore et toujours. Ici on a une fragrance tout simplement parfaite pour une femme qui a du goût et qui aime les beaux parfums : il n’a pas besoin de plus de douceur ou de féminité. Je l’ai préféré à Cuir de Russie, toujours chez Creed, que j’ai trouvé trop transparent et beaucoup moins corpulent. Néanmoins très agréable, Cuir de Russie de Creed est très doux mais la note cuir n’apporte pas la force que j’aurais attendue.
Royal English Leather est un parfum que j’aime porter pour aller faire du shopping, il me donne l’impression d’être séduisante sans en avoir l’air et il a je ne sais quoi de confortable et de terriblement seyant sur ma peau…

Yves Saint-Laurent : Body Kouros

Body Kouros est un coup de foudre. Le genre de découverte qui fait tomber dans une passion et une addiction totales. Une fois senti, il ne s’oublie plus et on veut le sentir encore et encore, l’observer s’allonger sur la peau, patiemment, pour lui donner une présence tranquille et pénétrante. Ce parfum est à l’origine conçu pour les hommes, mais les conventions volent très rapidement en éclat tellement il est plaisant à porter. Les sensations qu’il me procure sont assez difficiles à expliquer, une sorte de force brute, et pourtant tellement douce… C’est un parfum suave, sensuel, qui ne plaira pas forcément à tous, sur certains hommes il pourrait presque faire vulgaire. Mais sur ma peau je l’aime, il est à sa place. Sec et moelleux, il marie des senteurs rondes et anguleuses. Il me fait intensément penser à du bleu, du bleu sombre et dense…
Son odeur est assez sauvage, c’est à dire qu’il a un côté naturel, plutôt simple, mais pas moins subtil. On perçoit du cuir, et aussi une petite note fumée, une fumée âcre comme celle du feu de bois. Un accord aromatique rajoute à cette sensation de naturel, mais aussi de fraîcheur, de grand air. Sur le fond, c’est un parfum chaud, de peau. Il me donne la même impression que Dzing!, l’impression d’être dans ma peau, de la sentir et d’y être bien. La composition de Body Kouros de Yves Saint-Laurent pourrait laisser croire qu’il s’agit d’un parfum lourd. Certes, il est suave, arrondi, mais avec parcimonie et finesse, on trouve en tête : Muscade/Eucalyptus/Anis Etoilé ; en coeur : Encens/Lavande/OEillet/Cannelle ; puis en fond : Benjoin/Caramel/Fève Tonka/Santal.
On sent bien les notes arrondies du caramel et du benjoin, la sensation amandée de la fève tonka… Cela dit, elles ne prennent pas le dessus, elles sont la toile de fond sur laquelle s’expriment les pointes de l’encens et de la cannelle de façon plus légère. La lavande apporte toute sa prestance, c’est cette note il me semble qui donne à ce parfum cette sensation un peu brute et naturelle qui me plaît tant. Cela lui donne aussi son aspect sportif, mais je n’aime pas réduire les parfums à ce genre de catégorie, parce que j’ai la sensation que classer un parfum dans les « sportifs » c’est ne pas lui laisser sa chance d’être raffiné et sophistiqué, soit disant parce qu’il s’adresse aux sportifs. Encore une dérive du marketing qui ne sert à mon avis à rien. Il me plaît à moi, et je me vois le porter chaque fois que j’aurais envie de me sentir proche de moi-même et à l’aise dans mon corps.
Kouros le parfum d’origine, dont Body Kouros est la version extrême, a été créé avec cette idée sous-jacente : « Dieu vivant au corps de conquérant ». Les Kouroi (pluriel de Kouros) sont des statues greques (d’inspiration égyptienne) de la période archaïque (-650, -500) qui représentent des hommes nus et qu’on suppose être des représentations du dieu Apollon. Kouros, et par extension Body Kouros, renvoient alors à plusieurs images : celle du corps musclé et donc à celle de la force, à celle de la simplicité du corps puisque les statues représentent des hommes nus, et aussi à une image spirituelle et déifiée du corps (dans les premiers temps les kouroi étaient supposés avoir des pouvoirs magiques et être des représentation des dieux). Les visuels des publicités de Kouros et Body Kouros sont donc proches de ces statues : des hommes nus (ou quasi) au corps superbe et musclé. Body Kouros a été créé par Annick Menardo, un créatrice extrêmement talentueuse qui travaille chez Firmenich et qui est aussi l’auteur de Bois d’Arménie de Guerlain, un véritable petit bijou.

En tous cas, mon addiction est totale, j’en rêve presque la nuit…

Sources : Wikipedia, OsmoZ


La Wish-List de Nez Bavard

Parfums Bois d'Argent - C. Dior / Ambre Narguilé - Hermès / L'eau de l'eau - Diptyque / Angélique Noire - Guerlain / Splash Forte - IUNX / Egoïste - Chanel / Iris Silver Mist - Serge Lutens / Vétiver Tonka - Hermès
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